VI PRÉFACE
La plupart des travaux consacrés jusqu'à ce jour à l'histoire angevine péchant par un emploi défectueux des textes, il ne sera peut-être pas hors de propos d'indiquer, avant d'entrer en matière, ceux que nous aurons principalement à utiliser et d'en préciser rapidement la valeur.
Nous citerons en première ligne les chroniques angevines. La plus ancienne est celle qui nous est parvenue sous le nom de Foulque le Réchin * . Nous croyons avoir montré ailleurs '^ que, selon toute vraisemblance, cette chronique, dont nous ne possédons plus qu'un court fragment, est bien son œuvre, et qu'elle a été rédigée en 1096 d'après les récits de Geoffroi Martel et les souvenirs personnels de l'auteur : elle a donc une grande autorité. Malheureusement la partie qui était consacrée à la vie de Foulque le Réchin lui-même manque aujourd'hui presque complètement, et l'on ne trouve dans le reste qu'un résumé très rapide de l'histoire des comtes d'Anjou antérieurs.
Plus circonstanciés sont les Gesta consulum Andegavorum ; mais l'ouvrage, remanié à plusieurs reprises, est, faute d'une édition critique^, un de ceux dont l'usage est
1. Publ. par Marchegay et Salmon, Chroniques des comtes d'Anjou {Soc, deVHist.de France), Paris, 1856, in-8°, p. 375-381.
2. Etude sur V authenticité du fragment de chronique attribué à Foulque le Réchin, dans la Biblioth. de la Faculté des lettres de Paris, fasc. XIII, Paris, 1901, in-S», p. 7-48.
3. Les seules éditions sont celle qu'a donnée L.d'Acliery dans son Spicilegium, l""" éd., t. X, p. 399 et suiv., 2® éd. (in-fol.), t. III, p. 234 et suiv., et celle de Marcheg-ay et Salmon, dans les Chroniques des comtes dWnjou, p. 34 et suiv. Nous ferons paraître prochainement une édition critique des Gesta en collaboration avec M. René Poupardin.
PRÉFACE Vil
le plus difficile. Mabille a le premier ^ signalé comme la rédaction la plus ancienne de toutes, celles qui nous sont parvenues celle qui est contenue dans le manuscrit latin 6218 de la Bibliothèque nationale et il en a indiqué la valeur : de £ait, jusqu'au milieu du xi^ siècle, elle est la seule à utiliser au point de vue historique, les rédactions suivantes ne renfermant qu'un surcroit de légendes ou des interpolations, qui obscurcissent le texte primitif. Mabille en a attribué la paternité à Eude, abbé de Marmoutier de 1124 à 1137, et a admis qu'elle avait été successivement remaniée, d'abord par Thomas de Loches, puis par Robin et Breton d'Amboise, enfin par Jean de Marmoutier. Nous ne partageons pas tout à fait cette manière de voir et nous estimons notamment qu'il ne subsiste plus aucun manuscrit de la rédaction de l'abbé Eude ; mais cette dissidence, dont nous donnons la justification ailleurs '-^f est sans conséquences graves au point de vue historique pur : car W rédaction du manuscrit latin 6218 reste, en tout état de cause, la plus ancienne qui soit connue aujourd'hui et celle de Jean de Marmoutier, écrite vers 1170, la plu^ récente.
Les Gesta Ambaziensium dominorum'^. écrits en 1154, procèdent des Gesta consulum pour tous les événements généraux de Thistoire angevine : c'est là un fait jusqu'ici méconnu, mais qu'un examen, même superficiel, suffit à rendre évident *. Par contre, les Gesta Ambaziensium sont
1. Introduction aux Chroniques des comtes d'AnjoUy 1871, p. iv et suiv.