PRÉFACE
La place prépondérante que Thistoire provinciale occupe dans rhisloire de France au temps des premiers Capétiens est un fait incontesté, et cette histoire a donné lieu à des travaux nombreux déjà et remarquables à plus d'un titre. Mais, rebutés sans doute par la pénurie et Tinsignifiance apparente des textes, les érudits se sont trop souvent, pour le XI® siècle, contenté de raconter ' dans Tordre chronologique les grands événements dont les chroniques nous ont conservé le souvenir ou se sont attachés à tracer des biographies dont la pauvreté même des documents eût dû d'avance les détourner. Notre but est différent : au risque de paraître incomplet, nous voudrions tenter de montrer comment s'est formé le comté d'Anjou au xi® siècle au point de vue territorial et au point de vue interne. Nous
i nous sommes efforcéjd'ailleurs de n'omettre aucun des faits
essentiels de l'histoire angevine, et si imparfait que soit cet essai, peut-être, surtout s'il est imité, ne sera-t-il pas sans profit pour l'histoire générale.
Halphen. — 1^ comté d'Anjou. n
n PRÉFACE
Au surplus, même en se plaçant au point de vue annalistique et biographique, Thistoire du comté d'Anjou au XI® siècle méritait d'être traitée à nouveau ; car le seul livre sérieux, depuis V Art de vérifier les dales^ où cette étude ait été abordée dans son ensemble, VEngland under the angevin kings de Miss Kate Norgate*, quelque recommandable qu'il soit à cause de son élégante netteté, pèche trop souvent par une information insuffisante et une critique trop superficielle, et les seules biographies de comtes d'Anjou du xi® siècle à apparence scientifique, celle de Foulque Nerra par M. de Salies'^ et celle de Geoffroi Martel par Sudendorf ^, sont tout à fait sans valeur. Quant aux articles « Foulques Nerra », « Geoffroy Martel », «Geoffroy le Barbu » et o Foulques le Réchin » du Dictionnaire de Maine-et-Loire de Célestin Port*, ils sont utiles à con-
1. London, 1887, 2 vol. in-S*». Les chapitres consacrés à l'histoire des comtes d'Anjou du xi« siècle sont les chapitres III et IV du t. I"".
2. A. de Salies, Histoire de Foulques Nerra, Angers, 1874, in-12. On trouvera une critique aussi sévère que justifiée de ce livre dans la Revue critique, ann. 1874, t. I, p. 407 lart. de M. Aug. Molinier).
3. H. Sudendorf, Berengarius Turonensis oder eine Sammlung ihn betre/fender Briefe, Hamburg et Gotha, 1850, in-8°. Les pages 69-87 de c livre, si précieux en raison des documents qui y sont publiés, sont consacrées à une « (ieschichle Gaufrieds, (irafen von Anjou ». — M. Loizeau de Grandmaison avait préparé une histoire de Geoffroi Martel, dont il n'a publié que le sommaire dans les Positions des thèses... des élèves de r Ecole des Chartes, ann. 1887.
4. C. Port, Dictionnaire géographique et biographique de Maine-et-Loire, Angers, 1874-1878, 3 vol. in %^. — M. G. d'Espinay a fait paraître sous ce titre : La légende des comtes d'Anjou ; 2" Partie : les comtes héréditaires, dans lesA/<*m. de la Soc. d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 4« série, t. VII (1893), p. 3-96, un petit mémoire où il s'est contenté d'indiquer ce qu'il y a de légendaire dans les Gesta consulum Andegavorum. Là première partie de ce travail, concernant les comtes antérieurs à Foulque le Bon, avait paru dans le môme recueil, 2« série, t. XXV (1883).
PRÉFACE m
sulter, mais on ne saurait évidemment y chercher autre chose que quelques indications générales.
Notre tâche s'est cependant trouvée singulièrement facilitée par un certain nombre de travaux de détail et surtout par quelques-uns des ouvrages consacrés soit à l'histoire des provinces voisines de l'Anjou, soit à l'Histoire de la royauté. Ainsi, la question des pèlerinages de Foulque Nerra, sommairement examinée déjà parMabille*, a été récemment reprise et longueme'nt discutée par M. Jules Lair-; les démêlés de Geoffroi Martel et de Geoffroi le Barbu avec l'autorité ecclésiastique ont été partiellement étudiés avec une précision remarquable par M. Schwabe ^, puis, en ce qui concerne Geoffroi Martel, par M. Brôcking *;
1. Chroniques des comtes d'Anjou, publ. par Marchegay et Salmon, Introduction par E. Mabille (Soc. de l'Hist. de France), Paris, 1871, in-S*»,
p. LXXVIII-LXXIX.
