CHAPITRE IX
Lorsque le gouverneur de la Flandre rentra h Bruxelles, la régente venait d’apprendre le saccagement des églises d’Ypres et des environs de Lille. Elle était inquiète et irritée. Elle se rendit au conseil d’Etat accompagnée du comte d’Egmont, qui était venu lui parler à la messe. Dans le trajet, elle lui exprima son mécontentement de ce qui venait de se passer en Flandre et lui demanda son assistance pour réprimer des excès aussi scandaleux. Le comte répondit que la première chose à faire était de conserver l’État et que l’on s’occuperait ensuite de la religion. Marguerite répliqua avec vivacité qu’il lui paraissait plus nécessaire de pourvoir d’abord h ce qu’exigeait le service de Dieu , parce que la ruine de la religion serait un plus grand mal que la perte du pays. Mais le comte fit observer que tous ceux qui avaient quelque chose à perdre ne l’entendaient pas de cette manière. La régente, étant entrée au conseil, fit enjoindre h Maximilien de Rassenghien, gouverneur de la Flandre wallonne, de se rendre sans retard à Lille, avec la compagnie d’hommes d'armes de Montigny, et de-désarmer la populace qui revenait du pillage des églises, avant de la laisser rentrer dans la ville. Le comte d’Egmont, loin d’approuver cette résolution, déclara que la voie de la force ne lui semblait pas praticable, à moins de se résoudre à tailler en pièces deux cent mille hommes. Mais la régente maintint ses ordres (1).
C’était à bon droit que le gouverneur de la Flandre n’acceptait point la terrible responsabilité du saccagement des églises. Il se plaignit avec amertume au magistrat d’Ypres qu’on eut si mal observé son ordonnance et qu’on eût fait si peu de cas des ordres qu’il avait laissés (2). Il se montrait aussi fort préoccupé de ce qui pouvait survenir à Gand. Le magistrat avait envoyé le pensionnaire Borluut à Bruxelles pour aviser aux moyens de préserver la ville des excès des iconoclastes. Il trouva le comte d’Egmont très affligé des désordres qui avaient eu lieu
(1) Marguerite de Parme au roi, 18 août 1566. Correspondance de Philippe II, t. I", p. 150.
(S) Justification du magistrat d'Ypres, MS.
LE COMTE d’eCMO.NT ET LE COMTE DE HORN'ES.
et surtout de ce que son gouvernement en eût été le principal tliéûtre. Mais, dépourvu de troupes, Egmont ne pouvait que recommander au magistrat de faire pour le mieux. La régente, à qui Borluut s’adressa ensuite, ne fit d’ailleurs que répéter la recommandation du gouverneur de la Flandre : le magistrat, dit-elle, devait redoubler de vigilance (1).
Le comte de Hornes se trouvait encore dans son château de Weert lorsque, par une lettre du 7 août, Marguerite de Parme l’avait requis de se rendre à Bruxelles pour le 18 afin de délibérer, avec les autres chevaliers de la "Toison d’or, sur la dernière requête des confédérés (2). Tandis que l'ami du comte d’Egmont se dirigeait vers Bruxelles, les pillages des églises continuaient dans la plupart des provinces. On eut surtout à regretter la dévastation de la cathédrale d’Anvers. Cet acte de vandalisme s’accomplit le 20 août quand le prince d’Orange, appelé également à Bruxelles afin d’assister au conseil d’Élat, eut obéi aux injonctions réitérées et imprudentes de la régente. Prévoyant des désordres, il avait insisté fortement pour que, pendant son absence, il fût suppléé par le comte de Hornes ou par le comte de Hoogstraeten. Mais la régente n’avait pas accueilli sa proposition.
A peine le comte de Hornes fut-il arrivé à Bruxelles qu’il s’adressa de nouveau à Philippe II. Il l’informait qu’il avait reçu le 14 la lettre que le roi lui avait écrite par le secrétaire Courteville. Il déclarait qu’il était toujours disposé à servir le souverain, comme l’attestait sa présence même à Bruxelles où il s’était rendu malgré sa pénurie; il désirait le rétablissement de l’ordre et appelait de ses vœux le roi dont la présence serait le meilleur remède. Mais il ne dissimulait pas à Philippe II que l’incertitude où il le laissait, incertitude si longue et si pénible, rendait sa position intolérable; il demandait donc une résolution formelle, dans un sens ou dans l’autre (3).
(1) Rapport de Borluut au magistrat de Gand, 18 août 1566. Verslag, etc.,
(î) Supplément aux guerres civiles, etc., t. II, p. 366.
(3) Il s’exprimait en ces termes (20 août): • ... J’avois passé quelques « mois envoyé un de mes gens vers Yostre Majesté, pour lui représenter