‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 124 sur 187 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

et sans recours à la violence. La régente ne permit pas que ces propositions fussent envoyées au roi : elles tendaient, mandaitelle à Philippe II, à nuire au service de Dieu et à déconsidérer l’autorité royale. Le refus de la duchesse de Parme mécontenta beaucoup le comte d'Egmont. Il était en outre en désaccord avec la régente sur l’interprétation des concessions faites, aux religionnaires de la Flandre. Il se montrait contraire aux mesures qu’elle avait prises pour que les sectaires se bornassent au simple acte de prêcher là où ils le faisaient avant l’accord; il était allé jusqu’à dire que, le jour où cette mesure s’exécuterait, tous les sectaires du pays de son gouvernement prendraient les armes et qu'il en résulterait de très graves inconvénients dont il rejetait d’avance la responsabilité sur la régente. Mais elle, de l’avis du conseil, n’en avait pas moins persisté dans sa résolution (1).

Noircarmes aurait voulu que la régente engageât le roi à prescrire au comte d’Egmont de prendre les armes et de se déclarer contre les sectaires. — Elle ne savait pourtant, disaitelle à Philippe II, jusqu’à quel point il conviendrait de mettre toute la force armée entre les mains du comte, depuis les informations recueillies sur sa manière d’agir. — Le comte disposant déjà des troupes qu’il avait en sa qualité de gouverneur, le roi, ajoutait Marguerite, pourrait lui ordonner de se prononcer ouvertement contre les sectaires ; on s’assurerait ainsi de l’intimité qui régnait entre lui et le prince d’Orange, « au point qu’ils se communiquaient tout ce qui se traitait dans le conseil d’État, au grand préjudice de S. M. » Noircarmes avait confié à la régente que le comte d’Egmont lui avait montré une lettre dans laquelle il entretenait le prince d’Orange des moyens de faire cesser les prêches et d’apaiser les troubles. Il y disait que si le roi approuvait les propositions qu’il avait soutenues, il serait alors obligé d’agir selon que l’exigeaient son honneur et sa fidélité au souverain (2). Cette déclaration, faite au prince

(1) La duchesse de Parme au roi, 18 novembre 1566 ( Correspondance de PkiKppe 11, 1. 1", p. 184-485).

<4) Lettre de ia duchesse de Parme au roi, du 18 nov. 1566, citée ci-dessus.

d’Orange, attestait donc la franchise du comte d’Egmont. Il en donna une nouvelle preuve en s’adressant directement à Philippe II et en mettant sous ses yeux, par l’entremise du baron de Montigny, le plan qu’il avait conçu pour la pacification des troubles.

Dans cette lettre datée du 15 novembre, d’Egmont se plaignit des fausses imputations dont il était l’objet. Il avait appris, disait-il, que l’on calomniait fort ses actions et que l’on parlait très étrangement de lui à la cour; il ne doutait même pas que quelque rumeur ne fût venue aux oreilles du roi, bien qu’il tînt pour certain que ce prince n’y ajouterait nulle foi. Cependant il le suppliait de croire que jamais il n’avait pensé faire chose quelconque qui fût contraire au service de Dieu et du souverain. Il n’écrirait pas une plus longue apologie, se fiant au temps pour détruire toutes ces imputations calomnieuses. Mais il devait dire qu’il avait un extrême regret de voir le pitoyable état des Pays-Bas, et comme fidèle serviteur du roi , il osait le supplier, avant qu’il employât la rigueur et les armes, d’examiner encore les autres moyens qui lui étaient proposés en vue de pacifier les provinces. « Je supplierai V. M., disait-il « en finissant, de regarder ces pauvres pays d’un œil bénin et « clément, vous souvenant des services qu’autrefois ils vous « ont fait et à vos prédécesseurs et considérant ceux qu’ils « pourront encore faire. Que V. M. croie aussi que je n’ai « moindre envie de lui faire très humble service que j’ai eu de « tout temps (1). »

Bernard de Mérode, lieutenant de la bande d’ordonnances du comte de Hornes et l’un des principaux confédérés, avertissait le comte d’Hoogstraeten que, malgré tout le mécontentement du comte d’Egmont, celui-ci ne prendrait une grande résolution qu’à la dernière extrémité (2). On rapportait aussi

(1) Correspondance de Philippe II avec la duchesse de Parme (archives du royaume), fol. 203.

(2) Bernard de Mérode, dans sa lettre datée de Racmsdonck le 1” novembre 1566 , ajoutait qu'il avait eu de la peine à communiquer avec le comte d'Egmont qui, le même jour, apprenait qu'une partie de son château de

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