‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 39 sur 187 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le départ d’Armenteros, qu’il s'empresserait de se rendre auprès de lui, pourvu que ce ne lût pas pour l’entretenir du cardinal de Granvelle, pas un mot de réponse ne lui était encore parvenu. « Il importe pourtant au plus haut point pour le serti vice de V. M., disait la régente à Philippe II, de donner « satisfaction à ce seigneur, afin dê le tenir bien disposé; et, « comme je l’ai toujours trouvé plein d’empressement et de « zèle pour tout ce qui touche le service de V. M. et l’avantage « du pays, je supplie V. M. de faire au comte d’Egmont une « réponse affectueuse, afin qu’il ne désespère pas de sa bonté. « Je n’ai cessé, en attendant, et je ne cesse de l’assurer que « V. M. lui écrira par le retour d’Armenteros (1). >>

Les amis du comte d’Egmont finirent par perdre patience et se retirèrent de la cour. Ils étaient désespérés de ce que le roi ne leur répondit pas et ne tenaient pas plus de compte d’eux, comme ils disaient, que s’ils étaient de paille, après tant de services qu’ils avaient rendus. Egmont resta à Bruxelles, mais sans cesser son opposition contre le puissant cardinal. Tandis qu’il était seul à Bruxelles, il eut un nouvel entretien avec la régente. 11 lui dit, avec animation, que lui et ses amis étaient informés qu’on parlait d’eux auprès du roi d’une manière fort étrange ; qu’on avait fait entendre au souverain que, s’il venait aux Pays-Bas avec une armée, il n’y serait pas reçu; que, d’autre part, le vice-roi de Naples avait avancé, dans une certaine réunion, qu’ils couraient à leur perte. Ils ne croyaient pas devoir se justifier auprès du roi, attendu qu’ils se sentaient forts de leurs bonnes intentions et de leur fidélité; mais ils craignaient pourtant que la calomnie ne finît par faire impression sur l’esprit de Philippe II. La duchesse s’efforça de le désabuser et de l’assurer que le roi avait toute confiance dans les seigneurs et plus particulièrement en lui. Egmont se mit alors à déplorer la situation dans laquelle se trouvait le pays, exprimant la crainte que quelque tumulte n’y survînt; il dit qu’en ce cas on n’obéirait pas aux ordres que la duchesse don-

(1) La duchesse de Parme au roi, 5 janvier 1564. Correspondance de Philippe 11, 1. 1-, p. 280 et suiv.

LE COMTE d’eGMOXT ET LE COMTE DE 1IOHNES.

nerait, tant que le cardinal assisterait au conseil d’État. Il déclara enfin qu’il voulait aller h l’étranger, jusqu’à ce que le roi eut pris les mesures réclamées par l’état des affaires. La régente, en lui répondant sur ces différents points, le pria surtout de ne pas l’abandonner dans un temps où son concours lui était si nécessaire (1).

Granvelle fut frappé de l’irritation croissante du comte d’Egmont. Rendant compte au roi de la scène si animée qui avait eu lieu avec la régente, il émit l'opinion qu’il serait prudent que Philippe écrivît ou fît écrire au comte. Il croyait que, en détachant un anneau si principal de la ligue, tous les autres seigneurs se rangeraient sous le bon plaisir du monarque. « Depuis plusieurs jours, ajoutait Granvelle, je vois croître le « ressentiment de ce seigneur; il est excité tantôt par Renard « lui-même, qui le visite depuis deux mois avec une grande « assiduité, tantôt par les affidés de cet homme, qui les fait « parler comme si tout ce qu’ils disent venait d’eux-mêmes , « parce que des paroles se résumant de la même manière et « arrivées de divers côtés agissent avec beaucoup plus de « force. Je viens donc répéter encore qu’il serait bien d’agir « avec M. d'Egmont d’une manière différente qu’avec les autres « seigneurs, le traitant avec un empressement affectueux, « attendu que, selon que je l’ai toujours écrit, je lui crois de « bonnes intentions et un cœur droit; mais il est égaré par « ceux qui l’entourent (2). »

La défection duc^mte d’Egmont était donc ardemment désirée et poursuivie par Granvelle. Déshonorer le vainqueur de Gravelines lui semblait le moyen le plus sûr de conserver sa haute position dans les Pays-Bas. Il ne craignait donc plus d’attester sa droiture après avoir, pendant plusieurs années, travaillé sans relâche, par des insinuations perfides ou des imputations odieuses, à le perdre dans l’esprit de Philippe IL Ces calom-

(1) La duchesse de Parme au roi, 21 janvier ISCt. Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 283.

(2) Le cardinal de Granvelle au roi , 21 janvier 1361. Papiers i'Étal, t. Vil. p. 313.

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