‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 48 sur 187 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

disant adieu, Egmont l’embrassa, et son émotion était telle qu’elle ne lui permit pas d’ajouter un mot (1).

La régente, sans aucun doute d’après les suggestions des seigneurs, pria le roi d’écouter Renard avec bénignité et de lui faire rendre prompte justice par des hommes non suspects. Viglius lui-même disait de ce personnage qu’il ne le tenait pas pour traître, mais bien pour extrêmement négligent (2).

Une demoiselle de Saint-Remy, qui avait été la maîtresse du roi Henri II, s’était adressée à Granvelle, offrant de témoigner contre les seigneurs des Pays-Bas qui étaient ses antagonistes. Le cardinal écrivit à la régente qu’il avait repoussé ces insinuations, parce qu’il tenait pour véritable la loyauté des seigneurs et pour sincères les assurances qu’ils avaient données au roi de soutenir la religion catholique (3).

En présence de cette attestation si formelle, il ne faut pas condamner légèrement les vues qui dirigeaient le comte d’Egmont et ses amis. Le conseil d’État devait, d’après les anciennes traditions, exercer une sorte de suprématie sur les autres conseils (4). Or, le comte d’Egmont et le prince d’Orange auraient voulu rendre cette suprématie effective et assurer en même temps la prépondérance de leur parti, en s’adjoignant de nouveaux collègues, tels que le marquis de Berghes et le baron de Montigny, et en exerçant une sorte de contrôle sur les décisions du conseil privé et du conseil des finances. C’était, à leurs yeux, le moyen le plus sûr de mettre un terme à l’opposition tracassière de Viglius et de Berlaymont; ils se proposaient aussi, après avoir consolidé l’autorité du parti national,

(1) Morillon au cardinal de Granvelle, 7 et î7 seplcmhrc 13G4. Papiers d'État, t. VIII, p. 309 et 361.

14) Papiers d'État, etc., t. VIII, p. 365.

(3) Le cardinal de Granvelle à la duchesse de Parme, de Moulier-Haute- Picrrc, ÎO juin 1564. Ibid., etc., I. VIII, p. 74.

14) On lit dans un ancien document : « Conseil d'État. — A ce conseil sont rapportés tous les plus diiliciles négoces des autres conseils. Bref, il a charge et superintendance de tout ce que touche au gouvernement et protection du pays tant du dedans que dehors. » MS. de la bibliothèque de Bourgogne, n- 133011.

d’introduire dans les lois répressives de l’hérésie les adoucissements justement réclamés par les catholiques modérés aussi bien que par les innombrables luthériens, calvinistes et anabaptistes disséminés dans les dix-sept provinces (1).

Les dispositions à la tolérance ainsi que les nouvelles doctrines religieuses pénétraient partout, dans les palais des grands comme sous l’humble toit de l’artisan. Le comte d'Egmont, beau-frère de l’électeur palatin Frédéric III, le célèbre protecteur des calvinistes, avait pour aumônier Guillaume Portessain, très peu sympathique à un grand nombre de catholiques. Originaire de la Franche-Comté comme Granvelle et Simon Renard, Portessain était un éloquent apôtre de la tolérance, un grand adversaire des prélats qui abusaient de leurs richesses et se mêlaient des affaires temporelles. Pendant le carême de 1564, les sermons de Portessain attiraient une telle affluence à l’hôtel d’Egmont que la grande galerie où il prêchait ne pouvait contenir tous les auditeurs (2). On ne parlait que de lui, de ses véhémentes invectives contre les prélats qui allaient « avec housse de velours, » de ses recommandations aux seigneurs pour qu’ils gardassent leur union, de ses exhortations à la tolérance, de ses discours sur la réformation de l’Église et le gouvernement de la république. Aux yeux des amis de Granvelle, le prédicateur du comte d’Egmont était « un dangereux et mau-

(1) Il entrait aussi dans le plan des seigneurs ligués doter à Viglius la présidence du conseil privé, en lui laissant son siège au conseil d’État où son influence était moins à craindre , surtout si le marqnis de Berghes et le baron de Montigny devenaient ses collègues. Le comte d’Egmont, alléguant l’âge avancé de Viglius, lui proposa donc de résigner la présidence du conseil privé en faveur de Hopperus. C'était encore un cardinaliste, mais qui n’avait point l'autorité de son compatriote.

On lit à ce sujet dans une lettre de Granvelle à Viglius (Besançon, 20 août 1564) : «... Si M. d'Egmont vous a mis en avant ce que vous m’écri- » vez, de soi-même, comme il est franc et à mon avis sincère, je crois que, à « bon escient, il vouldroit poulserlout oullrc pour M. Hopperus... « Papiers d’État, t. VIII, p. 459.

(4) L’hôtel d’Egmont, à Bruxelles, occupait (sur la place du Petit-Sablon) le vaste emplacement où a été construit depuis l’hôtel d'Arenberg. On trouve encore quelques vestiges du somptueux palais du xvi* siècle.

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