CHAPITRE I
la Picardie pour reconnaître le camp du connétable Anne de Montmorency. Tombés dans une embuscade à Talmas et assaillis par des forces supérieures, ils durent faire des prodiges pour ne pas être exterminés. Dans cette terrible mêlée, le comte d’Egmont, emporté par son ardeur, passa trois fois au travers d'un des escadrons français. Il revint sain et sauf, tandis que le prince d’Espinoy, gouverneur de Tournai et du Tournésis, restait au nombre des morts (1).
Quelques mois plus tard, Charles-Quint donnait au comte d’Egmont une éclatante preuve de confiance et de faveur. Il le nommait chef de l’ambassade chargée d’arrêter définitivement le mariage du prince d’Espagne avec Marie Tudor. Cette épineuse négociation, qui excitait la jalousie de la France et la fureur des protestants anglais, avait été heureusement entamée par Simon Renard, bailli d’Amont, dans la Franche-Comté de Bourgogne, et ambassadeur ordinaire de Charles-Quint en Angleterre. Le 2 janvier 1554, le comte d’Egmont débarqua au quai de la Tour de Londres ; il avait une suite nombreuse de gentilshommes. Le 12, il fut reçu par la reine et lui fit, dans une audience publique, la demande de sa main pour le prince d’Espagne. Quoique Marie se fût déjà engagée solennellement à ne pas prendre d’autre époux que le fils de Charles-Quint, elle crut devoir répondre qu’il ne seyait point à une femme de traiter de son propre mariage (2). Les ambassadeurs, renvoyés au conseil, arrêtèrent avec les ministres de Marie les clauses du contrat. Mais déjà l’arrivée de l’ambassade avait porté au comble le mécontentement populaire. Des insurrections éclatèrent dans différentes parties du royaume, et un moment on put croire le trône de Marie Tudor sérieusement menacé. Les ambassadeurs extraordinaires de l’empereur, pour ne pas augmenter par leur présence la fureur de la multitude, jugèrent prudent de s’embarquer le 1 er février (3). Cependant Marie Tudor, mon-
(1) La Grande Chronique de Hollande, etc., par J. F. Le Petit, 1. 1”, p. 213. — Chronique des seignmrs et comtes d’Egmont, citée ci-dessus.
(2) Tytler, England under the reigns of Edward VI and Mary, etc., illustrated in a sériés of original letters ( London, 1839 ), vol. II, p. 276.
(3) Grande Chronique de Hollande, etc., 1. 1”, p. 218.
trant dans ces conjonctures un courage viril, attendit de pied ferme les bandes de Thomas Wyatt qui marchaient sur Londres, rassura ses partisans et finit par remporter une victoire complète sur ses ennemis.
Charles-Quint, informé de la défaite des rebelles anglais, renvoya le comte d’Egmont en Angleterre pour échanger les ratifications du contrat de mariage. Arrivé à Londres le 2 mars et descendu au logis de Simon Renard, celui-ci alla avertir la reine et prendre ses ordres pour que le comte pût exécuter sa charge. La reine envoya les plus grands seigneurs de sa cour auprès de l’ambassadeur extraordinaire pour le saluer et lui annoncer une audience prochaine. En attendant, Simon Renard, de concert avec le comte d’Egmont, fit fondre des chaînes pour la valeur de quatre mille écus : ces joyaux devaient être répartis, indépendamment de mille autres écus en argent, entre les personnages influents dont les ambassadeurs avaient la liste et qu’ils voulaient rendre favorables au mariage. Le comte luimême pria l’amiral d’Angleterre d’accepter une pension du prince Philippe, et celte offre fut agréée avec le consentement de la reine. Le jour de l’audience solennelle étant venu, le comte d’Egmont et Simon Renard furent conduits par les plus grands seigneurs de la cour dans une chambre où était exposé le saint Sacrement. Là furent échangées les ratifications du traité de mariage et prêtés, de part et d’autres, les serments requis. La reine s’était d’abord agenouillée et avait dit quelle appelait Dieu à témoin que ce n’était point par « affection charnelle » qu’elle avait consenti au mariage, mais qu’elle avait en vue l’honneur, le bien et le profit du royaume, ainsi que le repos et la tranquillité de ses sujets. Le comte d’Egmont présenta la , bague précieuse que l’empereur envoyait à la reine : Marie ' Tudor s’empressa de la montrer à toute la compagnie. L’ambassadeur extraordinaire de Charles-Quint demanda ensuite les ordres delà reine pour le prince d’Espagne, qu’il allait rejoindre, afin de le conduire en Angleterre « pour la consommation du mariage (1). » En prenant congé de la reine, il avait reçu d’elle (
(1) La dépêche, à laquelle nous empruntons ces détails, a été publiée par