‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 57 sur 187 · CHAPITRE VU. — 1565-15CG · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. — 1565-15CG

patrie. Il était plein de confiance dans les bonnes intentions et les promesses du roi. Le 9 avril, il écrivit de Valladolid â Philippe II : il s’extasiait sur l’Escurial et le bois de Ségovie. remerciait le monarque de ses bontés et lui déclarait qu’il retournait en Flandre l’homme le plus satisfait du monde (1).

Il fut de retour à Bruxelles le 30 avril. Le 4 mai, il écrivit de nouveau â Philippe II pour l’informer qu’il avait rencontré la cour de France à Bordeaux et que la reine-mère (Catherine de Médicis) avait une très grande envie de voir le roi Catholique. Il déconseillait toutefois de fixer cette entrevue à Irun, qui était un chétif village, où le roi, disait-il, ne serait pas en sûreté si les Français « voulaient attenter quelque chose contre lui (2). »

Le 5 mai, Marguerite de Parme assembla le conseil d’État. Le comte d’Egmont, après avoir fait un rapport verbal sur sa mission, se loua du bon accueil qu’il avait reçu du roi. Les autres seigneurs paraissaient également calmés. Ils se fiaient sans doute aux promesses faites au comte d’Egmont. Celui-ci était porteur d’une instruction dont Philippe avait rédigé luimême le canevas ; elle servait de réponse à la commission dont le comte avait été chargé par la duchesse de Parme. Favorable quant à la plupart des points secondaires, car Philippe ne rejetait même pas d’une manière absolue les changements proposés dans l’organisation du conseil d’État, cette instruction déclarait qu’il n’autoriserait pas le moindre changement en matière de reli gion ; qu’il aimerait mieux perdre cent mille vies, s’il les avait Toutefois il permettait que la gouvernante réunît, avec le con seil d’État, deux ou trois évêques, quelques théologiens et demagistrats signalés par leur dévouement à la religion catholique On examinerait, dans ces conférences, s’il convenait de change, le mode des châtiments employés contre les hérétiques (3).

(1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 349.

(4) Ibid., t. T”, p. 358.

(3) Ibid., t. r, p. 347. Voir aussi M. Aitzinger, De leone belgico, ad anu 1563. — Nous n’adoptons point, sur les sentiments manifestés par le comte d'Egmont à son retour, une version différente qui a été recueillie par Antonio Carnero IHistoria de las guerras civiles que ha avido en los estados de Flandts, Bruselas, 1685, in-fol., p. 9).

Le comte d’Egmont avait été chargé aussi de remettre à ses collègues du conseil d’État des lettres où le roi leur témoignait sa satisfaction en même temps qu’il les exhortait à ne jamais négliger les intérêts de la religion. Il devait en outre répéter de bouche ces pressantes exhortations. Dans sa lettre au comte de Hornes, Philippe, après avoir remercié ce seigneur du devoir qu’il avait fait en tout ce qui touchait son service, le requérait de continuer, particulièrement dans l'intérêt de la religion; qui tant importait et qu’il avait sur toutes choses à cœur, comme il avait souvent dit au prince de Gavre. Le roi exprimait enfin la confiance que le comte de Hornes ne faillirait pas à ces recommandations. Le comte de Hornes répondit de Bruxelles, le 4 mai, qu’il avait reçu par le comte d’Egmont la lettre dans laquelle le roi l’entretenait de la religion et d’autres choses concernant son service ; il promettait de s’y employer toujours comme il le devait (1).

Le comte de Hoogstraeten avait repris des mains de la comtesse d’Egmont l’obligation signée ù Cambrai par lui et d’autres gentilshommes. Il proposa au comte de Mansfeldt de la brûler ou de la déchirer en sa présence. Mais Mansfeldt ne fut pas de cet avis. Il conseilla de garder cette obligation , eu égard à Noircarmes, qu’il connaissait, disait-il avec raison, pour homme si faux et double, que quelquê jour elle pourrait venir à propos, afin de le confondre (2).

Depuis son retour d’Espagne, le comte d’Egmont s’appliquait aux affaires avec un nouveau zèle : son hôtel était rempli de solliciteurs. « Le comte parle en roi, disait Morillon avec emphase et méchanceté, négocie jour et nuit, et tous se retirent vers lui (3). » Il se montrait, en réalité, le ministre loyal d’un souverain qui ne méritait point cette confiance magnanime. Il faisait entendre à tous qu’il emploierait son bien et sa vie pour

(1) Lettres originales du comte de Hornes, etc., fol. 38 ( Archives du Royaume). — Ces lettres furent saisies lors de l’arrestation du comte de Hornes.

(S) Archives de la maison d'Orange-Nassau, 1. 1", p. 345.

(3) Morillon au cardinal de Granvelle, 22 mai 1585. Papiers d élai, t. IX. p. 216.

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