‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 51 sur 187 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ferait pas le voyage dans le dessein d’être utile au roi, il serait obligé de demander un congé, afin d’aller entretenir le monarque de ses affaires personnelles (1)

Philippe II ne pouvait pas voir avec plaisir l’envoi d’unambassadeur qui devait appeler son attention sur la fâcheuse situation des Pays-Bas, demander la modification des édits contre les hérétiques et la convocation des États-Généraux. Tels étaient, en effet , les articles qui avaient été ajoutés par le marquis de Berghes, sous la dictée du prince d’Orange, aux instructions du comte d’Egmont. Quant à la régente, elle l’avait chargé expressément d’insister auprès du roi pour qu’il vînt dans les Pays- Bas, et, si Philippe s’en excusait, le comte devait lui demander des instructions précises sur la conduite qu’elle aurait à tenir (2).

Le jour même où le comte d’Egmont annonçait au roi son départ prochain, les états de Brabant se réunissaient à Bruxelles et accordaient les aides qu’ils n’avaient pas voulu voter jusqu’alors. Le lendemain, le comte offrit aux députés un magnilique festin ; ils étaient bien quarante à table, et la malvoisie ne fut pas épargnée (3).

Egmont et sa suite partirent de Bruxelles le 18 janvier sur des chevaux de course. Le comte menait avec lui six gentilshommes de sa maison , un secrétaire, un contrôleur, un cuisinier, un courrier, sans parler des autres serviteurs. Ils étaient tous habillés de casaques de velours noir, à l’exception du comte qui portait des fourrures de léopard ou de loup cervier. Culembourg et d’autres gentilshommes l’accompagnaient; Bréderode, arrivé à Bruxelles quelques heures après le départ du comte, s’empressa de le suivre. De Mons, où il avait été somptueusement reçu par le duc d’Arschot, Egmont se rendit à Cambrai pour y attendre le sauf-conduit que la régente des

(I) La duchesse de Parme au roi, 15 février 1565. Comspoiutance Je Philippe U, 1. 1 ", p.att.

(î) Correspondance de Philippe 11, t. I", p. 5:17 et 545. Papiers d’Élal du cardinal de Oranvelle, t. VIII, p. 616.

(3) Papiers d'Èlal, t. VIII, p. 613.

«0 LE COMTE D’eGMONT ET LE COMTE DE BORNES.

Pays-Bas avait envoyé demander an roi de France, qui était alors à Narbonne (1).

Quelques jours avant son départ de Bruxelles, le comte avait reçu, de la part de Charles IX, un présent de quatre haquenées. Plusieurs amis du comte d’Egmont auraient cependant souhaité qu’il ne s’aventurât point dans Paris tandis que cette grande ville était troublée par un grave conflit survenu entre le maréchal de Montmorency, gouverneur de l’Ile de France, et le cardinal de Lorraine (2). Mais les gentilshommes qui avaient accompagné ou suivi Egmont à Cambrai , redoutaient surtout les dangers auxquels il pourrait être exposé au delà des Pyrénées. Sept nobles, parmi lesquels on distinguait le vaillant et loyal Antoine de Lalaing , comte de Hoogstraeten , et Philippe de Noircarmes, si exécré plus tard comme l'auxiliaire du duc d’Albe, rédigèrent à Cambrai, le 26 janvier, et signèrent de leur sang, une déclaration portant que, pleins de gratitude envers le comte d’Egmont, dont le voyage avait pour but le salut des Pays-Bas, ils lui promettaient, en foi de gentilshommes et chevaliers d’honneur, s’il lui survenait quelque notable préjudice, d’en tirer vengeance sur le cardinal de Granvelle et sur ceux qui auraient été les instigateurs et les complices du dommage (3).

(1) Parmi les gentilshommes qui accompagnaient le comte d’Egmont était Maximilien de Blois dit Cock de Neerynen. Ce dernier écrivit à Cambrai une lettre qui contenait des détails intéressants sur quelques incidents du voyage. Tous les gentilshommes de la suite du comte étaient loin de s'entendre. Au sortir de Mons, une vive dispute ayant éclaté entre deux de ces suivants, Egmont, irrité, leur dit : « Quoi ! je ne mène que cinq ou six hommes avec moi, et vous ne pouvez vivre en paix ! » Cette lettre inédite de Maximilien de Blois tait partie des pièces originales du procès du comte d'Egmont, formant un recueil en trois volumes, qui, après avoir été possédé par le sieur Leclercqz, de Mons, appartient maintenant aux archives du royaume.

(î) Morillon au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 18 et Si janvier 1565. Papiers d’Êlat, etc., t. VIII, p. 616.

(3) « Nous Anlhoine de Lalaing, comte de Hoochstraten , etc., etc., meu « d'une très singulière affection et indicible obligation à Monseigneur le « comte d’Egmont , pour le voyage qu’il entreprend pour la salvation de « notre république et de tous les sujets fldèles de par deçà, luy promettons, « en foi de gentilhomme et chevalier d’honneur, si durant son aller et retour « lui advienne quelque notable inconvénient , que nous en prendrons la

Page 1