‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 69 sur 187 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les comtes d’Egraont et de Megen prirent congé des personnages réunis au château de Hoogstraeten , et le premier fut de retour à Bruxelles le 15 mars.

Comme le prince d’Orange l’avait prévu, les confédérés, s’apercevant que les seigneurs ne s’étaient pas mis d’accord pour prendre une résolution énergique, voulurent en quelque sorte les suppléer. Louis de Nassau et ses amis prirent donc la résolution irrévocable de faire la démarche qu’ils avaient annoncée. Le prince d’Orange, quoique jaloux de conserver l’autorité morale et le prestige du conseil d’État, estima que la voie du pétitionnement était encore la plus douce et la plus légale, et le comte de Homes s’associa en tous points aux sentiments de Guillaume de Nassau. En effet, par une lettre datée du château de Hoogstraeten, le 17 mars, Antoine de Lalaing remercia Louis de Nassau de l’avoir informé de la résolution qu’il avait prise « par l’advis de MM. le prince et comte de Hornes. » Ces seigneurs, il en était persuadé, n’avaient rien de plus devant les yeux que le service du roi et le maintien de ses pays. Il croyait qu’une belle remontrance serait utile, et il exprimait le désir de la voir lorsqu’elle aurait été mise au net. « Je veux, ajoutait- « il, toujours tenir la main à ce que vous entrepreniez chose « si bien fondée qu’elle ne devienne prétexte ü de justes « reproches (1). »

(1) Cette lettre du comte de Iloogstracten (Archives de la maison d' Orange- Nassau, l. II, p. 53) contredit, il faut bien le remarquer, la déclaration suivante consignée dans le mémoire de défense du comte de Hornes : « Et n'oyt « lors ledit Défendeur parler de nulle rcqueste, mais bien d’une confédération « ou ligue... » Mais la Déduction de l'innocence de messire Philippe de Montmorency (attribuée par un savant professeur de l’Université de Leyde, M. Fruin, it la plume de Jacques de W'esenbeke) est d’accord avec la lettre du comte de Hoogstraeten. On y lit que le comte de Hornes ne fut jamais du nombre des confédérés, quoiqu’il lui semblât que leur pétition n’était que « bien requise et convenable pour le repos du pays. » — 11 est très malaisé, au surplus, de faire connaître exactement ce qui s’est passé dans les réunions de Breda et de Hoogstraeten. Nous l’avons essayé et nous croyons avoir approché de la vérité, autant qu’il est possible. Les historiens du parti espagnol, tout en laissant planer des soupçons sur les comtes d’Egmont et de Hornes, tout en les accusant de dissimulation, se montrent impuissants à déterminer la

1« LF, COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE HORNES.

Le 13 mars, Marguerite de Parme avait invité les membres du conseil d’État il se trouver à Bruxelles, où elle voulait les consulter sur des affaires importantes. Le prince d’Orange, qui était retourné à Breda, s’excusa, le 16, sur la maladie de sa femme, de ne pouvoir obéir immédiatement à cette invitation. Le môme jour, il écrivit aussi à la régente pour lui signaler l’effroi et le mécontentement que les derniers ordres du roi avaient suscités dans le pays et pour l’engager instamment à y remédier (1). Le comte de Bornes, de retour à son château de Weert, répondit le 18. Il rappela à la régente que, à son départ de Bruxelles, il lui avait déclaré qu’il se retirait pour ses affaires en sa maison, qu’il allait dépêcher un de ses gens vers le roi pour lui exposer sa situation, et qu’il attendrait à Weert la réponse du souverain. Il signalait ensuite certaine ligue ou confédération qui s’organisait contre l’Inquisition et les placards « sur le fait de la religion. » Il disait qu’il se fut fait un devoir, dès qu’il en avait eu connaissance, d’en avertir la régente; mais, à Hoogstraeten, en ayant parlé au comte d’Egmont et au comte de Megen, et ceux-ci lui ayant déclaré qu'ils avaient les mêmes informations et qu’ils ne manqueraient point d’en faire part à la régente dès qu’ils seraient arrivés à Bruxelles, il se référait à ce qu’elle apprendrait de ces seigneurs (2).

Le comte d’Egmont, selon ce qui avait été convenu à Hoogstraeten, avait, dès son arrivée à Bruxelles, averti Marguerite de la démarche que se proposaient de faire les gentilshommes confédérés (3). Il signala l’agitation qui régnait dans les propart qu’ils auraient réellement prise au Compromis et à la présentation de la requête. Voir, sur ce sujet, tes Commentaires de J. -B. de Tassis {Analecta belgica de Hoynck de Papcndrecht, t. II, P. Il, p. 135).

(1) Correspondance de Guillaume le Taciturne, l. II, p. 128-131 .

(2) Supplément aux guerres civiles, etc., t. II, p. 28G.

(3) On lit dans les Interrogatoires du comte d’Egmont : « Interrogué s’il a « notice de l’assemblée que feirent le comte Ludovicq, Brédcrode et aultres « nobles pour venir à Bruxelles présenter à Madame la requeste pour le faict « de l’Inquisition et modération des placards; — Dict qu’il n’a eu notice de « la requeste jusqoes à Uoogstraete, où il alla, suy vant une lettre que luy « cscripvit le comte de Zwartzenbourg, le priant qu’il deust là venir pour « veoir la bonne compagnie y estant ; et là il ouyt parler de la dite requeste,

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