CHAPITRE IX
I jGG.
io:
réforme. Ilaccorda aux calvinistes, aussi bien qu'aux luthériens, trois endroits « dans la ville » pour y faire leurs prêches et y exercer leur religion, à la condition expresse qu’ils respecteraient les églises et les monastères. Cet accord important fut conclu le 2 septembre. En l’envoyant à la régente, Guillaume exposa les raisons pour lesquelles il était préférable de laisser prêcher les dissidents dans la ville même. Leurs assemblées, disait-il, y seraient moins dangereuses qu'au dehors, où elles attiraient communément dix-huit ou vingt mille personnes et où elles auraient pu, comme on en avait reçu l’avertissement, se grossir de tous les vagabonds de la Flandre, désireux, sous prétexte de religion, de saccager la métropole commerciale des Pays-Bas.
Malgré ces raisons puissantes, Marguerite fut vivement émue en recevant l’acte du 2 septembre. L’avis du conseil d’Etat ayant été demandé, Viglius, Berlaymont et Hachicourt dirent que la régente ne pouvait approuver le prince d'Orange parce qu’il était hors des termes de l’accord du 23 août. De son côté, Mansfeldt recommanda de dissimuler. Le comte d’Egmont seul s’opposa vivement à un désaveu formel, qui pourrait avoir les plus graves inconvénients. Il croyait aussi que le prince d’Orange était hors des termes de l’accord; mais il rendait justice à ses bonnes intentions, déconseillait un désaveu qui n’était pas mérité et croyait que mieux valait exposer l’état des choses au roi et attendre sa décision (1). L’avis de Viglius prévalut, et l’accord du 2 septembre fut hautement désapprouvé par la régente.
Pour montrer son dévouement, le comte de Hornes s’était offert de suppléer ù Tournai son frère, le baron de Montigny, gouverneur de la ville et du Tournaisis. Cette offre avait été acceptée ù contre-cœur et par nécessité (2). La régente donna
(1) Aolwfes du conseil d'Élat ( S septembre 156Gj.
(2) Renon de France, MS., 1" partie, cliap. XXIII. — Le comte de Ilornes, dans la lettre qu’il adressa à son frère, le 10 octobre suivant, lui (U connaître en ces termes les motifs de sa résolution : «... Touchant vostre gouvernement « de Tournay, ayant entendu que le tout estoit en confusion, l'on advisa y * envoyer M. de Uachicourt pour y remedier : mais me semblant en conscience
196 LE COMTE D’EGMOfiT ET LE COMTE DE nORNES.
ostensiblement au comte de Hornes les pouvoirs les plus amples. Elle le chargea, au nom du roi, de veiller à la sûreté du château et de la ville de Tournai ; il devait prendre la direction de tout ce qui concernait le service du souverain. Jean du Chasteler, seigneur de Moulbais, lieutenant-gouverneur du château et du bailliage, et le seigneur de Beauvoir, chargé de conduire deux cents fantassins dans la forteresse, devaient être subordonnés au comte de Hornes. Mais, comme on le verra, ces deux officiers ne cessèrent d’agir d’après les instructions directes de la régente.
Le 30 août, vers le soir, le comte de Hornes arriva à Tournai. Les compagnies bourgeoises, enseignes déployées, étaient allées à sa rencontre, ainsi qu’un grand nombre de gentilshommes et de riches marchands. Ce fut avec ce cortège et sans aucune autre escorte que le comte entra dans la ville, bien accueilli par le peuple, qui le saluait du cri de : « Vive le roy et les gueulx. »
Les réformés dominaient alors dans Tournai dont ils formaient les cinq sixièmes de la population. Les prêches se faisaient dans l’enceinte intérieure et jusque dans les églises paroissiales qui avaient été dépouillées des emblèmes du catholicisme. Un riche marchand calviniste, de la rue Saint-Martin, Jean Says, hébergea le délégué de la régente (1). Celui-ci n’avait pas voulu descendre au château , afin de se concilier la confiance du peuple qu’il venait apaiser. Les seigneurs d’Esquerdes et de Villers, députés des confédérés, se logèrent en face de la maison occupée par le comte, afin de pouvoir communiquer plus facilement avec lui.
Cet arrangement déplut beaucoup au magistrat qui poursuivait avant tout la restauration intégrale de l’ancien culte. Il lui
« n’estre scigneurpourtraicler telle affaire : et aussi ayant regard combien il « vous importoit que cesto place ne se perdist , combien que vous en estiez
• à vostre partement assez descbargé, me résolus néanmoins m'offrir y
* aller... » Supplément aux guerres civiles de Flandre, t. II, p. 48.
(1) L’hôte du comte de Hornes eut egalement un triste sort : il fut .exécuté, comme calviniste et conspirateur, sur la place de Yilvorde le Î9 décembre 1SG8.