Etudes critiques, loc, cit
2. Regesto di Farfa, éd. Giorgi et Balzani, t. III, n^ 488 (p. 195), 492 (p. 199), t. IV, no 608 (p. 6), 628 (p. 24), 637 (p. 34\ 638 (p. 36), 650 (p. 47), 651 (p. 48\ 656 (p. 53), 657 (p. 54), 658 (p. 56), etc., etc..
3. Ibid., t. IV, p. 37,11° 639 (Jaffé-Waltenbach, Hefjestu, n» 3998).
Toutefois une grave réserve doit être faite : la bulle de plomb sur lacs de soie, au lieu d'une simple souscription manuelle, rintroduction de formules (qui se condamnent d*ailleurs d*ellesmêmes), telles que « omni ecclesiae populo notum esse volumus praecipueque successoribus nostris et cohabitatoribus sacri Lateranensis palatii » ^, dans la notification, ou <( sigillo nostro sigillari jussimus », dans les clauses finales, tendent à transformer notre acte privé en acte public.
Ce n'est pas d ailleurs la seule contradiction qu on puisse relever dans la pièce : ici, comme dans le privilège de Jean XVIII, après une première série de clauses comminatoires, qui semble indiquer la fin de Tacte, Texposé des faits reprend pendant quelques lignes pour se terminer de nouveau par des clauses comminatoires, qui, celles-là, sont peut-être plus particulièrement propres à un acte public.
Quant à la manière dont le débat est raconté, elle prouve chez le faussaire une inexpérience vraiment choquante : dans une bulle rédigée au nom du pape, l'archevêque de Tours est qualifié <c venerabilis archiepiscopus » ; Foulque Nerra est, par une méthode inverse, tout simplement désigné par son nom : a Fulco ». S'agit-il du comte d'Anjou ? Rien ne nous en avertit. Le monastère de Beaulieu n'est lui-même désigné que par allusion : « monasteriura quem Fulco a noviter construxit ». La discussion s'engage et se termine comme s'il s'agissait, non de la consécration d'une église, mais d'un champ ou d'un étang contesté entre deux particuliers ; les plaidoyers sont^d'une naïveté que rien n'égale : le défenseur du Saint-Siège émet notamment une théorie suivant laquelle un seigneur peut disposer d'une église qu'il a fondée sur ses domaines comme bon lui semble et est libre, par suite, de la faire consacrer par qui il veut : « Cujus est hereditas, ipsius est consecratio. » De plus, dans cette affaire
1. Nous corrigeons dans celte phrase les grosses incorrections qui la rendent ininlelligible.
OÙ il n'est question que du droit de consécration, des laïques de toutes sortes sont appelés à donner leur avis. En un mot, cet exposé des faits ne soutient pas un instant Texamen.
Faut-il ajouter que le faussaire n'a pas su éviter les anachronismes ? Il fait paraître, comme évêque de Porto, Benoît, alors qu'en 1012 ce siège était occupé par Jean * ; comme évêque de Selva Candida, Grégoire, alors qu'en 1012 ce siège était occupé par Benoît^. Les noms cités dans la bulle sont, d'une manière générale, ceux de contemporains de Benoît VIII plutôt que de Serge IV, et il faut même signaler à cet égard, comme à quelques autres encore, des ressemblances, peut-être dignes de remarque, avec une notice rédigée en 1015 pour le monastère de Fruttuaria^.
Il y aurait bien des remarques encore à faire sur notre bulle; mais nous croyons en avoir dit plus qu'assez pour prouver son inauthenticité ; et, s'il est une chose qui puisse étonner, c'est que les critiques l'aient jusqu'ici acceptée comme bonne et l'aient citée à l'envi pour réfuter Raoul Glaber*.
Quanta la seconde bulle de Serge IV, qui est simplement une sorte de lettre de créance pour le cardinal envoyé par le pape afîn de consacrer l'église de Beaulieu, elle est d'une fausseté non moins manifeste. L'adresse est ainsi conçue : « Sergius episcopus, servus servorum Dei, omnibus fîdelibus sanctae Dei ecclesiae episcopis. » Il n'est pas besoin d'insister pour montrer qu'une
1. Ughelli, Ilalia sacra, 2« éd., t. I, col. 115-120 : Benoît a été évêque de Porto sous Benoît VIII.
2. Ibid., col. 93 : Grégoire a été évêque de Selva Candida sous Benoît VIII.
3. Migne, Pair, lai., t. CXXXIX, col. 1588. Sur cette notice, voir une note de M. Sackur, Die Cluniacenser, t. II, p. 14, n. 2.
4. G. d'Espinay, Pfister, Sackur,-etc., ouvr. cités ci-dessus, p. 83, n. 5.
semblable adresse est impossible; toutefois on pourrait, à la rigueur, supposer le mot « episcopis » interpolé ou voir là le résultat d'une mauvaise lecture.
Mais la notification ne vaut pas mieux : « No tu m esse volumus vobis quia quidam comes nomine Fulco construxit quoddam monasterium in suo proprio alodo, quod sancto Petro, apostolorum principi, tradidit ac nostrae dominationi successonimque nostrorum in perpetuo jure submisit. » Ici, on le voit, Foulque Nerra n'est plus appelé familièrement « Fulco » tout* court ; mais on ne dit pas pour cela : « Foulque, comte d'Anjou». Non : c'est « un certain comte Foulque » ! Le monastère de Beaulieu n'est nommé ni ici, ni dans le reste de l'acte : c'est « quoddam monasterium ».
Le pape, dans le dispositif, déclare qu'il envoie « un de ses évoques sufTragants » consacrer l'église ; mais il ne le nomme pas non plus.
Après quoi, viennent des clauses finales que le faussaire a rédigées, dans son désir de leur donner plus de force, d'une manière qui ne laisse aucun doute sur son faux : que tous ceux, est censé dire Serge IV, qui causeront quelque dommage au monastère, que tous les évêques ou archevêques qui voudront l'excommunier « sint ex auctoritate Patris et Filii -et Spiritus sancti et sancti Pétri, apostolorum principis, cui a Christo coUata est potestas ligandi atque solvendi, omniumque sanctorum et ex nostra auctoritate omniumque episcoporum atque archiespiscoporum sanctae romanae ecclesiae excommunitati atque anathematizati sive maledicti. Locus vero ille et omnes hujus loci servientes necnon et adjutores ejus sive amici ei ex eadem auctoritate superius dicta sint absoluti et benedicti nullamque timeant unquam excommunicationem atque maledictionem ab ullo episcopo neque archiepiscopo qui vivere possit* super terram. » Vraiment, le faussaire a voulu trop forcer la note ; et il y a là encore (sans tenir compte de l'absence de la date, des souscriptions, etc., qui peuvent avoir été omises dans les copies) plus qu'il n'en faut pour condamner la pièce.
En résumé, il n'y a aucun fond à faire, ni sur les bulles de Jean XVIII et de Serge IV, ni sur la charte de Foulque Nerra jusqu'ici uniquement citée par les historiens de Beaulieu. Les bulles sont des faux fabriqués à Taide de textes étrangers à Tabbaye ; la charte mise sous le nom de Foulque est un remaniement et 'Une amplification d'une charte authentique que les moines de Beaulieu ont laissé tomber dans Foubli et que les érudits modernes ont ignorée.