CHAPITRE l
semblait que s’il avait été logé chez un catholique, le représentant de la régente eût été moins exposé à subir l’influence des partisans de la réforme et ceux-ci ne seraient pas arrivés si aisément à leur but. Tandis que les calvinistes désiraient que les prêches et l’exercice de leur religion fussent tolérés dans la ville même , une fraction du corps municipal, s’il avait pu faire prévaloir sa volonté, eût repoussé loin de l’enceinte de Tournai toutes les assemblées des religionnaires (1).
Le soir, le magistrat invita le comte de Hornes à souper avec plusieurs seigneurs et gentilshommes. Ce banquet eut lieu à la Halle, dans la chambre de torture, la nouvelle salle servant de dépôt aux ornements de l’église de Notre-Dame, qui y avaient été portés après le saccageaient.
Pendant le souper, le comte de Hornes montra assez joyeuse contenance, devisant gaiement avec d’Esquerdes et de Villers, représentants des confédérés. Il promit de ne pas quitter la ville avant l’apaisement des troubles; il témoigna, par ses paroles, une grande affection pour Tournai et pour son peuple, qu’il prétendait avoir trouvé plus modéré et plus doux qu’on ne le disait û la cour, où l’on se faisait une très fausse idée de l’état de la ville (2).
Le lendemain, 31 août, le comte de Hornes se trouva de nouveau à la Halle avec d’Esquerdes et de Villers, et, en la présence des consaux de Tournai et des conseillers du bailliage, il communiqua la commission qu’il tenait de la régente. Cédant à la demande qui lui fut faite par les consaux et voulant ôter au peuple tout prétexte de défiance, il se montra disposé ù faire sortir du château Beauvoir qui y était entré la nuit précédente avec ses hommes d’armes. Il demanderait en outre au seigneur de Moulbais, qui occupait la forteresse comme lieutenantgouverneur, de ne rien entreprendre contre la ville. C’était,
(1) Mémoires de Pasquier de Le Barre, publiés par M. Pinchart, t. 1", p. 149-150. Pasquier de Le Barre tut témoin des événements qu'il raconte.
(î) Ibid., 1. 1", p. 151.
LF. COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE MOI! NES.
du resté, à cette condition que le peuple offrait de déposer les armes (1).
Il ne faut pas perdre de vue que les réformés étaient alors dominants dans Tournai dont ils formaient les cinq sixièmes de la population. Ils s’étaient déjà habitués à faire leurs prêches dans l’intérieur de la ville et jusque dans les églises. C’est ainsi que, le 1 er septembre, le prêche se fit le matin dans les temples de Saint-Jacques et de Saint -Brixlie, et, après le dîner, au monastère de Saint-Nicaise. Or, la régente avait expressément enjoint au comte de Hornes d’empêcher les prêches dans l’intérieur de Tournai. Le 1 er septembre, ayant de nouveau assemblé les consaux et les officiers du bailliage en sa présence, le comte leur notifia les ordres de la régente. Il ajouta toutefois que, avant de faire une publication sur ce sujet, il désirait connaître l’opinion des représentants de la ville et du bailliage. Il leur demanda en conséquence s’ils trouvaient bon que l’on continuât à tenir les prêches dans la ville plutôt que hors des murs. t
Le lendemain, les consaux et les officiers du bailliage émirent l’avis qu’il leur semblait tout à fait préférable de continuer provisoirement les prêches dans la ville et non au dehors, pourvu qu’ils se fissent dans des lieux isolés et voisins des portes (2).
Le 3, les consaux présidèrent à la publication solennelle de l’accord intervenu entre la régente des Pays-Bas et les gentilshommes confédérés. Ils firent ensuite donner lecture de l’or- ' donnance suivante : « L’on vous fait savoir par haut et « puissant seigneur, messire Philippe de Montmorency, comte « de Hornes, amiral de la mer, chevalier de l’Ordre, etc., com- « missaire député de par S. M. et S. A., avec les seigneurs « d’Esquerdes et de Villers, ici présents, pour la pacification « des troubles naguère advenus en cette ville, et au nom de
(1) Mémoires de Pasquicr de Le Barre, 1. 1”, p. 159. Voir aussi Registres des consaux de Tournai/, publiés par M. (tachant dans les Bulletins de la Commission royale d'histoire, t. XI , i’ partie. — Les consaux étaient ta réunion des divers collèges ou conseils dont se composait le magistrat de Tournai.
(2) Registres des consaux. — Mémoires de Pasquicr de Le Barre, 1. 1", p. 155.