‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 94 sur 187 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mécontentement de Philippe II, cédait à son exaspération contre ceux dont elle avait suivi les conseils. Le 27 août, écrivant confidentiellement ü Philippe II, elle disait que, n’ayant pas le pouvoir de l’obliger, il restait le maître de révoquer, quand le temps serait venu, ce qu’elle avait accordé par contrainte. Elle accusait le comte d’Egmont, le prince d’Orange ainsi que les comtes de Hornés et d'Hoogstraeten de s’ètre déclarés, en paroles et en fait, contre Dieu et le roi. On l’avait assurée, disait-elle, que le dessein du prince d’Orange était de se rendre maître de l’État et de partager les villes avec les autres seigneurs. Elle prétendait aussi que le prince, de concert avec le comte d’Egmont, recrutait des cavaliers en Allemagne; que le comte s’était même déclaré ouvertement pour les gueux et que sa fille aînée était huguenote. S’appuyant sur des dénonciations calomnieuses de Noircarmes (cet homme faux et double, comme disait naguère le comte de Mansfeldt) , la régente informait encore Philippe que, le 26, les comtes de Hornes et d’Hoogstraeten, ainsi que deux représentants des confédérés, Beckerzeel et d’Esquerdes (I), avaient été en conférence avec le comte d’Egmont. Dans cette entrevue, le comte de Hornes et d’Esquerdes avaient opiné, prétendait-elle, pour que, dans les six jours, les confédérés et les sectaires fissent main basse sur tous les prêtres et les religieux du pays, si les nobles ligués n’obtenaient pas la satisfaction qu’ils exigeaient, ou si la force armée était mise à la disposition des trois seigneurs de l’autre parti, Mansfeldt, Arenberg et Berlaymont. On devait ensuite agir de même îi l’égard de tous ceux qui voudraient prendre la défense du roi (2).

Telles étaient les imputations mensongères ou exagérées, les dénonciations violentes par lesquelles Marguerite de Parme entretenait dans le cœur de Philippe II un ressentiment implacable contre les plus illustres seigneurs des Pays-Bas. Prêtant l’oreille à tous les bruits, confondant le fttux et le vrai, grossissant toutes les rumeurs, ajoutant foi à tous les rapports des

(1) Eustachc île Fiennes, seigneur d’Esqucrdes.

(4) Correspondance de Philippe 11, 1. 1", p. S32-i5î.

espions et aux propos plus perfides encore de ces nobles qu’animait contre le comte d'Egmont une basse jalousie ou une honteuse servilité, la sœur de Philippe II dépeignait comme des factieux et des traîtres ceux mêmes qui étaient le plus fermement dévoués h la grandeur et à la prospérité des Pays-Bas !

Fidèles à la convention qu’ils avaient acceptée, les confédérés, sans excepter Bréderode, s’empressaient de disperser et de chêtier les briseurs d’images. Beckerzeel , qui avait été un des signataires de cette transaction, se signala particulièrement par son énergie.

Jean Casenbroot, originaire de Bruges, avait acquis en 1561 la petite seigneurie de Beckerzeel , située à deux lieues de Bruxelles, entre cette ville et Gand. Très mal vu du parti espagnol, il s’attacha au comte d’Egmont dont il devint le secrétaire et le conseiller privé. Le comte le faisait asseoir à sa table et lui donnait 300 écus de gages par an (1). Il exerça bientôt une grande influence sur le vainqueur de Gravelines.

Après la conclusion de l’accord avec les représentants des confédérés, le gouverneur de la Flandre, vivement sollicité par le magistrat d’Audenarde de mettre un terme aux désordres qui affligeaient la commune, chargea Beckerzeel de négocier avec les chefs du consistoire. Ce gentilhomme avait signé le Compromis; mais il n’avait cessé d’affirmer au comte d'Egmont qu’il était bon catholique, et le comte ne s’était jamais aperçu du contraire (2). Il allait donner bientôt la preuve d’un zèle extraordinaire.

(1) Procès du comte d’Egmont, p. 265. — Histoire des environs de Bruxelles, par A. Wauters, 1. 1", p. 387. — Dans une lettre du 23 juillet 1365, adressée à GonçaloPerez, T. Armcuteros montrait toute son aversion pour Beckerzeel : • Je n'ai vu ici personne, disait-il, plus malicieux et plus double que ce Backerzeele : il prétend savoir tout ce qui se passe en Espagne et en Italie; 11 est très avide d’affaires, et il s’en mêle démesurément. C’est un homme de basse qualité : sa profession est plus d’un soldat que d'un bourgeois. 11 s'est marié à Matines, où il demeure, à une femme veuve et riche, qui fut mariée une première fois avec un bâtard du comte de Nassau, et une seconde avec îlaingoval. Le comte d’Egmont l’ayant chargé, pendant son absence, de traiter avec les étais de Flandre sur le fait des aides et sur d’autres objets, cela lui a donné de l'autorité. » Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 365.

(2) Procès du comte d'Egmont, p. 175.

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