LA FÉODALITÉ BARROISE ESSAI D'UNE LISTE DES VASSAUX
1. Les plus anciens vassaux du comté de Bar. — 2. Les vassaux de la châtellenie de Bar. — 3. Les vassaux du Bassigny. — 4. Les vassaux des châtellenies de Saint-Mihiel, Mousson, du nord du comté et de l’Argonne.
1. — Du x° au xu° siècles, nous assistons dans le Barrois comme partout ailleurs au développement du système féodal. La nécessité pour le souverain d’avoir à sa disposition des hommes d'armes pour défendre son territoire et auxquels en rémunération de leurs services, il donne une partie de ses domaines; d'autre part le besoin qu'éprouvent les petits possesseurs de terre de se mettre sous la protection d’un seigneur puissant : telles sont d'un mot les origines du système féodal.
Il n’est pas facile de distinguer les vassaux auxquels le comte a inféodé des terres de ceux qui sont devenus volontairement ses protégés. Aux premiers s'applique uniquement sans doute le nom de « casati », mais les uns et les autres, obligés au service militaire, sont qualifiés tantôt de « fideles », tantôt de € milites », € ingenui milites » (1), « viri militares » (2).
Les plus connus de ces chevaliers chasés furent du temps
(1) A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, passim, notamment n° 146 et p. 184.
(2) A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 90.
de Sophie et de ses deux premiers successeurs : Isembard, souvent nommé entre 1068 et 1117 etses deux fils Raoul et Isembard, puis Beroald qui vivait dans le même temps, Gautier, frère de Lietard et Gérard, fils de Lietard, Hugue et son fils Raoul, Rigaud et son fils Faucon, Angelbert et son fils Guéry (1, Richer et son frère Hecelin et Philippe, fils d'Hecelin (2), les trois Harouin dont nous avons déjà fait mention et dont l’un mari d'Heriburge donna à l’abbaye de Saint-Mihiel quelques biens à Gironville (S), Bernaicre € vir militaris » du château de Mousson qui donne en 1145 à la même abbaye un alleu considérable à Creüe (4) consistant en forêts, prés, moulins, serfs et serves et une manse à Haumont-les-Lachaussée (4, une vingtaine d’autres enfin cités une fois ou deux. Plusieurs de ces nobles : Thiébaut, Guéry, Anchier, Erlebaud, Infroy connus, soit comme « casati sancti Michaëlis » 6), soit comme « de familia sancti Michaëlis » (5) sont proposés en 1090 comme « custodes » du castrum de Saint-Mihiel (9.
Les vassaux ne tardent pas à ajouter le nom de leur fief à leur propre nom; à partir de la fin du xr‘ siècle, il devient facile de les suivre. Les principaux de ces vassaux sont les possesseurs de châteaux. Outre les castra qui appartiennent” en propre au comte et dont les gardiens sont eux-mêmes d'importants vassaux ($), il en existe un certain nombre qui ont été édifiés par les fidèles au cours des x1°, xr1° et xrIr° siècles. Avec l’état de guerre continuelle qui caractérise la société féodale, tout possesseur de fief veut avoir son chà-
(1) A. Lesort, op. cit., p. 139, 148, 174, 181, 184, 231, 237, 310 entre les dates extrêmes de 1050 et 1145.
(2) A. Lesort, op. cit., p. 184, 218 et 262.
(3) Meuse, arrondissement et canton de Commercy. A. Lesort, ODAICItes p. 142-144.
4) Meuse, Commercy, Vigneulles. A. Lesort, op. cit., n° 45. 5) A. Lesort, op. cit., n° 46.
6) A. Lesort, op. cit., n° 37: « Fideles vero sancti Michaëlis », et n° 50. 7) A. Lesort, op. cit., n° 47. à 8) Cf. plus haut, p. 548 et sq.
