CHAPITRE IX
lesquels se trouvait Beckerzeel, le secrétaire du comte d’Egmont. Les confédérés devaient promettre, en recevant l’acte qui garantissait leur sûreté, d’aider de tout leur pouvoir à apaiser les troubles; de faire cesser le saccagement des églises, des cloîtres et des monastères; de châtier ceux qui avaient commis des sacrilèges ; de désarmer la populace ; d’empêcher que les prêches ne se fissent dans les lieux qui en avaient été exempts jusqu’alors et de se conformer en tout et partout îi ce qu’il plairait au roi de leur commander par l’avis et le consentement des États-Généraux. Les représentants des confédérés prirent cet engagement le 25 entre les mains des délégués de la régente dont les principaux étaient les trois seigneurs qui avaient conduit à bonne lin cette importante négociation.
Que se passa-t-il encore? On ne sait. Toujours est-il, cependant, que Louis de Nassau et ses collègues, soit qu’ils fussent mal informés, soit qu’ils voulussent achever la défaite de la régente, outrèrent les concessions qui leur avaient été faites. Pour calmer les religionnaires, ils leur promirent non seulement que les prêches seraient libres, mais encore qu’ils auraient le plein exercice du culte réformé (1).
Telle n’était point la portée des concessions arrachées à la régente. Jamais la sœur de Philippe II n’avait autorisé l’exercice de la religion protestante.
Les gouverneurs des provinces , les conseils provinciaux et les magistrats des villes furent informés officiellement, le 2(3, de l’accord fait avec les confédérés. En même temps, la régente leur adressa une ordonnance par laquelle l’Inquisition et les anciens placards étaient suspendus, mais qui prescrivait de faire
{1) Les mandataires de l’assemblée de SaintTrond à Bruxelles, Louis de Nassau, Bernard de Mérodc, Charles de Revcl, Beckerzeel, etc., adressèrent le î t août aux ministres et consistoires de Flandre une lettre qui contenait la déclaration suivante : « . . . Nous vous requérons de tenir le peuple en telle « modestie de s’abstenir de faire aulcunes foules et insolences afin qu’à la « venue des gentilshommes députés pour empescher les troubles apparents
• il y ail moyen de traiter avec vous pour obvier auxdits troubles. Vous
• donnant toute assurance que pour l'exercice de la religion aulcune moleste ne
• vous sera faite. » Procès MS. du comte d’Egmont, 1. 111. (Archives du royaume.)
LE COMTE d’f.GMONT ET LE COMTE DE ITORNES.
punition exemplaire des briseurs d’images, boute-feux, pillards et perturbateurs du repos public, sous peine de privation des privilèges pour ceux qui refuseraient de remplir leur devoir. Le même jour, le comte d’Egmont adressa au magistrat de Gand une exhortation pressante, en lui envoyant le "double de la décision prise par la régente sur la requête des gentilshommes. « Vous ne sauriez croire, disait-il , le grand regret que j’ai eu d’ouïr et de voir lés troubles de la Flandre. » Il espérait que la résolution prise par la régente y remédierait, et il enjoignait au magistrat de la faire publier immédiatement. Elle encouragerait « les bons » à continuer de s’acquitter de leurs devoirs « pour le service de Sa Majesté; » elle intimiderait « les mauvais » et les empêcherait de renouveler contre les églises leurs « exécrables » attentats ; et, s’ils avaient recours à la violence, il fallait employer la force contre eux et les traiter en « ennemis du repos public (1). » La même communication fut adressée aux autres villes de Flandre.
Le comte d’Egmont était entièrement d’accord avec le prince d'Orange pour condamner des excès qui devaient, s’ils n’étaient réprimés et flétris, porter une atteinte mortelle à la cause défendue jusqu’alors par l’élite de la noblesse des Pays-Bas. Déjà un grand nombre de personnes , naguère favorables à la liberté de conscience, se rejetaient du côté des catholiques exagérés (2). Le 23 août, le prince d’Orange, en informant, comme gouverneur delà Hollande, le magistrat de Harlem, du pillage des églises d’Anvers, s’élevait avec une remarquable énergie contre ces spoliations. Après les avoir flétries, il exhortait ceux de Harlem à employer tous leurs efforts pour prévenir de pareils excès dans leur cité (3).
Tandis que le comte d’Egmont et le prince d’Orange voulaient l’exécution loyale de l’accord conclu, sous leurs auspices, avec les députés des confédérés, la régente, humiliée et craignant le
(1) Rapport du magistrat de Gand. Pièces justificatives, p. 139..
(î) John FitzwiUiamsà W. Cecill, Anvers, 93 août 1366. (State PaperOITiec.) Bulletin de la commission royale d'hisloire, 3' série, 1. 1".
(3) Archives de Harlem. — Cette lettre du. prince était sans doute une circulaire adressée également aux autres villes de son gouvernement.