VI AVANT-PROPOS
Quand Léon XIII montra la voie du salut, il s'y engagea par raison autant que par obéissance ; il avait compris que la Religion ne garderait sa place dans la France moderne qu'en s" adaptant à son nouvel état social et politique. Trop sincère pour dissimuler sa pensée, il l'affirma hautement, et s'attira l'hostilité d'amis très chers, sans désarmer celle de ses adversaires.
Plus la politique le mit en contact avec les hommes et les faits, plus il constata la violence du courant qui emportait notre société issue de la Révolution. Montalembert avait dit, sous le régime censitaire : « J'ai adoré la liberté aristocratique, jamais la démocratie, qui est le fond de l'esprit moderne. » Albert de Mun, éclairé par trois révolutions et un demi-siècle de suffrage universel, a tenu un autre langage. A ses yeux, la démocratie était une puissance déjà installée au pouvoir, en marche même vers de nouvelles conquêtes, et qui ne serait néfaste que si elle se laissait séduire par la conception matérialiste de la vie.
Tous ses efforts pour faire pénétrer l'esprit chrétien dans les mœurs et dans les lois ne lui ont valu, sauf les courtes joies de son apostolat social, d'autre satisfaction que celle du devoir rempli. Les coups lui sont venus de toutes parts, de là même d'où il ne pouvait les attendre. La mauvaise fortune s'est acharnée sur ses entreprises ; mais en dépit des obscurités, il n'a jamais dévié d'un pas, et en dépit des déceptions, jamais fléchi sous la poussée de l'incrédulité victorieuse.