‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 5 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

jeté par la tempête dans l’île de Corse et ignorait le sort de son frère. Il put enfin débarquer à Gênes et retourner dans les Pays-Bas, où il prit possession des grands domaines qui lui étaientéchus. Indépendamment des biens de la maison d’Egmont en Hollande, ils comprenaient, en Flandre, une principauté, sept ou huit baronnies et plusieurs autres seigneuries. L’empereur Charles-Quint reporta sur Lamoral d’Egmont l’affection qu’il n’avait cessé de témoigner à son père et à son frère. Le descendant de tant de capitaines illustres s’efforça de justifier par sa vaillance la faveur dont il était l’objet. Il prit part à la défense des Pays-Bas, lorsque le fameux Martin Van Rossem pénétra dans le Brabant en 1542, suivit l’empereur dans le duché de Juüers et assista à la prise de la ville de Duren (1).

Le 8 avril 1544, dans la cité impériale de Spire , des noces étaient célébrées avec une magnificence extraordinaire. Lamoral d’Egmont, conseiller et chambellan de Charles-Quint, épousait Sabine, comtesse palatine du Rhin et duchesse en Bavière. Cette princesse était fille de Jean, comte palatin et de Spanheim, et de Béatrice de Baden. Demeurée orpheline, elle avait eu pour père adoptif son cousin le comte Frédéric palatin , Électeur et duc en Bavière. A ces noces splendides, à ces fêtes d’un si heureux augure, assistaient l’empereur Charles-Quint; Ferdinand, roi des Romains, son frère; les archiducs d’Autriche, les électeurs et une foule d’autres princes : les ducs de Saxe, de Brunswick, de Clèves, de Mecklenbourg ; les marquis de Baden et de Brandebourg, le landgrave de Hesse, etc., etc. En se rendant au château de l’Électeur, le comte d’Egmont était placé entre l’empereur et le roi des Romains; Sabine de Bavière

(1) Histoire van de edete wtlgtboorne heeren en de graven «ton Egmond, etc. (Harlem, 1664, in-4*), p. îî et suiv. — Voir aussi Chronique des seigneurs et comtes d’Egmont , communiquée à la Commission royale d’histoire par M. le docleur Stensler, professeur à l’universilé de Breslau, et insérée dans les Bulletins de la Commission, î' série, t. IX, p. 13 et suiv. Le manuscrit original est conservé dans la bibliothèque de M. le prince de Plesse, au château de Filrstenstein, près de Freibourg dans la Basse Silésie. Sur le plat de la couverture on lit, en lettres d’or, en haut : Dieu permet tout , et en bas : Anne d’Egmont. Au revers on lit le millésime : 1585.

l’atlendait, accompagnée des archiducs d’Autriche. Trente-cinq comtes de l’Empire servirent à la table de l’épousée où étaient assis l’empereur Charles-Quint, le roi des Romains, les archiducs et les autres princes. Le lendemain, Françoise de Luxembourg, qui venait de céder à son fils la principauté de Gavre, envoya le chapeau de princesse h sa belle-fille (1).

Le jeune favori de Charles-Quint éclipsait, par ses qualités chevaleresques, les seigneurs et les gentilshommes de son âge qui formaient la partie la plus brillante de l’imposant cortège du puissant empereur. Il était d’une belle et haute stature; « le plus beau, » dit un contemporain, « et, de tous les vivants, le plus fort de corps et de courage. » Non seulement il se signalait dans les armées de Charles-Quint, mais il excellait aussi dans tous les exercices qui rappelaient l’image de la guerre; car il ne savait, selon les témoignages authentiques, ce que c’était que de vivre en paix.

Deux mois après son.mariage avec Sabine de Bavière, Lamoral d’Egmont, ayant envoyé sa femme et sa mère dans les Pays- Bas, joignit l'armée impériale qui allait envahir la France. Il assista au siège et à la prise de la ville de Saint-Dizier, en Champagne, et l’empereur, après le trépas de René de Châlons, prince d'Orange, lui donna le commandement d’une compagnie d’hommes d'armes de cinquante lances des célèbres bandes d'ordonnances des Pays-Bas (2).

Mais Charles-Quint réservait une plus haute distinction au vaillant seigneur, qu’il avait déjà nommé conseiller, chambellan et capitaine d’hommes d’armes. Au mois d’octobre 1846, l’empereur, présidant, dans la cathédrale d’Utrecht, le chapitre général de l’ordre de la Toison d’or, remit au comte d’Egmont, alorsàgé de vingt-quatre ans, le collier tantenvié. Parunebizarre coïncidence, le duc d’Albe fut admis dans l’ordre le môme jour.

(1) Chronique des seigneurs et comtes d’Egmont. — Sommaire des voyages de Charles-Quint, — par Jean de Vandcncssc , MSfad ann. 151L). — Quant à Marguerite d'Egmont, elle donna sa main à Nicolas de Lorraine, comte de Vaudemont, et de ce mariage naquit Louise de Vaudemont qui, en 1575, épousa Henri III, roi de France.

(2) Chaque lance comprenait cinq hommes à cheval.

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