2. J. Lair, Etudes critiques sur quelques textes des A'" et XI^ siècles, Paris, 1899, 2 vol. in-4o. L'élude sur les pèlerinages de Foulque Nerra forme l'appendice III du t. I«',
3. Ludwig Schwabe, Studien zur Geschichfe des zweiten Abendmahlslreits (Inaugural-dissertation), Côlhen, 1886, in-8°.
4. Wilbelm Brôcking, Die franzôsische Politik Papst Leos /A", Stuttgart, 1891, in-8°. A compléter avec un Ergànzungsheft paru à Wiesbaden, 1899, in- 8®, et avec deux articles du même: Die Lossagung des Bischofs Eusebius von Angersron Berengar von 7'oMr.s,dans Deutsche Zeitschrift fiir Geschichtswissenschaft, t. V, 1891, l»"" partie, p. 361-365 (avec une correction, ibid., t. VI, 2« partie, p. 232), et Bischof Eusebius Bruno von Angers u. Berengar von Tours, ibid., t. XII, 1894-1895, 2« partie, p. 344-350. — L'ouvrage de Schnilzer y Berengar von Tours, 1890, in-8<»,et VEssai sur Bérenger de Tours et la
. controverse sacramentaire au XP siècle publié par M. Ebersolt dans la Revue de rhistoire des religions, t. XLVIII, 1903, p. 1 etsuiv., n'ajoutent rien, au point de vue qui nous intéresse, aux travaux de MM. Schwabe et Brôcking. Il n'y a rien non plus de nouveau à cet égard ni dans VHistoire de Grégoire VU de M. l'abbé Delarc, ni dans le Saint Léon IX de M. Tabbé Eug. Martin (Co//. des saints, Paris, 1904). Ce dernier auteur n'a d'ailleurs pas connu les travaux de M. Brôcking. Quant aux Annales ecclésiastiques de I Anjou, publiées dans la Revue de V Anjou, 4« série, t. XIII etsuiv., par M. l'abbé
ÏV PRÉFACE
dans une petite dissertation sur L'acquisition du Gâtinais sous Philippe /®^ *, M. Prou a raconté la lutte de Geoffroi le Barbu contre son frère ; enfin M. Beau temps-Beaupré a tenté 2, mais avec une absence de critique excessive, d'étudier certains côtés de Torganisation administrative du comté. Pour les rapports des comtes d'Anjou avec les comtes de Blois, les ouvrages de MM. d'Arboisde Jubainville^, Landsberger* et Lex ^ nous ont été très utiles. Ils ne reposent
Pletleau, elles ne sont guère, pour le xi^ siècle (elles ne commencent d^ailleurs qu'à 1047), qu'une paraphrase des renseignements donnés par Hauréau .dans la Ga//ia chrisfiana, t. XIV. Outre ce dernier ouvrage, on peut consulter pour l'histoire des évêques d'Angers les articles que leur a consacrés C. Port dans son Dictionnaire^ mais il n'y a rien à prendre dans VHisloire de Véglise et du diocèse d'Angers de l'abbé Très vaux (Paris- Angers, 1858, 2 vol. in-8°).
1. Mémoires de la Soc, archéologique du Gâtinais, i, XVI, 1898, p. 177 et suiv.
2. Beautemps-Beaupré, Coutumes et institutions de V Anjou et du Maine antérieures au XVI' siècle, 2« Partie : Recherches sur les juridictions de r Anjou pendant la période féodale, t. I, Paris, 1890, in-S». — Quelques indications sur le même sujet ont été données par M. d'Espinay, dans Les cartulaires angevins, Angers, 186i-, in-8«, et, d'après les notes de M. Beautemps-Beaupré, dans un article intitulé Le dr*oit de l'Anjou avant les coutumes {Mém. de la Soc. d'agric, sciences et arts d'Angers, 5« série, t. IV, 1901, p. 5-70). Nous avons nous-môme publié un article sur Les institutions judiciaires en France au XI' siècle. Région angevine, dans la Revue historique, t. LXXVII, 1901, p. 279-307 (art. reproduit dans la Revue de r Anjou, t. XLIV, 1902, p. 337-373), et un article sur les Prévôts et voyers du XI' siècle. Région angevine, dans Le Moyen Age, 2« série, t. YI, 1902, p. 297-325. Nous avons, en outre, inséré une bibliographie sommaire de l'histoire angevine du xi« siècle dans les Mém. de la Soc. d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 5^ série, t. V, 1902, p. 106-120.
3. H. d'Arbois de Jubainvillc, Histoire des ducs et comtes de Champagne depuis le VI' siècle jusqu'au milieu du XII' siècle, Paris, 1859-1865, 8 vol. in-8«.
4. Jos. Landsberger, Graf Odo I von der Champagne {Odo II von Blois, Tours u. Chartres), 9.95-/0.? 7 (Inaugural-dissertation), Berlin, 1878, in-8°.
5. Léonce Lex, Eudes, comte de Blois, de Tours, de Chartres, de Troyes et de Meaux (995-1 037), et Thihaud, son frère, dans les Mém. de la Société acad. d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de l'Aube, t. LV, 1891, p. 191-383, et à part, Troyes, 1892, in-8^