Jaffé-Wattenbach, Regesta, n
LR COMTÇ 121
ni de la convocation : plus tard, il exposa, non sans raison^ qu il lui avait été impossible daller si loin pour se justifier, ajoutant d'ailleurs que,-si le pape avait délégué ses pouvoirs aux personnages qui étaient venus Tinviter à comparaître, il se fût de suite expliqué devant eux ^ Il avait, en outre, dès ce moment, demandé au pape soit de venir lui-même jusqu'en Anjou, soit d*y envoyer une commission devant laquelle il déposerait ^ ; mais on n'avait pas finalement donné suite à sa demande et, constatant seulement qu'il n'avait pas paru k Mayence, Léon fulmina contre lui l'anathème et suspendit dans ses états tout service divin 3.
\, Sudendorf, Berengarius TuronensiSy lettre n® 8, p. 213 : « Quod tamen ego nunquam facere distulissem, postquam legati deeotui pervernerunt ad me, si mihi in audientia sublimitatis tuae causam agcre licuisset vel si legati vicem in eo tuam supplere potuissent et mihi de culpa viri, si restitueretur, in his que habebam ad versus illum satisfacere suscepissent. »
2. Ibid, : t< Quia vero neutrum Geri potuit, alios, quos velles quosqùe in eo posse vicem tuam supplere constarét, cum tuam me adiré presentiam ratio nulla permitteret, ad nos a te mitti postulavi. o Lettre d^Eusèbe Brunon, peut-être à Gui, archevêque de Reims, dans Sudendorf, op, cit,j n^ 3, p. 203 : u Dominum vero comitem, quem tan ta consideratione, ne dicam temeritate, Romani vel Vercellis vocabat, justiorem facit jam habere causam, quia factionem vel discussionem in causa episcopi nunquam sufTugit : proposuit enim domino papae per ipsius legatos utrumque si venisset, sicut constituerat ipse dominus papa, vel si misisset, quod te maxime res ipsa attingebat, sublimitatem tuam ad ea loca ubi nostro tutum esset audire et audiri, sicut prescribunt leges tam ecclesiasticae quam seculares. Cum crgo ipse contra condictum suum venire destiterit teque, ad quem maxime pertinebat, ad nos minime miserit, quid vult faciat comes noster ?» De cette lettre, il semble ressortir que le pape avait d'abord pris en considération la demande du comte.
3. Chronique de Saint-Maixent^ dans les Chron, des églises d'Anjou, p. 398 : « Anno ML Ainrico imperatori filius natus est et a domno Leone papa baptizatus est, qui eodem anno excommunicavit Gaufredum Martellum propter Gervasium episcopum quem tenebat captum. » (Nous coUationnons le'textesurle ms.). Voir aussi les lettres de GeolTroi Martel et d'Eusèbe Brunon citées à la note 2 : Geoiïroi Martel (loc. cil,, p. 213) se plaint de ce que le pape Tait excommunié, lui et les siens (mcque ac meos), sans Tavoir entendu ; Eusèbe Brunon {ibid., p. 202) se plaint de l'interdit. Il est fait encore allusion à ces événements dans une notice de la fîn du xi' siècle racontant les circonstances dans lesquelles rarchcvêquc de Tours Raoul
123 LE COBfTÉ d' ANJOU
Il n'en fallait sans doute pas plus pour amener Busèbe Bru<* non à embrasser résolument le parti de Geoffroi Martel : furieux deTinterdit jeté sur son diocèse, il prit immédiatement le chemin de Rome. 11 finit par obtenir quelque tempérament à la sentence prononcée, mais attendit en vain le pape aune entrevue, que celui-ci lui avait promise pour régler la question à fond, et revint eu Anjou plus furieux encore de tant de dérangements inutiles et plus attaché que jamais à la cause du comte, devenue la sienne propre '.
