CHAPITRE IX. — 15CG
telle était la concession qui seule pouvait, selon le comte, satisfaire le peuple et lui arracher en quelque sorte les armes des mains. Il alléguait d’ailleurs que, ayant l'accord conclu avec les gentilshommes confédérés, les prêches se faisaient dans la ville et dans les églises mêmes, tandis que les religionnaires se contenteraient maintenant d’un lieu profane et qu’il désignerait.
Mais la régente s’opposait absolument à ce que. les prêches se fissent dans l’enceinte de la ville. Elle rappelait que naguère les sectaires de Tournai se seraient tenus pour satisfaits, si on leur avait accordé l’autorisation d’élever à leurs dépens un édifice hors des portes. Le comte pouvait donner cette permission ; mais il devait déclarer expressément que la régente n’accorderait pas autre chose que ce qui était stipulé dans l’accord conclu avec les gentilshommes confédérés. Elle blâmait aussi, avec assez d’amertume, son représentant d’avoir consenti à figurer, avec les seigneurs d’Esquerdes et de Villers, dans les proclamations qui avaient été faites. Très sensible aux reproches de la régente, le comte la pria de ne point le condamner sans l’entendre. Du reste, il représenta de nouveau que, malgré tous ses efforts, le peuple ne voulait se contenter d’une place hors de la ville pour y assister aux prêches. Il faisait remarquer en outre que la situation était bien changée depuis le commencement du mois d’août. Il allait plus loin encore. « Si passé six mois, disait-il h la régente, vous aviez « aboli l’Inquisition et supprimé les placards, et si on n’avait « recherché personne pour le fait de la religion, les sectaires « eussent été contents de ne jamais faire des prêches ou exer- « cice public de leur culte dans les pays de S. M. » II ajoutait que si ceux qui entouraient la régente se trouvaient à Tournai, ils ne blâmeraient pas autant les actions d’un gentilhomme loyal et fidèle (1).
Cette lettre attestait une assez vive irritation. Le comte de Hornes chargea en outre Beauvoir, qui se rendait à Bruxelles,
(1) Lettres du" comte de Hornes du 5, du 6 et du 8 septembre, et dc'pêche de la duchesse de Parme du 7, dans le Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 377-409. — Voir aussi Déduction de t innocence, etc., p. 336 et suiv.
LF. COMTE d’EGMONY ET LE COMTE DE HOUNES.
de remettre h la régente un mémoire et de nouvelles dépêches pour appuyer encore la demande tendante à autoriser les prêches dans la ville. Sollicitant l’intervention de Viglius, il lui disait que la conservation du pays dépendait de la décision qui serait prise (1).
Le comte voulait avant tout faire cesser les troubles; mais il n’entendait nullement devenir le protecteur des iconoclastes. Il fut averti que quelques religionnaires de Saint-Amand se proposaient, avec l’aide de la populace de Valenciennes, de saccager l’abbaye, par haine du cardinal de Granvelle, à qui elle appartenait. Aussitôt il manda à la régente qu’il se rendrait le lendemain à Saint-Amand. On savait généralement qu’il n’était pas ami du cardinal; c’était une raison, selon lui, pour qu’il protégeât cette abbaye avec plus d’énergie encore que si elle avait été sa propriété. Mais il avait comme le pressentiment que le parti espagnol ne lui saurait aucun gré de sa conduite loyale. « Je voudrais pour ma part, ajoutait-il, être « assiégé du Turc, en quelque place, pour y pouvoir faire ser- « vice à la chrétienté, plutôt que d’être employé aux affaires où « je suis présentement; sachant que, quoique je fasse tout ce « que je puis faire humainement, cela me sera imputé à faute. « Car il y a bien de la différence d’être dans un lieu ou d’en « entendre parler (2). »
(1) Il faut citer un extrait : « ... Je m’aperçois assez par ce que S. A. m’es- « cript qu’EUe a opinion que pourroyc faire meilleur debvoir. Vous asscurant « en foy de gentilhomme que j’ay faict tout ce qu'il est possible, gaignant « tous ceux que je puis, afïin de parvenir à l’intention cl commandement de « S. A., mesme menaçant les principaux, en cas ils ne induisent ce peuple : « mais les affaires sont en tels termes que c’est une confusion. Et au premier « bruict tout se esmeut, et ne fust ma présence ici, je crois qu’il y fussent « advenues grosses esmotions. Ce que je désire empeschcr autant que je puis « et ayme mieux avoir un petit mauvais gré, que non pas à mon escient « perdre le pais. Car je suis seur, se troublant ceste ville et Valenciennes , « avecque l’intelligence qu’ont les sectaires par toute la Flandre que le pais « est perdu. El se vueillant S. A. accommoder un peu, me semble se pourra « le’.tout conserver... » Supplément aux guerres civiles, t. II, p* 415.
(2) Lecomte de Hornes à la régente, 10 septembre 1566, dans le Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 411.