‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 90 sur 187 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La correspondance d’Alonse de Laloo avec le comte de Hornes fournit des détails précieux sur les dispositions de Philippe II, de ses ministres et de sa cour à l’égard de la noblesse des Pays-Bas. Montigny dînait le 1 er août chez Hopperus avec Tisnacq. Celui-ci, déjà désigné comme le successeur de Viglius dans la présidence du conseil privé (I), émit l’opinion que la noblesse, au lieu de faire les demandes dont Montigny s’était chargé, eût mieux agi en adressant une requête pour maintenir les résolutions du concile de Trente. Montigny répondit avec vivacité, et même avec hauteur, qu’il appartenait luimême à la noblesse. Puis, dans un long entretien avec le duc d’Albe, il déclara que c’était lui qui avait conseillé à son frère, le comte de Hornes, d’abandonner la cour et de se retirer dans sa maison de Weert, parce que, par son séjour prolongé à Bruxelles pour le service du roi, le comte avait dépensé 40,000 ducats, qu’il était presque entièrement ruiné, et qu'il était fâcheux, dans cette situation, d’attendre indéfiniment une résolution. Le duc d’Albe, dissimulant ses véritables sentiments, fut loin de contester les services rendus par le comte de Hornes; il s’étendit même avec une sorte de complaisance sur ses titres à une récompense ou plutôt à un dédommagement. Le comte avait chargé son messager d'avertir Montigny des dénonciations du frère Lorenzo, l’infatigable délateur. Montigny répondit avec trop de naïveté, tropde bonne foi, qu’il ne croyait pas que le roi attachât de l’importance aux rapports de ce moine, parce que tous savaient que ces rapports étaient faux et calomnieux ; il engageait donc son frère à ne pas

« mes affaires, cl où Vnstre Majesté n'eust envie me remédier, estre content

< que me pourrais retirer en ma maison, pour donner ordre au peu de bien « qui me restoit; n’ayant le moien de plus continuer au service de Yostre « Majesté à mon très grand regret, dont jusques au présent n’ay eu nulle

< respônse , suppliant très humblement à Vostre Majesté me vouloir en ce « mander vostre résolution, pour selon ce me pouvoir regler, ne désirant rien « tant en ce monde que de toujours demourcr très humble serviteur de • Vostre Majesté... > (Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 367.)

(1) Hopperus, de son côté, avait été appelé en Espagne pour y remplacer Tisnacq comme garde des sceaux des Pays-Bas.

LE COMTE d’EGMOST-ET LE COMTE DE HORNES.

s’en tourmenter (1). Le noble Montigny ne se doutait donc point que Philippe II ajoutait plus de foi aux vagues imputations d’un moine qu’aux protestations de l’élite de la noblesse des Pays-Bas?

Les nouvelles qui arrivaient de toutes parts avaient comme terrifié la régente de ces provinces. Elle craignait de voir saccager les églises de Bruxelles sous ses yeux et même d’être faite prisonnière. Dans son angoisse, elle résolut de quitter la ville, pendant la nuit du 21 au 22 août, et de se retirer à Mons. Après avoir mandé au palais les seigneurs du conseil d’État, elle les requit de l’accompagner. Mais de même que le prince d’Orange, le comte d’Egmont se récria vivement contre un dessein qui, selon l’un et l’autre, pouvait entraîner la ruine du pays. Le comte d’Egmont dit, comme le prince d’Orange, que si la régente exécutait son projet, les seigneurs convoqueraient immédiatement les États-Généraux afin de prendre les mesures convenables. Il ajouta même, non sans une certaine exaltation, qu’on lèverait quarante mille hommes pour aller assiéger Mons. Tous les seigneurs, les comtes d’Egmont et de Hornes, le prince d’Orange, le comte de Hoogstraeten, ajoutèrent que la régente ne devait point prêter si facilement l’oreille h des rapports qui tendaient à compromettre le service du roi et sa propre réputation. Le comte de Hornes s’exprimait avec le plus de chaleur. Tous supplièrent donc la sœur de Philippe II de différer son départ, promettant de ne point l’abandonner, mais de mourir à ses pieds, si quelqu’un voulait l’outrager. D’un autre côté, le magistrat et les bourgeois de Bruxelles avaient fait fermer les portes de la ville pour empêcher une retraite qui pouvait avoir les plus graves conséquences. Le comte d’Egmont et le comte de Hornes se rendirent avec le prince d’Orange et le comte d’Hoogstraeten à l’hôtel de ville : ils y firent reconnaître le comte de Mansfeldt comme gouverneur

(1) Alonse de Laloo au comte de Homes, 9 août 136G, dans l'appendice à l’ouvrage publié parM. Van Vloten, sous le titre de : Munligntj’s leven en dood in Spanje (Amsterdam, 1833, in-8'). Cet appendice se compose d’une série de lettres en espagnol recueillies par le savant éditeur dans la bibliothèque de l’Université de Leyde.

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