CHAPITRE XII. — 1 SGG
ce cruel exécuteur des vengeances de Philippe II se fût bien gardé de partir de Milan avec l’armée espagnole, pour tenter d’envahir les Pays-Bas, de peur que son armée n’y fût exterminée. Voilà ce que disent des contemporains qui ne manquent ni d'autorité ni de clairvoyance (I).
Tel, en effet, aurait pu être le rôle du comte d’Egmont, rôle hardi, éclatant, glorieux. Pourquoi donc refusa-t-il de suivre les derniers conseils de son ancien allié? Plusieurs raisons puissantes le retenaient. Catholique sincère, il craignait d’amener la prépondérance du calvinisme; vassal imbu des sentiments les plus chevaleresques, il ne désespérait pas encore de son suzerain, il ne voulait point transformer en révolte ouverte une opposition légale. Il reculait aussi devant une guerre religieuse et civile, car il ne pouvait se dissimuler que la dévastation des églises, au mois d’août précédent, avait exaspéré le plus grand nombre des catholiques, désorganisé la confédération et déterminé une réaction fatale pour les religionnaires. On dira que le héros de Saint-Quentin manqua de hardiesse et qu’il courut à sa perte par excès de loyauté. Plaignons-le; mais n’outrageons point la mémoire de l’illustre capitaine par de fausses imputations ou des soupçons injurieux; plaignons la victime et réservons plutôt notre blâme et notre exécration pour les bourreaux.
La régente avait également intimé au magistrat d’Anvers l’ordre de faire cesser les prêches. Le prince d’Orange et le comte de Hoogstraeten promirent d’aider le magistrat pour qu’il pût réaliser le désir de la gouvernante. Il fallait néanmoins donner quelque satisfaction aux religionnaires si l’on voulait empêcher de nouveaux troubles. Des députés furent en conséquence envoyés à Bruxelles et reçus par Marguerite de Parme, le 1T février.
Ce jour-là même le comte d’Egmonl, de retour de la Flandre, était venu déclarer à la régente qu’il avait signé le serment qu’elle lui avait ordonné de faire, conformément au mande-
(1) Voir Pontus Payen, De la guerre civile, etc., iiv. III, et Van Mcteren, Histoire du Païs-Bas, fol. 47 V.
LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE 110RNES.
ment du roi, et il l’avait même requise d’envoyer au souverain le double de l’acte qu’il avait souscrit (1). Mais, tout en se conformant h la volonté de Philippe II, le comte d'Egmont était loin de renoncer h exprimer librement sa pensée. Viglius et Berlaymont venaient de proposer au conseil d'Élat de n’entrer dans aucune négociation avec les députés d’Anvers avant que les autorisations données par le prince d’Orange fussent révoquées, les prêches abolis, les prédicants éloignés. Telle ne fut pas l’opinion du comte d’Egmont. « On ne doit pas, dit-il, « rejeter cette négociation qui importe tant au repos du pays ; « mais, en traitant, l’on pourra trouver peut-être quelques « expédients, le tout sous le bon plaisir du roi (2). » Malheureusement l’avis conciliant du comte d’Egmont ne prévalut point.
Depuis qu’il avait prêté le serment irrévocable, il s’était également rendu suspect aux yeux des calvinistes fanatiques et des confédérés les plus passionnés (3). En réalité, les représentations qu’il adressait à la régente différaient peu de celles du prince d’Orange. Il se plaignit vivement, à cette époque même, de la défiance que le roi et la régente lui marquaient en ne le consultant plus sur les affaires du pays, tandis qu’ils prenaient en mauvaise part tout ce qu’il croyait devoir représenter pour la conservation des provinces des Pays-Bas. Marguerite de Parme repartit sèchement que le roi était le maître d’en faire îi sa convenance et que le devoir des vassaux était d’obéir. Cette réponse hautaine scandalisa beaucoup le comte d'Egmont (4). Cependant il demanda ensuite l’autorisation d’aller voir à Matines le comte de Hornes, en compagnie du comte de Mansfeldt, pour tâcher de le ramener. L’autorisation fut accordée,
(1) Correspondance de Philippe II avec la duchesse de Parme (archives du royaume), fol. 259.
(2) Koiutes du conseil d’État (séance du 17 février 1S67).
(3) < On dit publiquement que le comte d'Egmont s'est déclaré contre la ligue ; qu’il sera fait général de l’armée levée contre elle : les confédérés le menacent du même sort qu'a subi en France M. de Guise. » Avis d’Anvers du dernier février 1567 [Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 314).
(4) La duchesse de Parme au roi, 1 mars 1567. Ibid., 1. 1", p. 515.
Digilizedbyt