‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 115 sur 187 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Remplissant aussi l’engagement pris dans la conférence de Termonde, le comte se rendit à Bruges pour déterminer les quatre membres de Flandre à présenter une requête à la gouvernante afin d’obtenir la réunion des F.tats-Généraux. Il s’efforça en outre de persuader au comte de Mansfeldt de faire cause commune avec les autres seigneurs. Il lui reprochait d’avoir, sans motif plausible, déserté leur parti et cherchait à l’effrayer en lui apprenant que, d’après tous les avis reçus et confrontés dans l’entrevue de Termonde, le roi d’Espagne se proposait de faire couper la tête non seulement au prince d'Orange, au comte de Hornes et à lui, comte d’Egmont, mais qu’il ferait subir le même sort ù Mansfeldt. Ce derniers’empressa de communiquer très secrètement à la duchesse de Parme la lettre de son ancien ami et la réponse qu’il y avait faite (1).

Du chûteau de Soltegem, qui était sa résidence principale en Flandre, le comte d’Egmont veillait à l’observation des conventions conclues avec les religionnaires. Les députés des magistrats et des consistoires aflluaient il Soltegem, et le gouverneur ne cessait de négocier avec eux pour achever la pacification de la province. Voulant empêcher une nouvelle occupation des églises par les sectaires, il avait autorisé ceux d’Armentières, d’Audenarde, de Bailleul, et un peu plus tard ceux d’Ypres et de Gand, à élever des granges ou loges de bois, dans le voisinage des villes, pour y tenir leurs prêches. Ces concessions lui furent plus tard imputées à crime : on prétendit qu’il n’avait point le droit de les faire; mais ne fallait-il pas tenir compte des difficultés que le gouverneur de la Flandre devait surmonter? Ainsi les religionnaires d’Audenarde n’ayant pas voulu se contenter pour leurs prêches du lieu qui leur avait été assigné par Beckerzeel, le comte d’Egmont ne consentit à leur accorder une autre place qu’après une enquête, les instances les plus vives et afin, disait-il, de prévenir la ruine d’Audenarde, car les artisans menaçaient de délaisser leurs ateliers (2).

(1) La duchesse de Parme au roi, 15 octobre 1566 (Correspondance de Philippe II, t. I", p. 475).

(î) Mémoire justificatif du magistrat d'Audcnarde, p. 68.

Le 6 et le 7 octobre, les réformés de Gand, réunis en grand nombre au cimetière de Saint-Jacques, se proposaient d’y procéder, selon les cérémonies de leur culte, à l’enterrement d’un calviniste. Le magistrat, voulant empêcher ces assemblées, en référa au gouverneur de la Flandre. Le comte d’Egmont exprima un grand regret de ce qui s’était passé au cimetière de Saint-Jacques, loua le magistrat de ne point souffrir de telles assemblées et lui prescrivit de les empêcher par toutes voies convenables. « Mais il est juste, ajoutait-il, que ceux de la reli- « gion nouvelle aient une place déterminée pour y enterrer « leurs morts sans cérémonies: et bien qu’ils n’aient pas voulu « encore condescendre à signer le recez fait avec eux, je suis « d'avis que vous leur désigniez un lieu quelconque hors de la « ville, prochain et commode, pour y pouvoir faire leurs prê- « cites pendant que le temps est encore bon et y ériger une « grange pour y être ensuite à couvert contre les injures de la « mauvaise saison. » Il importait d’éviter que les assemblées du cimetière de Saint-Jacques, qui se renouvelèrent encore le 8 octobre, ne devinssent tumultueuses et que les assistants ne s’y rendissent armés. Le 9, le magistrat avertit de nouveau le gouverneur et lui fit entendre que sa présence à Gand serait bien utile. Le comte répondit le lendemain qu’il chargeait Louis de la Trouillère, capitaine du château de Gand, et George de Ligne, chef de la compagnie d’arquebusiers ù cheval, de donner au magistrat assistance toutes les fois qu’ils en seraient requis par lui ; mais comme il ne disposait que de peu de forces, il hésitait à compromettre son autorité en se rendant lui-même à Gand. « Néanmoins, disait-il, je vous donnerai toute l’assis- « tance qui me sera possible; efforcez-vous de conduire les « affaires avec prudence jusqu’à ce que l’on ait trouvé un plus « prompt remède. » Les résolutions du gouverneur, lorsqu’elles furent connues, calmèrent les esprits. Les membres du consistoire se montrèrent contents d’avoir obtenu une place hors de la ville pour y tenir leurs prêches (1).

(1) «apport du magistrat de Gand, p. 47, et pièces justificatives, p. 168-174. — Le magistrat de Gand déclara plus tard ■ que l’église des sectaires n’avoit

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