CHAPITRE VI
vais fol plein de passion et de véhémence; » la vérité était qu'il appartenait déjà aux doctrines nouvelles (1). Le curé de Weert, prédicateur du comte de Hornes et de sa famille, n’était pas moins suspect : les inquisiteurs le signalèrent même comme un dangereux hérétique. Le comte de Hornes aimait d’ailleurs à s’entretenir des controverses religieuses et des moyens d’y mettre un terme, se référant aux opinions très hardies de sou beau-frère, le comte Herman de Nuenar et du docte George Cassandre (2). Le baron de Montiguy disait ouvertement qu’il était abusif de punir de mort pour des opinions religieuses. Enfin on commençait à parler plus souvent au conseil et dans les assemblées de la paix de religion, telle qu’elle était en vigueur en Allemagne. Les nobles lisaient avidement un livre où était soutenue la thèse qu’il était licite de droit divin et humain de souffrir diversité de religion en un pays; qu'il était surtout nécessaire d’abolir l’Inquisition dans un État fondé sur le trafic et obligé d’entretenir des rapports continuels avec les nations étrangères (3).
C’était contre la suprématie du conseil d’État et la tolérance en matière de religion que Granvelle excitait Viglius et tous ses autres partisans dans les Pays-Bas. « Puisque vous voyez, « disait-il à Viglius, que ces gens militaires s’arment contre « l’Église et la justice et les longues robes, il faut lutter
il) Papiers d’Êtat, l. VU, |i. 453, 455el 595. — « Sur la recommandation de W. d'Egmont, dit l'édilenr des Papiers d Èlat, Portessain, qui était docteur en théologie, obtint (en 1564( une pension de 400 fr. sur l'abbaye de Theulay iFranche-Comté). — Plus lard il fit un long voyage en Espagne dont il ne revint qu'environ l'année 1570. Retiré enfin à Besançon, sa ville natale, cl converti entièrement à la réforme , Portessain unit son sort à une femme dont nous ne connaissons que le prénom de Béatrice. »
(il Fl. Van der Haer, De midis tumulluum belgicorum, etc., p. iii. — Mais il n’est pas hors de propos de rappeler que les chefs meme de l'Empire, successeurs de Charles-Quint, professaient alors des opinions très hardies, puisque les empereurs Ferdinand I" et Maximilien II sollicitèrent à Rome le mariage des prêtres. Voir Papiers d'Êtal du cardinal de Granvelle, t. IX, p. i04.
(3) Histoire des causes de la désunion, révoltes et altérations des Pays-Bus, par Henon de France, MS. 1” partie, chap. V.
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LF. COMTE DF.GMONT ET LE COMTE DE IIORNES.
« contre, car, s’ils triomphent, la république ne saurait se « soutenir (1). »
Lazare de Schwendi félicitait au contraire la duchesse de Parme de l’appui qu’elle donnait à ces « gens militaires, » puisque les seigneurs qui administraient les provinces des Pays- Bas étaient si agréables au peuple. Or tous, ajoutait-il, rois et princes, doivent être soigneux d’employer gens acceptés du peuple. Il exprimait ensuite le vœu que la régente fût modérée en ce qui regardait la religion et qu’elle n’usât point de sévérité, tant pour gagner l’amour des sujets que pour calmer la défiance des princes de l’Allemagne. Ces conseils si sages furent dénoncés à Granvelle comme une trahison. On trouvait presque un crime de lèse-majesté dans la théorie qui préconisait le maintien de ministres agréables au pays (2).
Le comte d’Egmont avait entretenu le conseil d’État de la nécessité d’envoyer au roi un personnage principal , pour lui représenter, de vive voix et avec force, les nécessités des dix - 1 sept provinces. Cette proposition fut appuyée par les autres seigneurs du parti national. Au reste, ils parlaient ouvertement d’abolir l’Inquisition et de ne plus s’informer de la conscience des gens, qui devait, disaient-ils, être libre. Tous étaient aussi d’avis que la venue du roi était le meilleur moyen de remédier à la situation du pays. Pour en démontrer l’urgence, le comte d’Egmont et le prince d’Orange alléguaient que quand chacun d’eux aurait en son gouvernement dix-huit enseignes de piétons, encore auraient-ils assez à faire pour y maintenir l’obéissance due au roi, tant était grande l’agitation du peuple (3). Mais la venue du roi étant très incertaine, les seigneurs insistaient pour que l’un d’eux se rendît à Madrid. La régente n’ignorait point
(1) Papiers d'Élat, t. VIII, p. 337.
(î) Morillon écrivait à Granvelle, 14 octobre 1564 : « ... De quoy se mesle « cet ingrat babouin! Toutefois jamais plus sages Lettres! II accoutre bien « les rois et princes, s’ils doivent choisir ou retenir ministres au goust du « peuple, et sait fort peu le mal que le relâchement des édits a porté à la « religion... » Papiers d’Élat, etc., t. VIII, p. 4Î7.
(3) Viglius au cardinal de Granvelle, 10 décembre, et Morillon au même, 30 décembre 1364, dans les Papiers d’Élat, t. VIII, p. 337 et B&2.
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