‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 151 sur 187 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

dressées, se souvenait toujours de la triste fin du grand capitaine flamand. « Il n'y a point de comte d’Egmont en France, » disait-il, pour rassurer ses amis. Et cependant, Coligny, après avoir blanchi dans les guerres religieuses, ne fut-il pas dupe aussi de l’astuce des Médicis et des Valois? Ne vint-il pas se faire massacrer à Paris avec l’élite dos gentilshommes huguenots?

Le comte d’Egmont croyait n’avoir rien à craindre. On peut même dire qu’il poussait loin la hardiesse de l’innocence ou l’orgueil d’une grande renommée. Tout en vivant familièrement avec le prieur don Fernando, qui le comblait de prévenances, il n’avait point cessé ses relations avec le prince d’Orange. Vers le 6 septembre, il écrivit encore à l’illustre émigré une lettre où il lui donnait des nouvelles de ce qui se passait à Bruxelles, « se référant, au surplus, h ce qu’il avait chargé Van Slralen (avec qui il était resté enfermé trois heures durant, à Berghes, lors des obsèques du marquis) de mander au prince (I). »

La sécurité dans laquelle le comte d’Egmont se complaisait n’était point feinte. En effet, pas de jour ne se passait, depuis l’entrevue de Tirlemont, sans qu’il fût prévenu des projets sinistres du duc d’Albe (2). Les gentilshommes qui l’avaient accompagné, lorsqu’il était venu saluer le représentant de Philippe II, n'avaient pu entendre sans émotion les ricanements des soldats ni voir sans effroi l’accueil glacial qui était fait au vainqueur de Gravelines. Tous lui avaient conseillé de se sauver au plus tôt. Des capitaines espagnols et italiens, qui avaient été ses obligés ou qui avaient admiré sa valeur durant la guerre de France, lui donnaient le même conseil. Mais le comte répondait constamment « qu’il sentait sa conscience nette et que, s’il était « éloigné de cent lieues de Bruxelles, il y viendrait par la poste « pour se justifier des cas qu’on voudrait lui imposer. » Billy, qui avait accompagné Berlaymont et Noircarmes à Thionville, renouvela ses instances lorsqu’il eut rejoint le comte d’Egmont.

(1) Le duc d’Albe au roi, 18 septembre 1567, dans la Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 578.

(î) Mémoires anonymes, etc., 1. 1", p. 49.

LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE ÏIOÏINES.

Il alla jusqu’à lui dire ouvertement que, s’il ne partait de Bruxelles, « on lui mettrait la main au collet avant peu de jours. »

Les prévenances de don Fadrique et surtout de don Fernando de Tolède, fils du duc d’Albe, contribuaient à prolonger le déplorable aveuglement du comte d'Egmont. Il était constamment avec eux, consumant le temps en jeux, festins et mascarades, selon l’usage de la noblesse à cette époque. Le duc d’Albe, dissimulant mieux son aversion, ne cessait aussi de montrer au comte d’Egmont un visage riant. Il partageait même avec lui les fruits nouveaux qu’il recevait d’Espagne et d’Italie par la poste.

Un jour, cependant, le comte voulut démêler la vérité. Il s’ouvrit à un gentilhomme principal, qu’il tenait pour son meilleur ami, le pria et l’adjura de lui dire librement son opinion. Ce gentilhomme, sans doute complice du duc d'Albe, donna une telle confiance au comte d’Egmont, vanta avec tant de chaleur les grands services qu’il avait rendus au roi pendant la guerre de France, s’étendit si complaisamment sur le zèle qu’il avait montré naguère pour rétablir la religion catholique en Flandre et provoquer la punition exemplaire des prédicants et des sectaires, que le malheureux seigneur, de plus en plus aveuglé, rejeta, avec plus d’obstination encore, les conseils salutaires de ses vrais amis. Il iie voulut plus qu’on lui parlât de quitter Bruxelles (1).

Le 7 septembre (c’était un dimanche), le comte de Hornes, attendu avec tant d’impatience, arriva enfin. Aussitôt le duc d’Albe prit, dans le plus grand secret, des mesures pour que l’arrestation des seigneurs s’effectuât le surlendemain. Pendant la nuit du 8 au 9, un des meilleurs officiers de l’armée espagnole (c’était, croyait-on, le mestre de camp Julian Romero) entra mystérieusement dans l’hôtel du comte d’Egmont, et conseilla à celui-ci de partir immédiatement. Mais, se prévalant toujours des services éclatants qu’il avait rendus à la couronne

(I) Pontus Payen, liv. IV. — Malheureusement on ignore le nom de ce gentilhomme principal, qui servait si bien les desseins du duc d'Albe.

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