CHAPITRE XV
minent à prendre les armes, il insiste particulièrement sur la ttaort des comtes d’Egmont et de Hornes (1). Quelque temps après, dans une lettre adressée à l’empereur Maximilien II, il invoque aussi le supplice infligé aux comtes d’Egmont et de Hornes pour justifier sa résolution de prendre en main la défense des Pays-Bas. Il soutient que, en ordonnant ce supplice, sans avoir ouï préalablement les deux accusés, le duc d’Albe a foulé aux pieds les droits divins et naturels et transgressé les recès et les ordonnances de l’Empire (2).
Enfin, le 31 août 1568, s’adressant directement à tous les sujets des Pays-Bas, il les conjure de ne pas ajouter foi aux cauteleuses et fallacieuses promesses de l'Espagnol. Il rappelle de nouveau l’exemple de ces seigneurs qui, en récompense (le leur légère crédulité et vaine espérance, sentirent, « la barbare Cruauté » du duc d'Albe et furent inhumainement mis à mort.
Pendant toute sa carrière, Guillaume de Nassau se souvint toujours de la mort des comtes d’Egmont et de Hornes pour en ■accabler l’Espagnol. Avec quelle énergie il stigmatise, dans son immortelle Apologie (1581), les faquins du conseil des Troubles ; avec quelle amertume il rappelle le temps où, dit-il au peuple, « on presentoit à vos yeux sur des lances les testes de vos principaux chefs et gouverneurs ! »
(1) Il s'exprimait en ces termes :
v ... Mais tout ce que dit est ne l’a peu saouler (le duc d'Albe) : ains, que « plus est, les deux comtes, le feu comte d'Egmont et le comte de Hornes, de •« bonne mémoire, nonobstant que par cydevant ayent si fidèlement servi, et « de toute leur puissance, au feu de très haute mémoire l’empereur Charles, « en tant de guerres, et à S. M. d’Espaigne mesme, par tant et sy longues
• années, et si grands despens, et en danger de leur corps, comme tout le « monde sçait, et ores, sansestre ouys, et sans aucune forme de procès accous- « tumé en telles choses, ce quy répugné et est contraire, non seulement aux
• droits escrits, humains et divins, mais encore à toutes ordonnances et
• statuts de l’Empire, tyranniquement les a fait mourir par glaive, et encore, « au plus grand déshonneur et blasme, non seulcumcnt des seigneurs jus-
• ticiés, ains de leurs notables amis et parents, après l'exécution faite, a « fait dresser leurs têtes (pour un spectacle à tout le monde) sur des bas- ■ tons et fourches... »
(3) Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p. 6-19.
LE COMTE d'eGMONT ET LE COMTE DE HOBNES.
Les États-Généraux ne furent pas moins empressés à conserver la mémoire des comtes d’Egmont et de Hornes. Après la défection des Wallons, en 1579, les États fédérés firent frapper des médailles qui portaient d’un côté les cadavres des deux comtes avec leurs têtes fichées sur des pieux, et de l’autre cette devise : Prœstat pugnare pro patria quam simulata pace decipi. Ils voulaient montrer par là que le roi d’Espagne avait abusé de la noble confiance des plus grands seigneurs des Pays-Bas et qu’il n’avait pas craint de les immoler pour établir sa tyrannie. L’exemple des comtes d’Egmont et de Hornes enseignait qu’il n’y avait point de paix durable à espérer d’un roi fourbe et cruel.
Le 26 juillet 1581, les État-Généraux, réunis à La Haye, déclarent le roi d’Espagne déchu « de la seigneurie et principauté des Pays-Bas. » Parmi les causes qu’ils allèguent pour justifier cette grave résolution se trouve notamment la mort des comtes d’Egmont et de Hornes. Les États rappellent d’abord les grands services que les seigneurs et les habitants des Pays- Bas avaient rendus à l’empereur et à son fils ; c’était par eux que le roi d’Espagne avait remporté les victoires qui avaient signalé le commencement de son règne. Ils disent ensuite que les Espagnols haïssaient les seigneurs des Pays-Bas, parce que ceux-ci les empêchaient de commander dans ces provinces ainsi qu’ils faisaient dans les royaumes de Naples et de Sicile, à Milan et aux Indes. Ils reprochent enfin au lieutenant de Philippe II d’avoir remis la cause des comtes d’Egmont et de Hornes à des juges incompétents, d’avoir condamné ces seigneurs avant qu’ils eussent été pleinement ouïs dans leurs défenses, et de les avoir fait publiquement et ignominieusement mettre à mort.
Le sang des comtes d’Egmont et de Hornes n’a donc pas été stérile. Leur injuste supplice fit exécrer la tyrannie, hôta et légitima le soulèvement des Pays-Bas contre la domination espagnole. Si le comte d’Egmont et le comte de Hornes ne furent point de vrais martyrs de la liberté de conscience, s’ils ne songèrent jamais à se révolter contre le fils de Charles- Quint, ils eurent cependant le mérite d’avoir commencé la lutte