‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 62 sur 187 · CHAPITRE VH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VH

Le conseil privé, consulté sur les dépêches de Ségovie, avait été d’opinion d’obéir aux commandements du roi et de ne rien innover ni dans les édits de Charles-Quint ni dans les peines établies contre les hérétiques. Le conseil d’État fut du même avis, à l’exception du comte d’Egmont et de ses deux amis. Ceux-ci soutinrent d’abord qu’il était à craindre que la publication des ordres relatifs à l’Inquisition ne provoquât une sédition. Alors Viglius s’efforça de faire prévaloir l’opinion qu’il fallait suspendre l’exécution de ces ordres jusqu’à ce que le roi eut été mieux informé. Mais les trois seigneurs déclarèrent que la volonté royale était si péremptoire et si clairement exprimée qu’il n'y avait pas moyen de s’y soustraire. La régente se rallia à cet avis, et, le 18 décembre, les ordres de Philippe II furent adressés aux gouverneurs et aux conseils de justice (I).

Comme membres du conseil d’État, le comte d’Egmont et le le prince d’Orange avaient exprimé l’opinion qu’il fallait plier devant la volonté royale et publier les ordres venus de Ségovie. Comme gouverneurs, chargés de l’exécution de ces ordres, leur conduite fut différente. Ils s'efforcèrent de nouveau d’éclairer Philippe II, afin qu’il retirât des mesures cruelles, inopportunes et désastreuses. La plupart des seigneurs, qui étaient à la tête des provinces, dirent librement à la régente qu’ils ne voulaient point concourir à faire brûler cinquante 5 soixante mille personnes. Le prince d’Orange et le marquis de Berghes représentèrent par écrit qu’ils aimaient mieux se démettre de leurs charges et emplois que de s’associer à l’exécution d’ordres qui . pourraient produire les plus grands troubles. Le comte de Megen, gouverneur de la Gueldre, le comte de Mansfeldt, gouverneur du Luxembourg, et le baron de Montigny, gouverneur de Tournai-Tournaisis , adressèrent au roi de fortes représentations. Le comte d’Egmont déclara à la régente, en particulier d’abord, puis devant le conseil d’État, qu’il aurait remis son gouvernement de Flandre et d’Artois entre les mains du roi,

femme d'Egmont et que celle de Orange est longuement debout, avant que pouvoir avoir chaise... dont je sais que Orange se ronge le cœur... »

(1) Mémorial de üopperus, § LXV11I ; — Mémoires de Viglius, § XI.VII.

LS COMTE O’EOMONT. 9

lors de son voyage en Espagne, s’il avait pu prévoir de telles résolutions. Le 25 décembre, il écrivit d’Arras à Philippe II lui-même : après avoir vu, disait-il, la résolution prise par le roi sur l’Inquisition et les placards, il ne pouvait s’empêcher de craindre qu’il n’en résultât de grands maux (1).

Le comte de Hornes, qui n’avait pas de gouvernement, s’était empressé de retourner dans son château de Weert autant pour témoigner son chagrin que pour se soustraire aux dépenses onéreuses d’un séjour prolongé à Bruxelles.

Le prince d'Orange possédait un revenu annuel de plus de 150,000 florins. Le comte d’Egmont, dont le revenu s’élevait â plus de 62,000 florins, avait un hôtel principal â Bruxelles et d’autres résidences à Malines, à Gand, à Bruges, h La Haye et à \ Arras. Celte dernière lui avait été donnée par les États d’Artois. Non content de posséder de grands domaines en Hollande et dans la Flandre, le comte d’Egmont venait d’acquérir, pour la somme de 110,000 ducats, la célèbre baronnie de Gaesbeke, qui lui donnait entrée aux États de Brabant. Tel était d’ailleurs le véritable but du comte d’Egmont lorsqu’il avait acheté ce domaine. Il ne s’agissait point de donner un utile emploi à ses épargnes, car il n’en avait pas; il fut même obligé de recourir aux États de Flandre et aux États de Brabant, pour s’acquitter de ses obligations. Les États de Flandre lui avancèrent 30,000 florins; les États de Brabant lui prêtèrent une sommé équivalente, et les habitants de la baronnie lui votèrent, à titre de joyeuse entrée, un subside de 8,000 florins. Le comte s’empressa de prendre possession de la seigneurie de Gaesbeke. Il en était devenu propriétaire le 4 octobre 1565; le 3 novembre suivant, il en fit le relief devant la cour féodale de Brabant (2).

Mais si la situation financière du comte d’Egmont était embarrassée, celle du comte de Hornes était déplorable. Le

(11 Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 385, 387 et 397.

(2) Voir Notice historique et descriptive des archives de la ville de Gand, par Gachard, p. 47-48, dans les Mémoires de l’Académie royale de Belgique, t. XXVII Histoire des environs de Bruxelles, par A. Wauters, t. I", p. 157 et Correspondance de Philippe II, t. I", p. 370.

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