Les choses en étaient là, quand Léon IX somma une seconde fois GeofTroi de comparaître devant lui à un des deux conciles
fut expulsé de son siège en i08i ; Grégoire VII s exprime ainsi : « Reduco ad memoriam aanctae recordationis et beatae memoriae virum dominum Leonem IX papam, praedeoeasorem noatrum, cuidam canonico praeposito Garnotensi in aynodo Romana auper clerum B. Martini proclamanti (quia cum ceasarent vicinae ecclesiae pro Gervasio Genomannenai epiaoopo a Gaufredo Martello capto, ipae clerua S. Martini, aervata suae eccleaiae conauetudine» ceaaare noluerit) etut idoircoexcommunioaretobnixe poatulanti, ae quod oonsilium daret facturum uaque in tertium diem promisiaae » {Hiêt. de Fr,^ t. XH, p. 460). Sur Tinterprétation de ce document, of. Brôcklng, Die franzôtUohe Politik Papst LeoB IX. Erginzungêheft (4899), p. 14-i5. — Quant à la date de Texcommunication, noua ne croyona paa que lea documenta permettent de la fixer d'une manière tout à fait sûre : M. Schwabe (Sludien %ur Gegchichie den zweiiem Ahendmahlêtreiti, p. 45) admet, en tenant compte du texte de la Chron, de S&int*Maixenl et de Tenaemble des événements, qu'elle est du début de Tan 1050; M. Brôcking (Die frannôsiêche Politik Pap$t Leot IX, p. i 00) n'accorde aucune valeur au texte, trop postérieur, suivant lui, de la Chron, de Saini-^Maixenl, et a'en tenant au passage où Anselme nous apprend (voir ci-dessus, p. 120, n. 5) qu'au concile de Reims Léon IX avait annoncé l'excommunication pour le concile de Mayence, place celle-ci à ce moment (octobre 1049), aans s'arrêter comme M. Schwabe, h la brièveté du délai. Nous ferons remarquer tout au moins que la Chron. de Saint^Maixenl, quoique postérieure, représente, notamment ici, des annales anciennes, aujourd'hui perdues ; nous accordona d'ailleurs que les dates y ont souvent été altérées, mais en con* durons seulement que la certitude sur ce point n'est pas poasible : l'excommunication fut peut-être prononcée dès le concile de Mayence, peutêtre seulement quelques semaines après, peut-être enfin seulement au début de l'année 1050; les textes ne permettent pas d'aller plus loin.
1. Voir la lettre d'Eusèbe Brunon déjà citée (Sudendorf, BerengariuM Turonemii, lettre n« 3, p. 202).
qu'il devait tenir dans le cours de Tannée 1050 à Rome, puis à Verceil ^ Eusèbe se chargea de faire présenter au pontife sa défense et celle du comte par un prélat, qui semble avoir été larchevéque de Reims Gui ^. Dans une lettre qu'il lui écrivit à cet effet, il déversa tout son fiel : « Il était las, disait-il, de demander en vain justice ! Le pape oubliait^il quHl y avait un pontife plus puissant que lui, Jésus, et que son autorité à lui n'existait qu'à la condition de se conformer à celle du Seigneur? Le croyait-il assez aveugle pour ne pas voir que Tobéissance n'était pas due même aux anges, si leurs ordres étaient contraires à la volonté du Christ ? N'était-ce pas enfin faire apparaître le bon droit du comte, son maître, que d'aller, avec une présomption sans pareille, le convoquer à Rome ou à Verceil, alors que celui-ci se déclarait prêt à se justifier devant le pape en personne, s'il voulait venir, ou devant ses délégués, s'il voulait lui en envoyer? Avait-il la prétention que le comte courût à Rome, alors qu'ici ses ennemis complotaient sa perte nuit et jour ? On voulait qu'il relâchât l'évêque ; mais c'était un ennemi public qu'il détenait ! » et Eusèbe terminait son épitre en qualifiant d'indigne la conduite du pape ^.
i, Jbid,j p. 303 : « Dominum vero comitem, quem tanta consîderatlone, ne dicam temeritate, Romam vcl Vercellis vocabat... » Le concile de Home se tint du 29 avril au id mai 1050, celui de Verceil au début de septembre de la même année (Jaffé-Wattenbach, Regesta, n*»» 4213-4226 et 4833).
9. C'est du moins Thypothèse fort ingénieuse de M. Schwabe, Sludien zur Getchichte des tweiten Abendmahlslreils, p. éô-SO.
