LH COMTE D’EGMONT
restituer les églises dont ils se sont emparés et à ne plus faire des prêches dans l’intérieur de la commune. Il leur remet, au surplus, une interprétation satisfaisante des articles les plus importants de l’accord accepté de part et d’autre (1).
Le gouverneur de la Flandre tint une conduite analogue à Courtrai, à Deynze, à Thielt, à Menin et dans la châtellenie de Bergues. Toutes les conventions conclues avec les réformés s’appelèrent submission de ceux de la nouvelle religion (2). Elles avaient pour base l’accord conclu par la régente avec les gentilshommes confédérés et réservaient expressément aux États- Généraux le droit de régler d’une manière définitive les rapports des deux religions. Plus tard on ne pardonna point au comte d’Egmont d’avoir osé nier que le roi fût absolu et d’avoir hautement reconnu la prérogative des États (3).
Cependant le gouverneur de la Flandre n’était nullement disposé à livrer cette province aux religionnaires. Il trouvait humain et juste de soustraire cenx-ci à la violence des terribles édits de Charles-Quint; il était partisan d’une tolérance limitée selon les préjugés de l’époque, mais il ne voulait point la prédominance des calvinistes. N’ayant pu obtenir ni de la régente ni du conseil des finances l’argent nécessaire pour lever un certain nombre de gens de guerre, il eut recours aux ecclésiastiques de la Flandre et de l’Artois. Le clergé lui accorda la
(1) Justification du magistrat d'Ypres, MS. — L’interprétation par le comte d'Egniont de certains articles d’une déclaration qu’il avait donnée touchant l’exercice de la nouvelle religion, à Y près, est insérée dans la Notice historique et descriptive des archives de la ville de G and, p. 121.
(2) Les religionnaires se soumettaient volontairement, car ils étaient certes assez nombreux pour résister avec succès aux injonctions du gouverneur. On en trouvait des milliers jusque dans les petites villes de la Flandre. Le curé de Saint-Pierre, à Uenaix, déposa plus lard qu’il avait « souventes fois « veu passer devant sa maison tant hommes que femmes allans à la prcsche « de quatre à cinq mille personnes venant en partie d’Audennrde, en partie « de Lcupeghem, Nukcrke et autres lieux circonvoisins , tous embastonnez « de picques , de harcquebouzes et pistolelz , aussy d’hallebardes et autres « armes... » Mémoire justificatif du magistrat de Renaix, publié par M. U. Raepsaet dans le Messager des sciences historiques ( 1833).
(3) Libel accusatoire dans le Procès du comte d'Egmonl, p. 111.