‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 61 sur 187 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

les avis d’un suppôt de l’Inquisition , d’un délateur fanatique, tel que Fray Lorenzo (1). Il fut enfin résolu que les derniers ordres du roi, à cause de leur importance extraordinaire, seraient communiqués au conseil privé. Celui-ci donnerait son avis, puis le conseil d’État délibérerait.

Philippe II avait cherché tout à la fois à flatter et à intimider le comte d’Egmont en lui écrivant de sa main pour l’inviter à coopérer activement à l’accomplissement de ses dernières volontés. Il remerciait d’abord le noble et trop confiant seigneur des avis que celui-ci lui avait donnés durant son voyage d’Espagne en France. Il le chargeait ensuite de concourir à l’exécution de ses derniers ordres parce que, disait-il, dans les affaires de religion il ne convenait point de procéder avec mollesse et dissimulation (2).

Mais le comte était vivement irrité de voir s’évanouir les espérances puisées près de Philippe II lui-même. Guzman de Silva, ambassadeur du roi en Angleterre, se trouvait alors à Bruxelles. Dans les entretiens qu’il eut avec Egmont, celui-ci faisait remarquer, non sans amertume, que les dépêches reçues du roi, depuis son retour d’Espagne, avaient été toutes contraires à ce que le monarque lui avait promis. Outre le préjudice qui devait en résulter, disait-il , pour le service du souverain et la bonne administration du pays, il avait trouvé dans ce fait une atteinte portée à sa réputation et à son crédit, et il jugeait en conséquence qu’il devait se retirer en sa maison. Il était persuadé que tout ce qui arrivait avait été conseillé par le cardinal de Granvelle. L’ambassadeur, en rapportant lui-même ces entretiens, rendait hommage à la fidélité et à la loyauté du comte d’Egmont et de ses amis (3).

Les contemporains attestent que le comte d’Egmont était alors celui qui parlait le plus et que les autres nobles mettaient en avant, comme ils avaient fait avec le comte de Hornes lors-

(1) Viglius au cardinal de tiranveUe, 50 novembre 1565. ( Archives de la maison d’Orangc-Nassau, 1. 1", p. 143.)

(4) Correspondance de Philippe II, t. I“, p. 375.

(3) Guzman de Silva au prince d’Eboli, Bruxelles, 24 novembre 1565. Ibid., 1. 1", p. 383.

128 LF. COMTE o’EGMONT F.T LE COMTE DF. HORSF.S.

que le roi était aux Pays-Bas. Cette franchise peut-être outrée du comte d’Egmont et la hardiesse de ses paroles faisaient dire au secrétaire de la duchesse de Parme que ce seigneur avait moins de finesse que le prince d’Orange.

Lorsqu’il revint d’Espagne, le comte était tout fier du résultat de sa mission; il disait qu’il avait si bien informé le roi qu’il arriverait sous peu des dépêches qui contenteraient tout le monde. Les lettres étaient arrivées, et comme elles étaient tout à fait contraires il ce qu’il avait annoncé, il avait été froissé, irrité. Il répéta à la régente ce qu’il avait déjà dit à Guzman de Silva, que le roi, par ses dernières dépêches, avait voulu lui ôter toute réputation et tout crédit. Il exhorta même la duchesse de Parme à laisser le gouvernement des Pays-Bas, puisqu’on n’approuvait pas ce qu’elle proposait. 11 faut remarquer, au surplus, que la régente s’associait aux plaintes des seigneurs et blâmait avec énergie aussi les derniers ordres du roi. Mais quelque vive, quelque légitime que fût l’irritation du comte d’Egmont, elle ne lui inspirait aucune idée de rébellion. « Je ne puis ni ne veux, disait-il, contester avec le roi; mais à tout autre je soutiendrais que j’ai été trompé. » Il déclara même à Armenteros que jamais il ne prendrait les armes contre son roi, quelque offense qu’il en reçût, et qu’il irait plutôt en un lieu de la terre où personne ne le verrait (1).

Soit qu'elle n’écoutât que ses sympathies, soit qu'elle obéît aux instructions du roi, Marguerite de Parme montrait alors un empressement singulier à marquer sa préférence pour la princesse de Gavre. Peut-être cherchait-elle à éveiller la jalousie de la bizarre Anne de Saxe, femme de Guillaume de Nassau, et, par des rivalités féminines, à désunir les deux plus puissants seigneurs des Pays-Bas (2).

(1) La duchesse de Parme au roi, Bruxelles, 9 janvier 1366; T. Armenteros à Gonçalo Ferez, 1 1 janvier, dans la Correspondit nce de Philippe II, 1. 1", p. 386 et 390. — Viglius au cardinal de Granvellc, S décembre 1563, dans les Archives de la maison d’Orange-Nassau, t. I", p 443

(î) Viglius écrivait au cardinal de Granvelle le 10 décembre 1565 :

«... Il y a aussi très grande jalousie, quoique l’on dissimulé, entre Orange et Egmont, d’autant que madame appelle, fait asseoir et boit premier 3 la

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