CHAPITRE XII. — 15G6-I567. 2G
et une entrevue eut lieu à Malines entre les comtes d’Egmont et de Mansfeldt, d’une part, les comtes de Hornes et de Nuenar, de l’autre. Le prince d’Orange avait refusé de s’y rendre. Malgré les admonestations violentes du comte de Mansfeldt et les conseils plus graves du comte d’Egmont, le comte de Hornes ne se laissa point persuader tout de suite. Il demanda deux jours pour prendre une résolution (1).
Bien que le comte d’Egmont eut prié la régente de faire connaître au roi les résultats de sa dernière mission en Flandre, il crut devoir s’adresser directement à Philippe II. Le 4 mars, il lui écrivit une lettre digne d’attention. Pour se conformer, disait-il, à la volonté du roi, qui lui avait été exprimée par la régente, il avait prêté le serment prescrit à tous ceux « ayant charge. » Il suppliait le monarque de croire qu’il garderait le premier et le dernier serment, comme son devoir l'y obligeait. Le roi n’ignorait pas que, lors de son dernier voyage en Flandre, il avait fait cesser « par induction » tous les prêches, hormis quatre. Il était bien fâché de n’avoir su les suspendre tous, bien qu’il s’y fût employé de tout son pouvoir. Il avait prié M. de Montigny de donner sur ce point des informations au roi. Du reste, si l'on pouvait réussir â obtenir de ceux d’Anvers la cessation des prêches, tout le reste suivrait. Il se disait fâché et triste de voir que l’état des Pays-Bas empirait plus qu’il ne s'améliorait. « Plût à Dieu, ajoutait-il, que j’y pusse remédier avec mon sang : je le ferais très volontiers. » Il ne voyait d’autre remède que dans la venue du roi, et il le suppliait de hâter son voyage; mais il craignait que ce voyage ne s’accomplît pas aussi vite qu’il serait nécessaire pour éviter une ruine apparente, car il voyait beaucoup de gens désespérés qui s’appuyaient sur le peuple infecté d’hérésie. Il n’osait plus répéter ce qu’il avait tant de fois écrit au roi touchant l’opportunité d’un pardon général, à la condition que les prêches et les exercices de la nouvelle religion cesseraient jusqu’à ce que des mesures générales eussent été prises pour régler ce sujet. Mais la nécessité présente lui commandait de représenter une
(1) Lettre de la duchesse de Parme au roi du 4 mars 1587.
LE COMTE d’ECMOXT ET LE COMTE DE ÎIOIINES.
dernière fois au roi l’urgence de cette amnistie, sans quoi il tenait le pays pour perdu et ruiné, quoiqu’il fût déterminé à employer toujours corps et biens pour empêcher cette catastrophe (1).
Le comte d’Egmont n’était ni inconséquent ni traître. Il ne cessait de réclamer, comme il l’avait toujours fait, une amnistie générale et la modération des édits religieux, avec le concours des États-Généraux. Mais, redoutant pour sa patrie les menaces et la puissance de l’Espagne, il était fermement disposé à combattre toute entreprise qui aurait transformé en révolte flagrante une opposition légale et servi de prétexte à Philippe II pour opprimer les Pays-Bas (2).
Lorsque Jean de Marnix, seigneur de Thoulouze, se dirigea d’Anvers vers Flessingue pour s’emparer de 141e de Walclieren, le comte d’Egmont déclara au conseil d’État que si cette position importante était occupée par les calvinistes, il la reprendrait ou y perdrait la vie. Il fit même rassembler des soldats et des bateaux au Sas de Gand, pour exécuter l’expédition qu’il méditait (3). N’ayant pas trouvé dans les villes zélandaises l’appui sur lequel il comptait, Jean de Marnix vint s’établir à Austruweel : il espérait que les calvinistes d’Anvers feraient tomber cette métropole en son pouvoir. Le comte d’Egmont
(1) Correspondance de Philippe II avec la duchesse de Parme (archives du royaume), fol. 289V-290.
(î) Morillon expliquait un peu plus tard au cardinal de Granvclle la conduite inconséquente en apparence du comte d’Egmont : « L'avis d'Egmont, écrivait-il, est de tout accommoder, de sorte que les estrangers ne viennent avec puissance, et qu'il faut suspendre les prêches ; il y aura meilleure commodité pour introduire la religion réformée , de sorte qu’on peut voir une grande intelligence entre Egmont et Orange... » Archives de la maison d'Or ange- Nassau, 1" série, supplém., p. 47.
(3) Mémoire de défense du comte d’Egmont, etc. Procès, p. 149. — Il résulte effectivement d’une lettre adressée par la duchesse de Parme au roi , le 5 mars 1367, que le comte d'Egmont lui avait fait bonnes offres de l’assister à garder l'ile de Walchercn , même de la reprendre « s’il advenoit que, par intelligence ou surprise des adversaires, elle fût occupée. » La duchesse l’avait remercié de son bon vouloir. Correspondance de Philippe II avec la duchesse de Parme (archives de l’État), fol. 283 V.