‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 66 sur 187 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

éminents du conseil d’État répondaient les véhémentes exhortations des ministres, dans leurs prêches clandestins, et les puissantes excitations d’une vaillante noblesse.

Les ordres du roi avaient d’ailleurs été prévus. Dès le commencement du mois de novembre, dans une réunion secrète tenue à l’hôtel de Culembourg, à Bruxelles, Jean de Marnix, seigneur de Thoulouze, d’accord avec une vingtaine d’autres gentilshommes, calvinistes comme lui ou adversaires de l’oppression des consciences, jetait les bases d’une confédération contre les Inquisiteurs. Le premier projet de cette ligue défensive avait été conçu précédemment à la fontaine de Spa, où s’étaient rendus Louis de Nassau, frère du prince d’Orange, le seigneur de Thoulouze, Nicolas de Hammes, roi d’armes de l’ordre de la Toison d’or et d’autres jeunes nobles. Après la publication des dernières dépêches du roi, l’acte de la confédération, c’est à dire le Compromis si célèbre daus l’histoire des Pays-Bas, fut rédigé par Philippe de Marnix, seigneur du Mont-Sainte-Aldegonde.

Le comte d’Egmont s’occupait alors de faire réparer le château de Gaesbeke pour l’habiter. Il ne pouvait toutefois se dissimuler qu’on approchait d’une crise redoutable. Même dans l’Artois, si catholique, des gentilshommes lui avaient naguère demandé, commeà leur gouverneur, l’autorisation détenir desprédicants(l).

Au mois de février 1566, le comte d’Egmont se rendit en Hollande pour ses affaires particulières. En prenant congé de la régente, il renouvela ses plaintes précédentes sur les ordres envoyés par Philippe II, et il ajouta que si le roi persistait à les faire exécuter, il tenait pour certain que tous les seigneurs du conseil se retireraient chez eux. Il lui dit en outre que beaucoup d’habitants s’apprêtaient â quitter le pays avec tout l’argent qu’ils pourraient ramasser, pour aller s’établir ailleurs, où il leur serait loisible de vivre avec plus de liberté (2). Il passa par

(1) Morillon au cardinal de Granvelle, Bruxelles, 8 novembre 1565. (Papiers d'Étal, etc., t. IX, p. 653.)

(2) La duchesse de Parme au roi, Bruxelles, 26 février 1566. (Correspondance de Philippe II, t. I", p. 396.)

LE COMTE d’EGMOHT ET LE COMTE DE BORNES.

Breda et se rendit même à Vianen , au château du seigneur de Bréderode, celui-ci étant intéressé dans les travaux que le comte faisait exécuter en Hollande. Quoique les meilleures relations existassent entre le hardi gentilhomme, qui était regardé comme le chef nominal de la Confédération, et le plus populaire des conseillers d’État, Bréderode, d’après l’affirmation solennelle du comte d’Égmont, ne lui communiqua point ses projets. Il lui cacha même le dessein déjà arrêté de présenter à la régente une requête collective contre l’Inquisition et l’exécution des placards (1).

Le prince d'Orange venait d’inviter à son château de Breda le comte de Hornes, le marquis de Berghes et le comte de Hoogstraeten. Ils devaient y rencontrer Louis de Nassau, le comte de Culembourg, Bréderode et quelques autres gentilshommes, qui avaient également signé le Compromis. Ils arrivaient tous sous prétexte de prendre congé du comte de Schwarzbourg , allié à la maison de Nassau, et de deux capitaines allemands, George Van IIoll et Westerholt, anciens compagnons d’armes des seigneurs des Pays-Bas. Mais la présence de Louis de Nassau et de Bréderode indiquait qu’il ne s’agissait pas seulement de « faire grande chère et de se traiter à l’allemande. » Louis de Nassau, signalé par son courage chevaleresque, son intelligence élevée, son esprit hardi et pénétrant, était l’àme de la Confédération, de même que le prince d'Orange, son frère, allait devenir le chef réel de

(1) Rien de plus précis que la protestation du comte d’Egmont dans son Mémoire de défense du lî février 1568. « ... L’occasion, dit-il, que mesuys « deux ou trois fois trouvé audit Breda, environ ledicl temps, ce fut à cause t d'un dicaige que je faisois lors en Hollande, auquel dicaige Mgr, de Bré- « derode avoit part, comme est tout notoire : et, & l’aller et venir, estolt > mon chemin par Iedict Breda, et mesme passai unefols par Viane, maison « de Mgr. de Bréderode. Mais, en parole de gentilhomme et d'homme de bien, « jamais ledicl seigneur de Bréderode ne m’a dict ni faict dire une seule « parole de l’intention qu’ils avoient de présenter ladite requeste, de quoy « depuis me suis maintes fois émerveillé, pour avoir lors été de ses amis ■ et quelquefois en sa compagnie à cause dudict dicaige : et, si jamais se « trouve aultre chose, je suis content que S. M. me fasse mettre en pièces... i

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