‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 184 sur 187 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

après : « Les électeurs ecclésiastiques, aussi bien que les sécu- « liers, ont senti profondément la mort des comtes d’Egmont « et de Homes et des autres envoyés à l’échafaud par le duc « d’Albe; et ils déclarent ouvertement qu’ils en tireront ven- « geance (1). » Malheureusement les intrigues de Philippe II et d’autres causes encore troublèrent cette union des Allemands. Ils ne réussirent point à intimider le duc d’Albe.

Le supplice infligé aux comtes d’Egmont et de Hornes fut suivi d’exécutions nombreuses dans la plupart des provinces. Il n’y avait aucune pitié à espérer, ni du duc d’Albe ni de ses serviles auxiliaires. Aux malheureuses femmes qui le suppliaient pour leurs fils ou leurs maris, Vargas répondait : « Misericordia in cœlo, justitia in terra (2). »

Parmi les nouvelles victimes de la tyrannie se trouvèrent Beckerzeel, le secrétaire du comte d’Egmont, et un vaillant soldat qui avait tenté de délivrer l’infortuné seigneur. Jean de Beausart, d’Armentières, homme d’armes de la bande d’ordonnance du comte d’Egmont, fut condamné à un supplice horrible. 11 était accusé d’avoir pris part à la conspiration ayant pour but de s’emparer du duc d’Albe au prieuré de Groenendael, le vendredi-saint précédent; il était accusé en outre d’avoir tenté de faire échapper du château de Gand le comte d’Egmont. Jean de Beausart confessa ce dernier fait et subit courageusement, au mois de juin 1568, sur la place du Sablon, à Bruxelles, l’effroyable supplice auquel il avait été condamné (3). Beckerzeel, détenu dans le château fort deVilvorde, souvent questionné pendant le procès du comte d’Egmont et mis plusieurs fois à la torture, fut enfin condamné à mort par sentence du 9 août 1568, et, le 14 septembre suivant, il subit le dernier supplice dans sa prison (4).

Toute autre fut la destinée d’Alonse de Laloo, l’ancien secrétaire du comte de Hornes. On doit supposer que cet agent,

(1) Le même au même, Vienne, ÎO septembre 13G8.

(2) P. Colins, Histoire des choses les plus mémorables, etc., p. 325.

(3) Mémoires anonymes, 1. 1", p. 68.

(4) Bor, t. I", toi. 176 V.

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dont la fidélité n’avait pas été soupçonnée jusqu’alors, accepta un rôle déloyal pendant le procès du comte de Homes. Il paraît môme certain qu’il se fit le dénonciateur de son ancien maître. Non seulement il n’eut rien à souffrir dans sa prison, mais le duc d’Albe lui en ouvrit les portes, l’employa dans plusieurs affaires secrètes et lui fit allouer des indemnités impoftantes sur la recette générale des confiscations. L’équivoque personnage s’éleva encore. Il devint secrétaire du conseil des finances et enfin secrétaire d’État à Madrid et à Bruxelles. Il contresigna, en cette qualité, l’acte du 6 mars 1598 par lequel Philippe II cédait les Pays-Bas aux archiducs Albert et Isabelle (1).

En présence de l’agitation produite dans les Pays-Bas et en Allemagne par le supplice infligé aux comtes d’Egmont et de Homes, le prince d’Orange discerna bientôt le parti qu’il pouvait tirer de l’aveuglement et de la cruauté de Philippe II. Le 25 juin, il écrivit de Dillenbourg une lettre où il dépeignait sa tristesse, s’élevait contre l’iniquité du roi d’Espagne et de son lieutenant et manifestait l’espoir que Dieu châtierait les auteurs de l’injuste mort de deux des plus illustres et des plus fidèles seigneurs des Pays-Bas (2).

Le 20 juillet, il publie un rescrit ou déclaration contenant les motifs de sa défense contre la tyrannie du duc d’Albe et de ses adhérents. Dans cet éloquent exposé des causes qui le déter-

(t) Voir Rapport sur les archives de Lille, par M. Gachard, p. 390.

(2) Dans cette lettre, adressée à L. de Schwendi, mais destinée à être mise sous les yeux de l'empereur Maximilien II, le prince disait : « ... J'ay ceste « ferme confidence en ce bon Dieu qu’il ne permettra une si grande et injuste « cruaulté sans être chastiéc et vengée, en quoy véritablement tous gens « d’honneur et de valeur et mesmes ceulx qui ont eu aucune cognoissance et « amitié des seigneurs des Pays-Bas se doibvent tant par conseil, comme de « faict, aider à venger une telle tyrannie. De tant plus que je vous puis jurer sur « la foy que je dois à Dieu et sur mon honneur que l'on leur a fait tort devant Dieu « et le monde, comme vous mesme en pouvez juger facilement, comme celuy qui « a toujours veu et cogneu avec quel zèle et affection ils ont cherché le service <> du roi et du pays, exposant pour ce tant de fois si libéralement la vie et le « bien, ne désirant rien plus que par ce moyen pourchasser la grandeur et n réputation du roi... » Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. III, p. 244-Ï51.

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