3. Sudendorf, Berengarluê Turonensiê, lettre n» 3, p. 203-204. Nous para^ phrasons les passages les plus signiflcatifs de cette lettre audacieuse. M. Schwabe la date du début de Tan 1051 (Schwabe, op. c//., p. 39*45) ; M. Brôolcing, qui avait d'abord accepté cette date sans restrictions (Diefranz, Polilik Papsl Leos /.Y, p. 101-104), a depuis admis {op. cil,, Ergânzangêhefiy p. 13) qu*il était plus vraisemblable de placer la lettre vers Tété de 1060, parce qu'il y est parlé de Théi-ésle de Bérenger comme d*une nouveauté. Nous ferons simplement remarquer que la lettre est postérieure à la fois au concile de Mayence d'octobre 1049, puisque c'est alors, au plus tôt, qu'ont pu être prononcés l'excommunication et l'interdit contre Geoffroi Martel et ses sujets, é^t au concile de Latran d'avril-mai 1050, devant
124 LE COMTÉ d'aNJOD
Bien loin de s'apaiser, le conflit s'envenimait: Thérésie de Bérenger, qui éclatait au même instant, était un nouvel élément de discorde, Eusèbe et -le comte prenant fait et, cause pour larchidiacre d'Angers, dont le pape n'hésitait pas à condamner les doctrines ^ Pour tâcher de satisfaire Topinion publique, Geoffroi Martel avait bien soumis sa propre cause à un synode réuni à Tours en 1050 ou 1051 -; mais il semble que cette
lequel Eusèbe Brunon était venu défendre sa cause ; elle est antérieure à la réconciliation de Geoffroi Martel avec le roi Henri I*', c'est-à-dire au 15 août 1052, au plus tard, comme on Ta vu ci-dessus, p. 76 : elle se place donc soit dans la seconde moitié de 1050, soit en 4051, soit même dans la première moitié de Tannée 1052. Comme, d'autre part, ainsi que Ta fait remarquer M. Brôcking (op. cil,, p. 102-103), il n'y est pas encore question du synode que Geoffroi Martel réunit à Tours, les vraisemblances nous reportent à Tannée 1051, au plus tard. Suivant aloi*s qu'on comprendra la phrase où il est fait allusion au concile de Verceil comme ayant été écrite avantou après ce concile, c'est-à-dire avant ou après le mois de septembre 1050, suivant qu'on sera plus ou moins frappé de l'argument relatif à Bérenger, on sera porté à préférer Tannée 1050 ou Tannée 1051 ; mais nous croyons qu'une certitude sur ce point est encore impossible à atteindre : mieux vaut donc rester dans le doute que de viser à une fausse précision.
1. Voir la lettre d'Eusèbe Brunon citée à la note précédente, où Tévêque prie son correspondant de prendre devant le pape la défense de Bérenger. Pour l'attitude générale d'Eusèbe dans la controverse provoquée par Bérenger, voir les ouvrages relatifs à cet hérésiarque et notamment ceux de Sudendorf, Schwabe et Brôcking. Quant à Geoffroi Martel, nous le verrons prendre nettement position quelques années après : cf. ci-dessous, p. 126.
2. Voir la lettre de Geoffroi Martel déjà citée (Sudendorf, op. cit.^ lettre n® 8, p. 213) : «... convenire feci quos potui de provincia episcopos et abbates atque eis Gervasium episcopum presentem exhibui ut vel ipsis, quod tibi non poterat, culpa illius manifestissima fieret. » Dans ce même synode on examina le cas de Bérenger ; car dans une lettre écrite à l'archidiacre plusieurs années après par Eusèbe Brunon, Tévêque lui rappelle que sa doctrine avait été jugée à Tours, non seulement lors du concile tenu par le légat Hildebrand (en 1054), mais déjà auparavant, dans le concile tenu dans cette ville « inpresentia domniGervasii tune capti» (Cl. Ménard, S. Aurelii Augustinillipponensis episcopi contra secundam Julianiresponsionem... Paris, 1616, p. 74, et K. Semisch, Eusebius Bruno^ Bischof von Angers, dans le Zeitschrift fiir die historiche Théologie^ t. XXVII, 1857, p. 159).
munifestation ait été sans résultat pratique : chacun restait sur ses positions.
La mort de Hugue III, comte du Mans, finit par amener indirectement la solution du conflit: Gervais, voyant dans le Maine sa cause définitivement perdue, promit à GeofTroi Martel tout ce que celui-ci voulut exiger de lui et obtint ainsi sa mise en liberté ^ Léon IX se décida sans doute alors à lever excommunication et interdit ^, sans toutefois consentir à déclarer Gervais déchu de son siège 3, malgré une lettre où le comte lui exposait, non sans fermeté, que Gervais, continuant, en dépit de ses engagements, à se conduire vis-à-vis de lui en ennemi, avait définitivement perdu ses droits à Tévêché du Mans ^. GeofTroi Martel devait d'ailleurs finir par obtenir gain de cause même sur ce point après la mort de Léon IX ^ ; mais ce qu'il importait surtout de signaler, c'est combien dans toute cette lutte il y eut partie liée entre Eusèbe et le comte. Cette entente ne devait jamais se rompre, et c'est ce qui explique que, quelques années