CHAPITRE VI
Cet engagement solennel fut scellé du cachet du comte de Hoogstraeten et remis ensuite entre les mains de la comtesse d’Egtgont.
L’exaltation des jeunes gentilshommes réunis autour du comte d’Egmont ne connaissait plus de bornes. Bréderode lui dit à plusieurs reprises, en présence d’un grand nombre de témoins, qu’il renierait Dieu pour son service. On assurait même qu’une lettre du comte de Hornes étant arrivée, quelques-uns des nobles lui répondirent, puis, après s’être piqués au bras, signèrent de nouveau leur réponse avec leur sang (1).
Ce n’était point sans motifs d’ailleurs que cette bouillante jeunesse se défiait du cardinal de Granvelle. Quelques jours auparavant, celui-ci avait, dans une lettre confidentielle, inculpé de nouveau le comte d’Egmont et les seigneurs qui s’étaient.liés avec lui. Il mandait au roi que, d’après le président Viglius, tout allait au plus mal en Flandre. Dans le conseil on s’exprimait parfois d’une manière très libre, et sans que personne s’y opposât, sur la religion et les nouveaux évêchés, quelques-uns des membres laissant même entrevoir assez clairement que la confession d’Augsbourg ne leur déplairait pas. Il ajoutait que la majorité du conseil trompait le roi en lui donnant des notions fausses sur l’état des Pays-Bas. Enfin, il dissuadait de nouveau le roi d’établir en Flandre un capitaine-général de l'armée. Cette charge, disait-il, en faisant allusion au comte d’Egmont, pourrait créer les plus graves embarras. Il insinuait même l’idée de supprimer les gouverneurs particuliers des provinces et de remplir celles-ci de soldats espagnols (2).
• vengeance sur le cardinal de Granvelle, ou ceux qui en seront participants « ou penseront de l’être, et non'sur autre. Et, en signe de vérité, avons sub- « signé cestc de noslre propre sang. Fait à Cambray, le 26 de janvier 1564. « — H. de Bréderode, P. C. Mansfelt, Florent de Pallant, Ph. de Noircarmes, « Anthoine de Lalaing, J. C. de Salm, De Warluzcl. » ( Archives de la maison d’Orange-Nassau, t. I", p. 345.)
. (1) Morillon mandait au cardinal de Granvelle, le 15 février 1563, qu’il tenait ce fait du secrétaire de l’archevêque de Cambrai. Papiers d’Êlat, etc., t. IX, p. 17.
(2) Le cardinal de Granvelle au roi, 20 janvier 15G3 , dans les Papiers d'É lai, t. Vlll, p. 620-625.
Il* LF. COMTE D’ECMONT ET LE COMTE DE HORNES.
Tandis que le comte d'Egmonl attendait à Cambrai le saufconduit de la cour de France, Gilles de Berlaymont, seigneur de Hierges, gentilhomme de la Chambre du roi catholique, arrivait (23 janvier) au château de Rixensart, avec les lettres d’Espagne. Parmi les dépêches se trouvait celle que Gonçalo Perez avait écrite au secrétaire de la régente pour empêcher le départ du comte d’Egmont. Armenteros s’empressa de communiquer cette lettre à la sœur de Philippe II. Marguerite fut vivement contrariée ; elle vit néanmoins l’impossibilité de se conformer aux intentions du roi, attendu, lui écrivit-elle, que le comte d’Egmont était déjà parti et qu’elle n’avait pas jugé à propos de le faire rappeler en Toute, pour ne pas le mécontenter en même temps que tous les seigneurs, en arrêtant un voyage dans le résultat duquel ils avaient grande confiance (1). De son côté, Armenteros chercha à rassurer Gonçalo Perez en dépeignant le comte d’Egmont avec des couleurs outrées. « Je vous dirai, lui manda-t-il, les qualités du personnage et « les dispositions dans lesquelles je le crois à présent; pour « le passé, on en sait là-bas plus que moi. Il est homme bien « intentionné et assez présomptueux quoique flamand; il se « laisse aisément aller à tout ce que veulent les personnes qui « ont du crédit auprès de lui ; avec les autres, il est très réservé. « Il fait profession d’être très droit et très ferme, comme en « effet il l’est en beaucoup de choses , et le seigneur prince « d’Éboli, chez lequel il a dit qu’il se proposait d’aller loger, et « en qui il paraît avoir beaucoup de confiance, pourra facilement « l’amener à ce qui paraîtra convenir au service du roi (2). »
Un peu plus tard arriva une dépêche datée de Madrid, le 3 février, et adressée directement par le roi à la duchesse de Parme. 11 avait appris, écrivait-il, que le comte d'Egmont venait en Espagne. A dire vrai , il aurait voulu que sa sœur écartât l’idée de ce voyage, ne voyant pas le fruit qu’il produirait; mais, puisque c’était chose décidée, il promettait de traiter le comte, selon que la duchesse le lui conseillait, et dé
(I) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 311.
(il Ibid., t. 1", p. 313.