CHAPITRE VIII
révélations, le triste sort de ses deux anciens collègues. Il déclarait, en invoquant leur témoignage, qu’il n’avait été question à Hoogstraeten que de faire bonne chère et de festoyer, comme amis et alliés, quelques seigneurs étrangers; que, jamais, on ne pourrait prouver qu'on y eût arrêté chose suspecte ou préjudiciable au service du roi. Jacques de Wesenbeke, ancien conseiller et pensionnaire d’Anvers, très avant dans la confiance du prince d’Orange et de son parti, également proscrit et émigré en 1568, fit la même déclaration. Enfin, le comte de Hoogstraeten, dans la Défense qu’il publia la même année à Cologne, nia de la manière la plus absolue que l’on eût comploté, dans sa maison, « contre le bien et service de Sa Majesté. » Mais, en 1581, Guillaume de Nassau tint dans son Apologie un langage plus explicite. Voulant, disait -il alors, remplir son devoir envers le pays, il avait prié non seulement ses frères, mais aussi ses « compagnons chevaliers » et les principaux conseillers d’Ëlat de s’assembler à Hoogstraeten pour s’entretenir avec eux de l'état alarmant des affaires. Il leur avait donc exposé que le seul et unique moyen d’empêcher la guerre civile était l’attitude de ceux qui, en raison de leurs offices, possédaient l’autorité. Ceux-là devaient prendre « le fait en main; » ils devaient supplanter les créatures du cardinal de Granvelle et chercher le bien du pays. Si ses amis et lui ne prenaient point cette initiative, ajouta-t-il, les adversaires de l’Inquisition, ce qui voulait dire les confédérés, ne manqueraient point d’un chef. Bien que le comte de Schwarzbourg et George Van Holl joignissent leurs conseils aux représentations du prince, aucune résolution ne fut prise.
Le comte d’Egmont, dans sa Défense, avait donné d’autres détails qui, cependant, ne contredisent ni n’infirment point la version de Guillaume de Nassau. Il révéla, d’accord avec le comte de Hornes, que les confédérés qui se trouvaient à Hoogstraeten appelèrent vivement l’attention des seigneurs du conseil d’État sur la redoutable agitation provoquée par les ordres si impopulaires de Philippe II. Même, dans une dernière conférence qu’il eut avec ses collègues , le matin de son départ , Egmont apprit d’un de ces seigneurs que Bréderode et d’autres gentils-
hommes se proposaient de présenter une requête à la régente au sujet de l’Inquisition et des placards, et que, à cet effet, ils se rendraient à Bruxelles dans dix jours. Selon la version accréditée par le prince d’Orange, il semblerait que cette résolution aurait été prise à Hoogstraeten même. Mais, d’après les traditions de la cour de Bruxelles, la détermination de présenter en corps une requête à la régente avait déjà été prise à Breda et les termes même de la requête avaient été arrêtés dans la résidence de Guillaume de Nassau. On y avait aussi résolu d’envoyer des messagers dans les provinces pour avertir ceux qui avaient signé le Compromis , pour recruter de nouveaux alliés et organiser enfin la démonstration qui devait se faire à Bruxelles (I).
Les seigneurs, réunis à Hoogstraeten, furent généralement d’avis que leur position officielle ne leur permettait point de coopérer à la manifestation annoncée par les confédérés, et qu’ils étaient même obligés, par devoir, d’avertir immédiatement la régente. Les comtes d'Egmont et de Megen prirent à cet égard un engagement formel. Egmont avait d’ailleurs manifesté la crainte que la requête ne fût mal interprétée par le roi, et il avait ajouté qu’il ne conseillerait à nul de ses amis d’être de la compagnie ou d’y entrer (2).
Mais les conseils du comte d’Egmont n’étaient pas toujours écoutés. Deux gentilshommes attachés à sa maison, Christophe de Lcefdael et Maximilien de Blois, signèrent le Compromis, et le second était même un des fondateurs de la ligue. Parmi les adhérents se trouvait aussi Jean de Casenbroot, seigneur de Beckerzeel, qui exerçait la plus grande influence sur le comte, dont il était le secrétaire et le conseiller, ou, selon les termes employés plus tard par l’acte d’accusation, le « serviteur domestique et pensionnaire. »
(1) Renon de France, Histoire des causes de la désunion, etc., MS. 1" partie, chap. X.
(4) Conf. les mémoires de défense des comtes d’Egmont et de Hornes, Supplément aux guerres civiles, I, p. 154, et Procès du comte d’Egmont, avec pièces justificatives, publié parM. de Bavay, procureur-général près la cour d’appel de Bruxelles, p. 125.