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temps que loyal serviteur du roi, lorsqu’il disait â Montigny : « Représentez au roi qu’il peut venir en aide à ces provinces « s’il veut entendre leurs doléances et se montrer prince clé- « ment, écoutant sans nulle passion ses sujets; qu’il se fie « donc h nous qui sommes ses vassaux naturels (1). »
Les déplorables scènes du mois d’août avaient amené des divisions profondes non seulement dans les rangs de la haute noblesse, mais aussi parmi les confédérés qui , restés catholiques, ne confondaient point la tolérance avec des actes de brigandage. Plusieurs dos grands, naguère alliés au comte d’Egmont et au prince d'Orange, s'étaient détachés de cette ligue patriotique. La régente louait surtout le comte de Mansfeldt, à qui elle avait confié le gouvernement de Bruxelles. Elle mandait au roi que, chaque jour, Mansfeldt représentait h son collègue, le comte d’Egmont, que les procédés dont il avait usé, de môme que le prince d’Orange et le comte de Homes, n’étaient pas de ceux qui convenaient entre des vassaux et leur souverain. Les disputes étaient souvent très aigres. Il s’en était même peu fallu que, tant avec le comte d’Egmont qu’avec le comte de Hornes, son beau-frère, avant le départ de celui-ci pourWcert, Mansfeldt n’en vint ît des paroles extrêmement vives (2).
Les comtes de Megen et d’Arenberg allaient plus loin encore que Mansfeldt. Dans une lettre collective du 17 octobre, ils avaient formellement représenté à la régente qu’elle devait avoir recours aux armes (3). Mais le comte d’Egmont, en plein conseil d’État, le 22 octobre, combattit énergiquement l'opinion de ceux qui voulaient employer la violence. « — La vieil toiremônje, disait-il en substance, serait désastreuse, et les « bons pâtiraient comme les mauvais. D’ailleurs il était impos- « sible de maintenir toujours une armée pour conserver le « pays. 11 fallait d'autres remèdes. Pourquoi le roi s’oppose- « rait-il plus longtemps à la réunion des États-Généraux? Pour- « quoi ne pas accorder provisoirement à chacun la liberté de
(1) Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 309.
(2) Currespotidance de Philippe II, t. I", p. 484.
(3) Ibid., t. I", p, 483.
LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE HOMES.
« conscience, à condition de faire cesser les prêches? Pourquoi « les curés catholiques n’administreraient-ils point le saint « sacrement sub utraque specie h ceux qui le demanderaient? » Egmont ne répugnait pas au bannissement des prêcheurs publics qui ameutaient le peuple : mais il ne le demandait point et, pour ce qui était de lui, il ne le demanderait jamais. Mais il croyait que, par cette mesure, on éviterait pourtant de plus grands troubles. — Le discours du comte fit une profonde sensation. La séance ayant été reprise dans l’après-midi, la régente déclara qu’elle observerait l’accord du 25 août, mais qu’elle entendait se conformer aussi aux lettres du roi du 3 octobre et résister aux voies de fait. Elle requit les seigneurs de la seconder de tout leur pouvoir. Il lui semblait qu’il serait bon de connaître ceux qui voulaient lui refuser leur concours, non pas que le roi eût l’intention de former des ligues ou de « tuer » certains personnages, mais seulement pour se défendre contre ceux qui voudraient opprimer. Le comte d’Egmont répliqua qu’il était d’avis de combattre ceux qui voudraient user de violence pour saccager les églises, et que, quant à lui , il s’y emploierait de tout son pouvoir. La régente dit alors qu’elle ne s’opposait pas à envoyer, selon la proposition du comte d’Egmont, un personnage exprès vers le roi pour lui faire connaître l’état des choses; mais qu’elle n’oserait point lui représenter d’accorder la liberté de conscience (1).
Le comte d’Egmont prévoyait que la crise approchait et il avait indiqué les remèdes, que, dans sa loyauté, il jugeait les plus propres à ramener le calme. Résumant les discours prononcés par lui dans le conseil d’Élat, il émit le vœu que la régente sollicitât de Philippe II les trois points suivants, qui lui paraissaient de nature à satisfaire les catholiques et les protestants : liberté de conscience pour chacun, à condition que les prêches cesseraient ; fixation de l’époque à laquelle s’assembleraient les États-Généraux, en stipulant que, si le souverain ne pouvait s’y trouver en personne, les États ne s’en assembleraient pas moins ; arrivée prochaine du roi, mais sans armée
(1) Notules (lu conseil d'État (séance du 22 octobre 1568).