‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 140 sur 187 · CHAPITRE XII. — 1 SGG · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — 1 SGG

quelles les comtes de Hornes et de Hoogstraeten s’excusaient de prêter le serment requis. Il fut résolu de leur répondre, et la régente leur écrivit en conséquence pour justifier la demande d’un nouveau serment (I).

Le départ du prince d’Orange allait achever la désorganisation du parti qui avait naguère renversé le cardinal de Granvelle et favorisé le Compromis des nobles. Guillaume de Nassau, sans l’aide du comte d’Egmont, n’aurait pu soulever alors les Pays- Bas contre la domination es^tgnole. Ne voulant pas se soumettre, il résolut de se soustraire au ressentiment du roi. Malgré toutes les instances de : la régente, il refusa de prêter le nouveau serment, se considéra comme suspendu de ses charges et annonça son départ pour l’Allemagne. Quoique cette résolution lut irrévocable, le prince, accédant à une demande de la duchesse de Parme, consentit à s’aboucher encore avec les comtes d’Egmont et de Mansfeldt et avec le duc d’Arschot. Il désigna lui-même pour le lieu de cette dernière entrevue le village de Willebroeck, situé entre Anvers et Bruxelles. Elle eut lieu le 2 avril.

Par suite d’une indisposition du duc d’Arschot, les comtes d’Egmont et de Mansfeldt accompagnèrent seuls le secrétaire d’État Berty. Après que celui-ci eut vainement essayé de changer une détermination irrévocable, le prince d’Orange, se rapprochant du comte d'Egmont, eut avec son ancien allié un entretien confidentiel. — « Je m’afflige, lui dit-il, de vous voir « si aveuglé il l'égard de la dissimulation espagnole, qui n’a pas « d’autre but que de vous endormir jusqu’à ce que le duc d’Albe « soit arrivé parmi nous. Il ne manquera pas alors d’exécuter « ses instructions, et vous, mon cousin, vous serez sa première « victime. Décidez-vous donc. Si vous prenez les armes, je me « joins à vous; sinon, je dois vous abandonner et quitter le « pays. » Le comte réfléchit quelque temps, comme si des doutes cruels assiégeaient son esprit, puis il répliqua : « Je sais

(1) Notules du conseil d'État (séance du 22 mars 1567), cl lettre de la duchesse de Parme au roi du 23 mars, dans la Correspondance de Marguerite d'Autriche , etc., p. 233.

LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE HORNES.

« que le roi n’a pas assez d'Espagnols pour en remplir tous les « pays de sa domination; c’est pourquoi il faut considérer qu’il « a besoin de ses autres sujets plus encore que des Espagnols. « Vous vous trompez aussi en considérant le roi comme un « tyran, sans alléguer des preuves de sa cruauté; il ne peut « être assez ingrat pour payer nos services d’un tel salaire. « Quant au duc d’Albe, si c’est le bon plaisir du roi qu’il devienne « gouverneur de ces provinces, il faut lui obéir comme nous « l’avons fait au duc de Sqvoie.JI ne pourra changer ni altérer « notre gouvernement plus que ne l’ont fait ses prédécesseurs. « Enfin, si vous vous décidez à rester, je hasarderai tout mon « crédit pour remettre toutes choses bien avec le roi. Et, je « vous assure que si le duc d’Albe prétendait mettre la main « sur vous, je ne le souffrirais point. » Il dit aussi que le prince trouverait en Allemagne les domaines héréditaires de la maison de Nassau, mais que, pour lui, il n’avait pas les moyens de vivre, selon son état, dans un pays étranger, avec ses enfants. 11 ajouta que le roi serait satisfait par la punition des abatteurs d’images et la suspension des prêches. Enfin, il déclara qu’il n’abandonnerait point le souverain, et que, quant au prince d’Orange, s’il ne voulait suivre son exemple, en restant dans le pays, il aurait à regretter la ruine de sa maison. Guillaume repartit : « J’ai vécu trop longtemps dans la chambre de l’empe- « reur (Charles-Quint), et je connais trop bien l’humeur du roi, « ainsi que le gouvernement des Espagnols, pour me persua- « der qu’ils pardonneront h des personnes comme nous, après « que nous nous sommes si fort avancés contre eux. Avez-vous « donc oublié ce que le duc d’Albe avait coutume de dire à feu « l’empereur : Hombres muertos no haz en guerra (les morts ne « font pas la guerre) ? Pour ces raisons et pour plusieurs autres, « adieu. Je ne veux pas attendre leur justice ni me fier à leur « clémence. Quant il la perte de mes biens, ce n’est pas de cela

« que je dois m’inquiéter Vous voulez aller au devant du

« duc d’Albe!... Allez, mon cousin, votre tête lui servira de « guide et votre corps de planche!... Vous serez le pont sur « lequel les Espagnols passeront pour entrer dans les Pays- « Bas, et quand ils seront entrés, ils rompront et détruiront le

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