‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 116 sur 187 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le 12 octobre, le comte d’Egmont revint à Bruxelles. Malgré la profonde dissimulation de la régente, il remarqua bientôt le changement qui s’était accompli dans les dispositions de la sœur de Philippe II. Mais il devait ignorer longtemps encore que Marguerite de Parme le dénonçait secrètement comme un factieux qui se proposait d’introduire dans les Pays-Bas la confession d’Àugsbourg et d’enlever au roi son ancien patrimoine. Bien que le comte d’Egmont, dans l'entrevue de Termonde, n’eût pas donné au prince d’Orange tout le concours que celui-ci attendait, il continuait d’entretenir avec son collègue les meilleures relations. C’est ce qu’atteste une lettre très intéressante adressée à Guillaume de Nassau le 15 octobre. Le comte d’Egmont lui rapportait l’entretien qu’il avait eu avec la duchesse de Parme, en plein conseil, pour tenir la promesse faite à Termonde de communiquer à la régente des Pays-Bas la lettre de don Francès de Alava et de lui demander quelle foi il fallait y ajouter. Egmont se disait médiocrement satisfait de la franchise de la régente et de la confiance qu’elle lui témoignait. — Elle traite avec moi, disait-il, comme avec un homme de qui elle a mauvaise opinion. — La princesse se montra d’ailleurs embarrassée; mais elle jura que la lettre de don Francès était la plus grande vilenie du monde, une bourde forgée dans le pays même. Le comte répliqua que, quelque créance que méritât l’écrit attribué à l’ambassadeur espagnol, ce factum ne lui faisait pas tant accroire que d’autres choses , mais qu’il fallait avoir patience et que ses services et ceux de ses confrères ne méritaient point d’être si mal récompensés. Egmont avouait ensuite au prince d’Orange qu’il aurait déjà quitté Bruxelles, s’il n’avait attendu le comte de Homes, qui devait arriver le lendemain, et aussi les députés de la Flandre, qui venaient exposer l’état pitoyable dans lequel se trou-

« esté édifiée par son congé, mais, au contraire, par l'advis de mons’ le gou- « verneur,qui,pourosterauxdils sectaires l’occasion de plus grand tumulte, « ou de saisir quelques églises dedans la ville, comme ilz se vantoient, leur ■ a permis de faire quelque grange pour estre à couvert. » Notice hist. et descript. des archives de la viUe de G and, p. 77.

LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE BORNES.

vait ce pays et traiter avec les députés des autres provinces pour le cas où il s’en trouverait h la cour. Malheureusement ceux-ci manquaient encore; et cette lenteur, qui dénotait des irrésolutions regrettables, était une grande faute. La régente parlait, à la vérité, d’envoyer un gentilhomme par la poste vers le roi pour hâter sa résolution au sujet des Étals-Généraux. — C’est une femme nourrie en Rome, disait Egmont avec une certaine ironie; ayons foi. — Après avoir signalé l’empire que le comte de Mansfeldt exerçait sur elle, l’illustre capitaine finissait cette lettre confidentielle par les paroles suivantes : « Dieu « veuille que tout aille bien, mais les apparences en sont « petites; faisant comme nous avons toujours fait, il faut espé- « rer que Dieu nous aidera contre toutes mauvaises intentions « que l’on a pour nous nuire (1). »

Le même jour, la régente entretint le roi des lettres attribuées à don Francès de Alava. Elle soutint que celui-ci n’avait jamais écrit ni elle jamais pensé choses pareilles, de manière que ce ne pouvait être là qu’un moyen inventé pour la rendre odieuse. Elle mandait encore à Philippe II que, selon ses informations, les députés de la Flandre arriveraient à Bruxelles sous trois jours pour lui faire des remontrances sur l’état du pays; elle croyait que, sous le même prétexte, les autres provinces enverraient aussi leurs représentants et que, lorsqu’ils se trouveraient réunis, ils pourraient prendre quelque grave résolution. Elle n’était pas sans soupçon que tout cela avait été concerté dans l’assemblée de Termonde, d’autant pliis, disaitelle, que, depuis son retour, le comte d’Egmont, en proie à l’inquiétude et à la crainte, avait sans cesse dans la bouche que le seul moyen d’apaiser les troubles était l’assemblée générale des états (2). C’était en effet la conviction profonde de ce seigneur.

Dans un entretien avec Armenteros, il s’était plaint avec une vive amertume de la défiance que le roi et la régente lui marquaient, des calomnies dont il était l’objet et du tort qu’on lui

(1) Archives de la maison d'orange-Nassau, t. II, p. 400 et suiv.

(2) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 475.

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