‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 8 sur 187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce fut à celte époque qu’il épousa, du consentement de l’empereur, Walburge de Nuenar, dont les plus proches p&rents inclinaient fortement pour les doctrines luthériennes (1). Le contrat de mariage avait été signé, le 22 janvier 1546, en présence d’Anne d’Egmont, comtesse douairière de Homes; de Maximilien d’Egmont, comte de Buren ; de Guillaume, comte de Nuenar et de Meurs, père de la fiancée ; du grand commandeur teutonique du bailliage des Vieux Joncs et d’autres seigneurs.

La guerre d’Allemagne finie, le comte de Hornes renonça, on ignore les motifs de cette détermination, h la charge de gentilhomme de la bouche et se retira dans son château de Weert, avec l’intention de se détacher entièrement de la Cour. Mais, en 1549, le fils de Charles-Quint , ayant été inauguré comme souverain futur des Pays-Bas, passa par Weert et logea dans le château du comte de Hornes. Le prince pria son hôte d’accepter la charge de capitaine des archers de sa garde bourguignonne. Le comte n’osa rejeter cette prière; il dit plus tard qu’il n’aurait pas rempli le devoir de « vassal » s’il ne s’était rendu aux instances qui lui furent faites de la part du prince, car il était le premier de sa nation que le futur souverain des Pays-Bas eût distingué et qu’il voulût attacher à sa personne. Il accepta donc un emploi qui allait l’obliger à des voyages incessants et â des dépenses onéreuses. Il l’accepta, contre l'avis de tous ses parents et amis, car il n’avait pas d’enfants; il abandonna sa femme et son bien pour suivre le prince en Allemagne, en Italie et en Espagne (2).

La longue rivalité des maisons de France et d’Autriche, suspendue par le traité de Crespy du 18 septembre 1544, se réveilla lorsque, six ans après la mort de François I er , Henri II se fut allié à Maurice de Saxe. Charles-Quint, afin de rompre cette alliance si menaçante pour lui, apaise les États protestants, en

(1) F. Vau der Hacr, De iniliis lumultuum belgicorum (Louvain, 1640), p. Î2Î.

(2) La déduction de l’innocence, etc. , passim. — Voir aussi des détails dans une longue et intéressante instruction remise en 1566 par le comte de Hornes à son secrétaire, qu'il envoyait en Espagne. Ce document, dont nous ferons encore usage, est conservé aux archives du royaume.

signant; le 20 août 1582, la célèbre transaction do Passau. Rassuré du côté de l’Allemagne, il emploie les forces dont il dispose à défendre ses États héréditaires contre la France. La guerre ainsi rallumée fournit au comte d’Egmont l’occasion de rendre des services plus considérables à sa patrie et à son souverain. Pierre Ernest de Mansfeldt, gouverneur du Luxembourg, ayant été forcé de capituler à Yvoy, le comte d’Egmont, chargé de la défense de la capitale, redoubla de zèle et d'efforts pour conserver cette ville importante. Il inspirait d’ailleurs tant de confiance que Marie de Hongrie, par lettres patentes du 25 juillet 1552, lui conféra provisoirement le gouvernement du Luxembourg, en remplacement du comte de Mansfeldt, prisonnier des Français. Le comte d'Egmont sut remplir avec énergie la tâche difficile qui lui était imposée. Mal secondé par des populations qu’irritait le fléau de la guerre, et n’ayant sous ses ordres que des troupes peu nombreuses, le nouveau gouverneur parvint cependant à rejeter de la province les Français commandés par le seigneur de Jametz, et h faire face aux vieilles bandes du marquis Albert de Brandebourg qui, refusant d’adhérer au traité de Passau, avait également pénétré dans le Luxembourg, pour devenir l'auxiliaire de Henri II. Le comte alla joindre ensuite l’armée impériale qui assiégeait la ville de Metz. Là encore, Charles-Quint lui confia un des postes les plus importants. Il fut envoyé à Pont-à-Mousson avec deux mille chevaux noirs harnois allemands et autre gendarmerie, pour défendre les avenues du camp contre les entreprises de l’ennemi. L’empereur, ayant été obligé de lever le siège, le comte d’Egmont reçut le commandement de l’arrière-garde, et demeura des derniers pour protéger la retraite de l’armée. Il s'acquitta de toutes ces missions à son grand honneur et au grand contentement de Charles-Quint.

L’année suivante, le comte d’Egmont, se trouvant dans l’Artois avec les autres chefs des bandes d’ordonnances, se signala de nouveau par son courage, poussé jusqu’à la témérité. Le 18 août 1553, il accompagnait le prince d’Espinoy, le duc d’Arschot et le comte de Boussu, lorsque, à la tête de leurs bandes et sans aucune infanterie, ils firent « une chevauchée » par

Page 1