teau. Le morcellement des fiefs dû aux inféodations de plus en plus nombreuses du souverain et de ses principaux vassaux multiplie les châteaux. Le Barrois n'échappe pas à cette loi du morcellement des fiefs et partant de la multiplicité des châteaux. Du moins le comte, sans la permission duquel aucune construction de castrum n’est possible, reste toujours maître d'imposer sa volonté à leurs possesseurs. Nous allons rapidement indiquer les principaux de ces vassaux en suivant autant que possible l’ordre géographique des châtellenies principales où ces vassaux doivent la garde : Bar, la Mothe ou Bourmont, Saint-Mihiel, Mousson ou Toulon, Briey, Longwy; Stenay, Dun, Arrancy, Clermont. 2. — Le Barrois. Le château de Relrain défendait la frontière du comté contre l'évêché de Verdun. Son origine est inconnue, peut-être remonte-t-il au temps des ducs de Mosellane. Dans la confirmation des biens de Saint-Maxe, un certain chevalier Roger a donné à la collégiale pour lui et ses prédécesseurs quelques biens « super amnem Mosam in villa Rimaco nominata », mot que Dom Calmet traduit par Belrain (1). En 1022 donc, Belrain serait un fief depuis plusieurs générations déjà, seulement l'identification de Rimaco avec Belrain reste d'autant plus douteuse que Belrain est à quatre lieues des rives de la Meuse et dans le bassin de la Seine. Le premier seigneur connu est Guéry qui paraît en 1076 (et qui assiste les comtes de Bar dans tous leurs actes jusqu'à 1117 (3). Il a un frère Liétard (# et trois fils Baudouin, Elie et Faucon 6). Elie fut le premier capitaine — sorte de connétable — dans les guerres de Renaut I‘ contre Verdun (6). Faucon paraît jusqu’en 1166 (7. Il semble avoir
) Charte plusieurs fois citée, Dom Calmet, I, p. 399. ) A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 37.
) En 1117, Guéry et son fils Baudouin, Dom Calmet, IT, 264. ) A. Lesort, op. cit., n° 41 : « Guiricus de Belram et Lyethardus frater ejus ».
(5) À. Lesort, op. cit., p. 231 et 2835.
{6) Laurent de Liége, SS. X, p. 509-510.
(7) A. M. H., Lisle-en-Barrois, Cartulaire, fo 633.
M. Grosoinier DE Marons. 36
eu trois enfants, Thierry (1, Guéry et Hugue frère de Guéry qui fut moine à l’abbaye de Saint-Mihiel 2). Dans la première moitié du xm° siècle apparaissent Baudoin de Belrain (8), Guillaume (#, frère de Baudouin de Sal-
magne (), Etienne de Belrain époux d’Alaide (5), dans la seconde moitié du xrm° siècle, Poince de Belrain époux d'Emmeline (M, Savary (8), Guillaume entre 1275 et 1282 (), Roland père de Jean de Bullainville 10).La maison de Belrain était vassale des comtes de Champagne pour Farémont (1), pour Pierrefitte et des rentes sur les foires de Bar-sur-Aube : Guéry (2), son frère (3%) et son fils Guillaume (1# rendirent successivement l'hommage. Elle était également vassale des évêques de Toul (15), En 1277 Savary produisit au comte de Bar un dénombrement des biens qui relevaient de celui-ei (6) c’est-à-dire Belrain (17), Ville (17), Levoncourt (17). Lignères (17), Pierrefitte (7), Nicey (17), Thillombois (1), Neuville (17), Longchamp (7), Rupt (17), Érize-la-Brûlée (18), Seigneulles (15), Rosnes (8), Rumont (18, Condé (US), Vassincourt (18), en partie Saint-Hilaire (1), Dagonville (2), Triconville (20),
() Labourasse, L'abbaye de Jeandheurs, n° 7 en 1154.
(2) Labourasse, op. cit., n° 9.
(3) Octobre 1221. A. M. H., Saint-Mihiel, J ?, fo 283.
(4) Juin 1229 augmente de trois mois la garde qu'il doit à Bar, B.-N- fr. 11853, 91.
(5) A. Jacob, Cart. de Sainte-Hoïlde, p. 91, 93, 100.
(6) Delaborde, Les sires de Joinville, Cat. d'actes, n° 367.
(7) À. Jacob, op. cit., n°s 36, 61.
(8) B. N., fr. 11853, f° 108. Cf. plus loin, note 16.
(9) B. N., fr. 11853, f° 108. N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 226.
(10) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n°S 83, 85.
(11) Commune de Thiéblemont, chef-lieu de canton, arrondissement de Vitry-le-François, Marne.
(12) A. Longnon, Documents. fiefs, t. 1, n° 2232.
(13) A. Longnon, op. cit., n° 2221:
(14) Bibl. Bar-le-Duc, Fonds Servais, Carton, année 1227 juin.”
(15) Pour Aulnois et Pagny-sur-Meuse. Cf. plus haut, p. 250.
(16) Octobre 1277. B. N., fr. 11853, f° 108.
(17) Meuse, Commercy, Pierrefitte.
(18) Meuse, Bar-le-Duc, Vavincourt.
