‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 98 sur 187 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

« messieurs les consaux d’icelle, du lieutenant du bailli, des « conseillers et officiers de S. M. constitués en ladite ville et « pays, que, jusqu’à disposition ultérieure, il sera loisible à « tous manants et habitants de se trouver aux prêches qui se « font par les ministres de la religion nouvelle, aux lieux et « places que le comte désignera. Pareillement il sera loisible « à tous et chacun desdits manants de pratiquer librement et « ouvertement la religion catholique ancienne et nouvelle, que « S. M. entend devoir être maintenue et gardée en ces pays. « Défense très expresse est faite à tous, tant ceux de la reli- « gion nouvelle qu’aux autres qui suivent la religion catho- « lique et romaine, de s’injurier de fait ou de parole ou « d’entraver l’exercice de leur culte. Chacun doit jouir paisi- « blement de la liberté et de la tolérance que S. M. a permise. « Les transgresseurs sont passibles de la peine de confiscation « de corps et de biens (1). »

Une autre ordonnance, publiée le lendemain par ordre du comte de Homes et des consaux, enjoignait de déposer entre les mains du procureur -général de la ville ou d’un autre membre du magistrat tous les objets qui auraient été dérobés aux églises, monastères, cloîtres et hôpitaux; les transgresseurs seraient traités comme larrons et sacrilèges, et comme tels pendus et étranglés au gibet sur le grand marché de la Aille (2).

Ces mesures répressives ne faisaient point disparaître la principale difficulté. Tandis que la régente voulait absolument que la ville fût débarrassée des prêches, les réformés refusaient d’être subordonnés aux catholiques. Le 4 septembre, les consaux reçurent deux requêtes, l’une émanant des ministres et consistoires, l’autre des marchands, et toutes deux tendaient à obtenir la continuation des prêches non seulement dans la ville, mais encore dans les églises (3). Cette prétention avait été repoussée de nouveau , et avec la plus grande énergie,

(1) Mémoires de Pasquicr de Le Barre, t. 1", p. 166.

(î) Ibid., t. I", p. 168.

(3) Registres des consaux.

par la régente dans une lettre adressée la veille au comte de Hornes. Elle ne voulait point accorder aux réformés les deux églises qu’ils avaient déjà demandées par l’entremise du comte (1). Dans une autre dépêche, qui portait la date du 4, elle insistait pour que le désarmement s’effectuât sans plus de retard et pour que le culte catholique fût rétabli dans toutes les églises. Elle déclarait aussi que, quoiqu’il pût advenir, elle était décidée à ne point sortir des termes de l’accord conclu avec les confédérés. Enfin, dissimulant mal son mécontentement, elle priait le comte de Hornes de hâter son retour, sous prétexte que le départ du comte d’Egmont pour son gouvernement de Flandre la laisserait seule (2). Mais le comte d’Egmont, à l’instante prière de la régente, différa son départ afin de participer aux délibérations du conseil d’Etat sur les dernières lettres de son collègue (3).

Le comte de Hornes se débattait en vain contre des difficultés toujours croissantes., Lui, homme d’épée, ne pouvait, disait-il, remplir l’office de théologien ou de juriste. Aussi mandait-il à Viglius qu’il eût mieux aimé qu’il ne fût besoin d'admettre des prêches quelconques. Mais puisque force était de les tolérer, il voulait y introduire quelque ordre. « Je désire, par tous moyens, ajoutait-il, conserver notre sainte foi catholique (4). » Ces moyens consistaient, pour le comte de Hornes et pour la majorité des consaux, dans une transaction. Restituer toutes les églises aux catholiques, mais permettre aux calvinistes de tenir leurs réunions dans l’enceinte de la ville :

(1) Marguerite s’exprimait en ces termes : «... Je m’esbahis quecestecom- « munc est si insolente que (t’oser demander cela, chose si desraisonnable et « répugnante à l’honneur de Dieu, que des temples dédiés à Dieu, et pour « l’exercice de la religion ancienne et catholique , ils les veuillent profaner « à tels œuvres illicites, ne se contentant de ce que j'ay avec si grand regret « accordé à ces gentilshommes. Pourquoy, je vous prie leur dire bien expres- « sèment, qu’ils ne s’abusent en rien, et que je ne leur veulx ny puis accor- « dcr... » Supplément aux guerres civiles, etc., t. II, p. 377.

(2) Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 381.

(3) Viglius au comte de Homes, 5 septembre 18GG. Ibid., t. II, p. 392.

(4) Supplément aux guerres civiles, t. Il, p. 390.

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