CHAPITRE IX
« pièces. Elle n’avait pas eu plus de succès auprès du prince « d’Orange et des comtes de Hornes et d’Hoogstraeten (1). »
Dans toute cette lettre régnait une violente irritation contre le comte d’Egmont. On s’apercevait qu’un changement profond s’accomplissait dans l’esprit de Marguerite de Parme. Ce seigneur, qu’elle vantait naguère comme le type de la loyauté, elle allait bientôt le dénoncer comme un factieux, comme un soutien d'hérétiques, comme un ennemi de Dieu et du roi, parce qu’il refusait d'aggraver une crise terrible et de mettre l’État en péril. Elle devait lui reprocher avec véhémence sa tolérance qui était alors de la sagesse, sa modération qui était alors le vrai patriotisme. Marguerite cependant dissimulait en public son dépit et son ressentiment, car elle avait encore besoin du comte d’Egmont et de ses alliés pour négocier une transaction avec les chefs des confédérés.
Protégée par les seigneurs les plus considérables et les plus populaires, la régente des Pays-Bas n’avait sans doute rien à craindre pour elle-même. Toutefois, dans la soirée même de ce jour mémorable, sous prétexte qu’on voulait saccager toutes les églises de Bruxelles, sans excepter la chapelle de la cour, et qu’on se proposait de la retenir prisonnière en même temps qu’on s’emparerait du comte d’Egmont , elle manifesta de nouveau le dessein de se rendre à Mons. Elle dit aux seigneurs qu’elle avait été mal avisée le matin en suivant leurs conseils, et apostropha vivement le comte de Hornes : « Vous avez été la plus grande cause, lui dit-elle, que je me trouve en cet état; pourquoi ne me laissâtes-vous partir? Satisfaites donc ü ce que vous m’avez promis. » Le comte répondit qu’il était prêt à remplir sa promesse, à forcer le guet de la porte de Caudenberg et à lui obéir; mais qu’il ne croyait pas pourtant à l’exactitude des rapports qui l’effrayaient tant (2). Ces rapports, en effet, étaient exagérés : la sœur de Philippe II, il faut le répéter, n’avait rien à
(1) La duchesse de Parme au roi, 27 août 1366. Correspondance de Philippe U, 1. 1-, p. 452.
(2) Ces particularités sont extraites de la lettre adressée le 10 octobre 1566 par le comte de Uornes au baron de Monligny.
LE COMTE D’eGMONT ET LE COMTE DE HORNES.
craindre pour sa sûreté. Cependant de nouvelles concessions étaient indispensables pour faire tomber les armes des mains des sectaires. A Bruxelles aussi, plusieurs milliers de bourgeois se déclaraient ouvertement pour la religion nouvelle (1).
Les comtes d’Egmont et de Homes, de même que le prince d’Orange, représentèrent donc h la régente qu’elle devait céder aux circonstances. Ils alléguaient que c’était le seul moyen de désarmer le peuple dont les rassemblements, en tant de lieux, excédaient deux cent mille personnes; que l’on ne pouvait s’aider de la plupart des bandes d’ordonnances; que trop d’obstination pourrait entraîner la ruine de la religion et en outre déterminer une révolte générale. La régente finit par céder. Dans la nuit du 23 au 24 août, en présence du prince d’Orange et des comtes d’Egmont et de Hornes, elle déclara qu’elle ferait les concessions qui étaient réclamées, mais que ces concessions n’étaient pas volontaires, que la force les lui arrachait. Elle donnerait aux confédérés le pardon et la sûreté qu’ils exigeaient. Elle n’empêcherait pas les prêches dans les localités où ils se faisaient alors, pourvu que le peuple mît bas les armes et jusqu’il ce qu’une résolution fût prise par le roi, de l’avis des États-Généraux. Cette autorisation était encore subordonnée à la double condition de ne faire ni scandale ni désordre aux prêches et de n’empêcher en aucune manière l’exercice de la religion catholique. On devait laisser les catholiques user librement de leurs églises, comme autrefois.
Entre une et deux heures du matin, le comte d’Egmont fit appeler le pensionnaire Borluut et le pria d’avertir sans retard le magistrat de Gand que la régente avait pris, au conseil d’État, la résolution de tolérer la fréquentation des prêches hors des villes. Cette concession faite pour apaiser les troubles avait pour conséquence la cessation de l’Inquisition (2).
Le 25, les lettres d’assurance, destinées à garantir les signataires du Compromis , furent remises à leurs députés, parmi
(1) Viglius à Hopperus, 26 août 1566. (Epist. ad Hopperum, p. 33.)
(2) Borluut au magistrat de Gand, de Bruxelles, 24 août 1566. Yerslag, etc., p. 135.