(19) Commune de Lonchamp.
(20) Meuse, arrondissement et canton de Commercy.
Loisey (1), Culey (1), Salmagne (1), divers biens à Savonnières (2) et Véel () et les dimes de Loxéville (3), Il devait à Bar d'abord six mois et un demi jour de garde, puis un an et un jour. Les seigneurs de Belrain et ceux de Salmagne étaient parents et leurs maisons finissent par se fondre l’une dans l’autre au début du xrrr° siècle, Nous connaissons au xn° siècle, Guéry de Salmagne qui vivait en 1102 et qui eut pour fils Thiébaut, Gauthier (4) et Richer 5) Thiébaut pour le repos de l’âme de ces ancêtres donne en 1163 son alleu de Rumont(6) à l’abbaye de Saint- Mihiel ().
Le château de Louppy ne semble pas remonter au delà du xu° siècle. Liétard de Louppy donna avant 1163, avec le consentement de sa femme, de ses fils et de ses filles divers biens à l’abbaye de Jeandheurs (8. Sa famille dut s’éteindre à la fin du siècle. Au début du xnir° siècle apparaît le fondateur de la maison de Louppy, Geoffroy. Geoffroy était fils de ce Geoffroy de Vienne qui assista avec le comte de Bar, en 1178, à la diète de l'Empereur Frédéric à Besançon (‘). Le premier acte où paraît. Geoffroy de Louppy est la confirmation de mai 1209 d’une donation de son père(10), En maï 1219, il donne à l'abbaye de Lisle les dimes de Louppy (1). Déjà vassal du comte de Grandpré, peut-être du chef de sa mère Mahaut, il entra dans l’hommage- du comte de Champagne pour le péage de Cuperly (t? en juillet 1223 (13), hom-
(1) Meuse, Bar-le-Duc, Ligny.
(2) Meuse, arrondissement et canton de Bar-le-Duc. (3) Meuse, arrondissement et canton de Commercy. (4) Labourasse, L'abbaye de Jeandheurs, passim. Labourasse, L'abbaye de Jeandheurs, n° 13.
Meuse, Bar-le-Duc, Vavincourt.
7) A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 103.
Labourasse, op. cit., n° 12 et 16.
) Cf. plus haut, p. 193.
10) À. M. H. Lisle-en-Barrois, Cart. Louppy.
11) A. M. H. Lisle.en-Barrois, Cart. Louppy.
12) Marne, Châlons, Suippes.
13) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comies de Champagne, Cat.,
mage qu'il renouvela à deux reprises en juin 1226 (f eten mai 1231 (1). Dans ce dernier acte toutefois, il déclare qu'il est homme lige du comte de Bar avant tous autres, mais que s'il a plusieurs enfants, le second sera lige du comte de Champagne avant tous. Avant 1227, il obtint la charge fort importante de maréchal de Champagne, charge qu'il conserva jusqu'à sa mort (?). Il eut quelques difficultés avec son principal suzerain le comte de Bar, à propos de l'entrecours des hommes de Louppy et de Villotte. Ces difficultés furent réglées en juin 1238 par l'intermédiaire du châtelain de Mousson, du prévôt de Bar Jean de Briey et de Geoffroy de Nonsard ®. Geoffroy fit de nombreuses donations à l'abbaye de Sainte-Hoïlde, au prieuré de Dieu-en-Souvienne et au prieuré de Louppy. Il était mort avant 1246. Sa femme Alix fonda l'hôpital de Louppy. Geoffroy eut deux fils et une fille. L'aîné Raoul contesta en 1246 aux religieux de Lisleen-Barrois le droit de faire paître les bestiaux dans les pâturages de Louppy et de Villotte, le comte de Bar, appelé comme arbitre, lui donna tort (#). Le second fils de Geoffroy se nommait Ferry, il-était en 1260 seigneur de Jocelin dans le comté de Grandpré. Leur sœur s'appelait Mahaut, nous ne savons ce qu'elle devint; il semble qu’elle ait épousé Gaucher, châtelain de Bar. Raoul était mort avant 1267. De sa femme Ysabeau, il eut Geoffroy II qui approuva la fondation par sa grand'mère de l'hôpital de Louppy en 12710) et en janvier 1266 une donation d'Adam de Ville-sur-Saulx à l'abbaye de Trois-Fontaines. Il avait une sœur Alix (6. À Geof-
\ (1) D'Arbois, Cat. cit., n° 2124. Chantereau-Lefebvre, Traité des fiefs,