CHAPITRE VII
le service du roi. De môme que le prince d’Orange avait l'ait ses Pâques au château de Breda, Egmont alla, le 22 mai, accomplir ses devoirs religieux au prieuré de Groenendael, dans la forêt de Soignes. Mais, tout en restant bon catholique, il se montrait partisan de la tolérance. Les cardinalistes lui reprochaient d’avoir toujours soutenu que « le chastoy et le sang » n’avaient pas profité à la religion. Ils lui reprochaient aussi de souffrir des huguenots dans sa maison (1).
La commission mixte, que le roi avait ordonné de convoquer, donna, le 1 er juin, son avis pour ce qui concernait l’amélioration de la conduite du clergé et l’instruction du peuple. C’étaient là des mesures préventives sur lesquelles un accord était possible. Mais il n’en était pas de même quant à la répression ou à la punition des dissidents. Le 2 juin, les évêques et les délégués, qui leur avaient été adjoints, émirent l’opinion qu’il ne fallait rien innover aux édits de Charles-Uuint. Alors Egmont, Orange et Hornes intervinrent et tirent remarquer que la situation présente était bien différente de celle qui existait autrefois. La régente fut aussi de cet avis; les évêques persistèrent néanmoins dans l’opinion qu’il fallait énergiquement maintenir les supplices habituels (2). Le 6 juin, ils remirent cet avis par écrit. Les seigneurs se récrièrent vivement contre cette inflexibilité. « Les théologiens, disaient-ils, n’entendaient rien des affaires de ce monde; ils étaient trop sanguinaires; ils pourraient bien sentir les premiers les inconvénients de leur sévérité; enfin, il n’était possible d’endurer plus longtemps ces placards et inquisitions, et les Etats-Généraux, à leur première assemblée, le remontreraient (3). »
Le marquis de Berglies, s'entretenant de ces débats avec le doyen de l’église de Sainte-Gudule, lui dit que les seigneurs savaient aussi quelque chose. Il lui demanda ensuite où l’on
(1) Papiers d’Étal du cardinal de Granvelle, t. IX, p. 217, 243, 236 et
(2) Mémoires de Viglius, § XXXVIII.
(8) Viglius au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 14 juin 1565. Papiers d’Élal, t. IX, p. 280.
LF. COMTF n’EGMONT F.T LE COMTE DE HORNF.S.
se fondait dans l’Écriture sainte pour faire mourir quelqu'un pour la foi (1).
Egmont, Orange et Hornes refusèrent, au surplus, de formuler leur avis par écrit. Ils déclarèrent n’avoir pas reçu du roi l’ordre de voter sur ce qu’il avait soumis aux délibérations des évêques et des docteurs; ils ne voulaient faire connaître leur sentiment que si le roi exigeait d’eux un jugement formel (2).
Le comte d’Egmont avait apaisé et rassuré ses amis en leur faisant espérer que les placards seraient adoucis et l’Inquisition abolie (3). Mais tout à coup arrivèrent de Valladoiid des dépêches qui, ne tenant aucun compte des conférences de Philippe II avec le noble ambassadeur, prescrivirent l’exécution rigoureuse des édits contre les anabaptistes et autres hérétiques. Il fallait donc châtier sans miséricorde les anabaptistes « repentis, » plusieurs desquels, selon le témoignage de la duchesse de Parme, s’étaient convertis, de telle manière que les gens d'Église même avaient prié et écrit pour eux. « Si , nonobstant « cela, ajoutait-elle, l’on ordonne leur supplice, outre que les « magistrats le verront de mauvais œil, il semble que cela sera « contraire, selon que le rapporte le prince de Gavre, à ce que « le roi lui a dit (4). » Le comte d’Egmont maintenait en effet qu’il n’avait pas rapporté inexactement les paroles du roi. Il manifestait hautement son irritation.
La régente, voyant que les esprits s’altéraient, tâcha de rassurer Egmont et ses amis, surtout le prince d’Orange et le comte de Hornes ; mais ses efforts et ceux d’Armenteros furent inutiles. Les trois seigneurs répondirent « qu’ils ne pouvaient se fier aux paroles ni aux promesses du roi. » Dans une assemblée du conseil d’État, où était la régente, le comte d’Egmont s’exprima là dessus avec énergie (o).
(1) Papiers tïÉtat, etc., t. IX, p. 344.
(2) Mémoires de Viglius, § XL.
(3) Justification du prince d'Orange contre ses calomniateurs , imprimé au mois d'avril 1368.
(4) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 362.
(5) Tomas Armenteros au roi, 10 juin 1365, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", p. 333 et 362.