Voir 2« Partie, chap. IV
l'organisation administhative du comté 103
Chemillé. Mais les seuls documents sur lesquels on ait pu s'appuyer sont : 1® un passage de V Histoire de Saint-Florent de Saumur, où il est dit qu'à la bataille de Pontlevoy, en 1016, fut tué Sebrand de Chemillé, « signifer comitis » ^; 2® une série de chartes établissant que Foulque le Réchin avait un connétable nommé Sebrand ^. En présence de ces textes, on a admis^ pour ainsi dire, ipso facto^ que le connétable de Foulque le Béchin, Sebrand, était seigneur de Chemillé; les seigneurs de Chemillé ayant, en effet, alternativement, au xi® siècle, porté les noms de Sebrand et de Pierre, la conjecture s'est imposée d'elle-même : émise comme une vérité indiscutable par Marchegay dans une note de ses Archives d^ Anjou ^, elle a fait fortune et a été répétée sans examen, notamment par Célestin Port ^. — Malheureusement dçms aucun des très nombreux actes relatifs aux seigneurs de Chemillé qui nous ont été conservés, nous ne voyons ceux-ci prendre le titre de connétables ; inversement, dans aucun des actes où parait « le connétable Sebrand», sous Foulque le Réchin, nous ne le voyons
4. Hisi. de Saint-Florent de Saumur, dans les Chroniques de» églises d'Anjou, p. 274 : « Anno qiioque MXVI, feria VII, inter OdoQem et Fulconem Pontelevense actum est bellum, in quo Andegavorum exercitus pêne vastatusest signiferque comitis Sigebrannus de Chimilliaco peremptus. » — Sigebrannus s'est de bonne heure transformé en Segebrannus, au XII* siècle en Seebrannus, et de là en Sebrannus.
2. Ces chartes n'ont pas été citées par les auteurs auxquels nous faisons allusion ; en voici quelques-unes : Catalogue dacteSj n°» 247 (7 mai i085), 250 (1087). 256 (1090), 269 (1093), 279 (1096), 282 (1084-1096), 283 (1098), 289(1100), 318 (1106-1109).
3. Archives d Anjou, t. I, p. 381 ; pour la charte n" 38 du Cartul, de Sainl-Afaur portant la souscription du connétable Sebrand, Marchegay met en note : u Seigneur de Chemillé. La charge de connétable du comté d'Anjou était anciennement héréditaire dans cette famille. Voir Livre rouge de Saint-Florent, f. 55 (c'est le texte de Vilist. de Saint- Florent y auquel nous avons renvoyé). »
4. Dictionnaire de Maine-et-Loire, t. I, p. 670 : « Au x* siècle,., la terre [de Chemillé] a été inféodée par le comte d'Anjou à un .de ses plus puissants vassaux, dont la famille porle le nom du fief et dont le chef lui est attaché personnellement à titre de connétable. »
se dire seigneur de Chemillé ; enfin, constatation plus grave encore, à Tépoque où vivait le connétable Sebrand, le seigneur de Chemillé se nommait Pierre et non Sebrand * : rien, par conséquent, ne nous autorise à déclarer que les fonctions de connétable aient. été, au xi^ siècle, héréditaires dans la maison de Chemillé. Mais le texte de V Histoire de Saint-Florent doit-il nous faire admettre que Sebrand P' de Chemillé, sinon ses successeurs, ait été, lui, connétable de Foulque Nerra ? Nous ne le pensons pas davantage : car comment prétendre que la qualification de « signifer » (qui n est d'ailleurs pas Téquivalent de « connétable » ), que lui donne, encore ici, en passant une chronique très pdstérieure, soit suffisante pour autoriser une pareille conclusion, surtout quand nous ne voyons pas apparaître dans les chartes de connétable d'Anjou avant le dernier quart du xi« siècle 2 ?
Enfin, on a voulu dresser la liste des chanceliers de Foulque Nerra et de son fils, et Ton a nommé Audemand, Bernard de Clermont et Renaud. Le premier, dit M. Beautemps-Beaupré 3, était même déjà en fonctions sous GeofTroi Grisegonelle : dans une charte de ce comte, de l'an 97&, nous le voyons se faire suppléer par un certain AUeaume *, et on le trouve encore
1. Sebrand II de Chemillé, qui succéda vers i047 à son père Pierre I" {Cartul.de la Tria, de Vendôme, éd. Métais, n° 73; charte de Marmoulier de 1047-1061, copiée par Marchegay, Bibl. nat., ms. nouv. acq. fr. 5022, fo 13), est cité jusqu'en 1074 {CartuL de la Trin, de Vendôme^ n» 245) ; mais dès 1082, c'est son fils Pierre II qui lui a succédé (Bibl. nat., nouv. acq. fr., 5022, fo 18) ; on le trouve en 1093 [ibid., f» 21), en 1094 [Livre noir de Saint-Maurice d'Angers, f° 39 v», dans dom Housseau, III, n^ 958), en 1100 (Bibl. nat., nouv. acq fr. 5022, f» 284), en llOi {ibid,, f» 285), en 1105 {CartuL Trin. Vendôme, éd. Métais, n^ 412), en 1109 (nouv. acq. fr. 5022, f° 257), en 1110 {ibid., fo»206, 207, 211, 290), et il meurt seulement en 1120 {ibid.y f®" 29 et 30), et c'est non plus un Sebrand, mais un Gauvain qui lui succède {ibid., f» 264 : cf., f°» 284, 285, 290, 2H).
2. On n'en trouve pas avant Sebrand, connétable de Foulque le Réchin, qui, nous l'avons montré p. 103, n. 2, n'apparaît que vers 1085.