CHAPITRE XII. — 15GG
persuadés que ce seigneur favorisait secrètement Valenciennes, malgré le mauvais accueil fait aux députés de la ville rebelle. Il faut croire plutôt que le comte d’Egmont, sachant que les assiégés n’avaient aucun secours à espérer ni de la France ni d’Anvers, s’attristait de leur obstination : il aurait donc voulu que les Valenciennois acceptassent les conditions raisonnables offertes par la régente. Leur refus le mit en fureur, parce que dès lors il était impossible d’éviter à une vaillante population les malheurs que l’on prévoyait si Noircarraes entrait par force dans la ville (1).
Le prince d’Orange, en qui résidait la principale confiance des assiégés, leur fit savoir, après la défaite d'Austruweel, qu’il ne fallait plus compter sur lui, qu’aucun secours ne viendrait ni d’Allemagne ni du pays. Le 23 mars, Valenciennes se rendit à discrétion et à miséricorde. Mais ce ne fut pas sur le comte d’Egmont que les calvinistes rejetèrent leur défaite. Les anciens chefs de la commune et les prédicants, condamnés à mourir sur le gibet, attribuèrent leur triste destinée au prince d’Orange qui les avait abusés, disaient-ils, en les entretenant si longtemps « en folle espérance de secours. » C’était donc lui qui était cause de la ruine de la ville; c’était lui qui leur avait mis « la hart au col. » Le prince, en sa qualité de stathouder de la Hollande, fit connaître officiellement la prise de Valenciennes aux villes de son gouvernement et leur enjoignit de célébrer cet événement par de solennelles actions de grâce (2).
Cette position équivoque du prince d’Orange devenait intolérable.
Le comte de Hornes fut également soupçonné et plus tard acd&sé d’avoir loué, encouragé, favorisé la rébellion de Valen-
« servir de M. d'Egmont, car je liens en mon âme qu’elle le peut forl bien » faire et qu'il est bien résolu comme il convient. » Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 502.
(1) Voir Van Mctcrcn, fol. 49el PontusPayen, liv. III. « Je croy fermement, dit celui-ci, que le comte cust eu grand contentement s'ils eussent accepté les bonnes conditions qu’il leur proposait de la part de madame la Duchesse, afin d'éviter la perdition. »
(2| La circulaire, conservée aux archives de Harlem, est du 3 avril 1567.
LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE HORNES.
ciennes. Ce seigneur avoua que, lorsqu’il avait été envoyé à Tournai pour y traiter avéc les religionnaires, il eût certainement désiré, à cause du voisinage des deux communes, que le calme fût également rétabli à Valenciennes. Entendant que les députés de cette ville refusaient d’aller trouver Noircarmes, qui se trouvait alors à Cambrai, il avait pu dire qu’ils eussent à prendre leur recours vers la régente. Mais depuis qu’il avait quitté Tournai, au mois d’octobre précédent, et surtout depuis que les habitants de Valenciennes avaient été déclarés rebelles, il ne s’était plus mêlé de cette affaire. Il s’était d’ailleurs tenu en sa maison de Weert, sauf un jour qu’il était venu au château d’Antoing « lever des fonts de baptême l’enfant de son frère (Montigny). » Mais bien loin d’inciter à la révolte les députés de Valenciennes qui vinrent le trouver au château d’Antoing, il les exhorta vivement « à se contenir en toute modestie (1). » Telle était la justification du comte de Hornes. On peut croire néanmoins que ce seigneur, dont les bourgeois de Valenciennes invoquaient la médiation en même temps que celle du prince d’Orange, ne leur était point défavorable (2).
Requis, en sa qualité d’amiral et de capitaine d’une des compagnies d’ordonnances, de prêter le serment imposé à tous ses collègues, le comte de Hornes, d’accord avec le prince d’Orange et le comte d’Hoogstraeten, était peu disposé à se soumettre à cette exigence. Mais il affirma néanmoins aux comtes d’Egmont et de Mansfeldt, lorsque ceux-ci vinrent le trouver à Malines, qu’il n’avait aucune part aux menées et pratiques de quelques confédérés insurgés; et il ajouta que si sa volonté se modifiait à cet égard, il le dirait avec la même franchise. Le 22 mars, la régente fit donner lecture au conseil d’État des lettres par les-
(1) Déduction de l'innocence, etc., p. 181.
(2) Pontus Payen rapporte qu’il a vu les lettres écrites par le prince d'Orange et le comte de Hornes à ceux de Valenciennes, pendant leur rébellion, lettres de courtoisie et d'offres amiables. • Je crois, ajoute-t-il, que la volonté de les secourir ne leur mancquoit ; mais ils n’avoient ni la hardiesse ni la puissance pour attenter une si haulte entreprise, principalement depuis la deffaicte du seigneur de Thoulouze et de sa troupe, que ledit prince avoit veu tailler en pièces devant ses yculx par une poignée de vieulx soldats. »