‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 120 sur 187 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

la conduite qu’il tint à l’égard des prisonniers accusés d’avoir participé au pillage des églises : il en fit retenir quatre présumés les plus coupables, se réservant de les faire juger à son retour; quatre autres furent mis en liberté, mais sous caution juratoire de se représenter chaque fois qu’ils en seraient requis (1).

Arrivé à Bruxelles, Philippe de Montmorency rendit compte à la régente de tout ce qu’il avait fait à Tournai pour le service du roi et du pays. Il ne pouvait plus contenir son irritation. Après s’être plaint très vivement, dans un entretien particulier avec la duchesse de Parme, il répéta et développa ses griefs devant ses collègues du conseil d’État. Il dit ouvertement, en présence de la régente, qu'il était depuis longtemps au service du roi sans qu’il eût jamais eu ni mercède ni récompense et même sans qu’on lui eût su aucun gré de son dévouement. Lorsque le roi partit pour l’Espagne il avait été requis de l’y accompagner pour remplir la charge de superintendant des affaires des Pays-Bas; il avait accepté cette charge, il était allé en Espagne , mais il y avait été si mal et si étrangement traité, sans que l’on tînt aucune des promesses qui lui avaient été faites, qu’il s’était vu obligé de revenir. Il avait alors servi au conseil d’Etat pendant cinq années, abandonnant sa maison et négligeant ses affaires, et quel bien lui avait-on fait? Montigny, son frère puîné, recevait par an neuf à dix mille livres de traitement, et lui n’avait point cent écus. Il serait toujours prêt néanmoins à payer de sa personne si une guerre éclatait; mais il ne pouvait plus demeurer au conseil d’État pour voir les affaires entièrement perdues, sans espoir de remède, car la force que le roi voulait employer amènerait la ruine du pays. Il avait dépensé au service du roi quatre cent mille florins, de sorte que les biens qu’il avait dans les Pays-Bas étaient chargés et hypothéqués au delà de leur valeur; aussi se retirerait-il pour vivre sur les domaines qui lui restaient hors de la suzeraineté de Philippe II. S'adressant ensuite directement à la régente, il lui dit qu’il ne se plaignait pas d’elle; c’était du roi qu’il n’avait eu aucune satisfaction. Il

(1) Mémoires de Pasquier de Le Barre, 1. 1", p. 195 et 206.

LE COMTE d’EGMONT ET I.F. COMTE DE HORNES.

rappela que, depuis plus de huit mois, prévoyant les troubles et la ruine totale de ces provinces , il avait envoyé son secrétaire en Espagne principalement pour savoir si le roi voulait se servir de lui et pour demander, en ce cas, d’étre traité comme les autres. En attendant une réponse, il s’était retiré en sa maison. Mais, tandis que l’on berçait son secrétaire de vaines paroles, lui avait été rappelé à la cour par la régente pour délibérer avec les autres chevaliers de l'Ordre sur la requête des confédérés. Le baron de Montigny, son frère, s’était ensuite rendu en Espagne, et il y était depuis trois mois. Cependant rien n’était changé dans une situation devenue intolérable; ou plutôt, lui, comte de Hornes, avait acquis des preuves nouvelles d’une ingratitude qui le décourageait et l’affligeait. Avec quelques autres, il était regardé comme un des auteurs des derniers troubles ; le dévouement qu’il venait de montrer à Tournai était ouvertement méconnu; toutes ses actions étaient mal interprétées; il ne rencontrait que de la défiance, et c’était à ce mauvais sentiment qu'il attribuait le refus du seigneur de Moulbais de lui obéir. Le comte, s’animant de plus en plus, s’écria qu’on reconnaîtrait bientôt les services qu’il avait rendus et qu’il pourrait rendre encore comme conciliateur entre la cour et les réformés de Tournai. Avant six jours, on verrait les sectaires se soulever et tuer tous les prêtres et les catholiques. Les sectaires, ajoutaitil, étaient bien unis et avaient des intelligences dans tous les pays voisins. Comme ils savaient que le roi faisait de grands préparatifs pour les dompter, ils voudraient le prévenir. Ils avaient de leur côté quatre mille marchands qui, chaque semaine, fournissaient chacun dix écus : ils sacrifieraient tout ce qu’ils avaient pour leur religion et leur sûreté. Ne valait-il donc pas mieux prêter l’oreille à de bons conseils et user de modération pour pacifier les esprits, en employant les confédérés, qui avaient du crédit et qui se montraient disposés à se conduire avec zèle et loyauté? Pour lui, ne voulant pas assister à la ruine de sa patrie, ni avoir la gorge coupée dans de nouvelles vêpres siciliennes, il avait pris la résolution irrévocable de se retirer dans sa maison; il avait d’ailleurs écrit au roi et à Ruy Gomez qu’il allait prendre son congé sans plus attendre. Il

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