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CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

LES DUCS DE MOSELLANE, Comtes de Bar.

1. Le règne de Ferry Ie" (959-978). — 2. Le règne de Thierry Ie (978-1027). — 3. Le règne de Ferry II (1027-1033). -

1. — Le premier comte de Bar fut Ferry, dont l’Archevêque de Cologne, duc de Lotharingie, Brunon, fit un duc de Mosellane ou de Haute-Lorraine en 959. D'où venait Ferry? Nous savons, sans doute aucun, qu'il était frère d'Adalbéron I‘, évêque de Metz 2). Nous savons d'autre pañt que les parents d'Adalbéron étaient Voiry et Cunégonde à). Voiry fut comte de Bidgau, puis comte du palais sous Charles le Simple (4. Quant à Cunégonde, M. Parisot émet l'hypothèse qu'elle pourrait être la fille d'Ermentrude, fille elle-même de Louis le Bègue et sœur de Charles le Simple P:. L'hypothèse de M. Parisot est d'autant plus vraisemblable qu'elle semble étayée sur plusieurs textes.

(1) Comme nous l'avons indiqué dans notre Introduction ce chapitre a été composé d’après le livre de M. R. Parisot, complété par Vanderkindère, Histoire de la formation des principautés belges au moyen äge, Bruxelles, 1902-1903, 2 vol., in-8°.

(2) Sigebert de Gembloux, Vita Vicberti, SS. VIII, p. 511; — Constantin Vita Alberonis II, SS. IV, p. 659, — Diplomata R. et I, Ger. I, p. 289 (Diplôme d'Otton Ie’ pour Saint-Pierre de Metz, 3 juin 960).

(3) Cartulaire de Saint-Lambert, I, n° XI, p. 6.

(4) R. Parisot, op. cit., p. 433, n° 1 et p. 580 et 604.

(5) R. Parisot, op. cit. p 284.

Ferry était donc le fils du comte Voiry et de Cunégondet), le neveu de Charles le Simple et l'arrière petit-fils de Louis le Bègue. À part Adalbéron, il eut plusieurs autres frères : Gozlin, comte d’un pagus dans l’Ardenne (), époux de Uda et père de Godefroy l'Ancien, comte du Metinghowe, du Hainaut et du Verdunois &), de Henri et d’Adalbéron, archevêque de Reims (4. et de Regnier, comte de Bastogne 6).

Le troisième frère de Ferry s'appelait Gilbert, il était comte d'un pagus de l’Ardenne (6) et époux d’Avoie(T). Ferry eut aussi une sœur Liutgarde (°), épouse d'Albert, puis de Eberard sur le compte de laquelle les historiens ne sont pas d’accord (*). Ferry eut également pour frère Sigefroy, premier comte de Luxembourg, mais comme Cunégonde fut mariée deux fois, à Voiry d’abord, puis à Ricuin, comte de Ver-

(1) De Maillet, Essai chronologique sur l'Hist. du Barrois, p. 7, lui donne pour père Otton, fils de Ricuin et ce d’après Wassebourget Rozieres suivis par Blondel, Brower et Masen. Le P. Benoit Picart, Origines de la Très illustre Maison de Lorraine, p. 46, indique Richizon. A. Duchesne, Hist. de la Maison de Bar, p. 2 et 4 ne se prononce pas sur les parents de Ferry.

(2) Vita Johannis Gorziensis, C. 99, SS. IV, p. 365. Urkundenbuch Mittelrheinischen Territorien I, n° 179 (Charte de Uda, veuve de Gozlin).

(3) Vanderkindère, Hist. de la formation ter. des principautés belges, IT, passim, surtout p. 22-31, 62-79.

(4) Zbidem, I, p. 234-235.

(5) Urkundenbuch Mittelrheinischen Terr., I, n° 212, p. 272. (6) Zbidem. I, n° 211, p. 271.

(7) À. d'Herbomez, Cartulaire de Gorze, n° 98.

(8) Urkundenbuch Mittelrheinischen, Terr. I, n° 206, p. 266.

(9) Dans le « De prima Domo », M. R. Parisot faisait d'Albert le premier mari de Liutgarde le comte de Metz de ce nom. Cette opinion a été combattue par M. Ch. Pfister, Ann. de l'Est, 1899, p. 191, et E. Martin, Hist. des diocèses de Toul, Nancy et Saint-Dié, I, p. 895. Dans les Origines de la Haute-Lorraine, p.291 et planche généalogique, p. 15, M. Parisot dit « ne pouvant indiquer tous les systèmes généalogiques dont les mariages de Liutgarde ont fourni la base, nous avons pris le parti de n’en indiquer aucun ». L'opinion émise dans le « De prima Domo » était d’ailleurs celle de Vanderkindere op. cit., p. 329, 350, 352, 360. Quant à Eberard on peut hésiter entre l’un des comtes du Nordgau ou le duc de Bavière dépossédé en 938 (R. Parisot, op. cit., p. 291).

dun ‘, il n'est pas possible de dire si Sigefroy est le fils de Voiry ou de Ricuin &).

Ferry naquit sans doute au début du x° siècle, il est mentionné pour la première fois en 942 dans la charte de son frère l'évêque de Metz pour l’abbaye de Saint-Arnoul (3), et l’année suivante dans celle de Uda, veuve de Gozlin pour Saint-Maximin de Trèves (#. On perd ensuite sa trace jusqu'au jour où il fut fiancé en 951 à Béatrice, fille de Hugues le Grand, due de France, et d’Avoie 6). L'année suivante, Ferry s'établit pour la première fois dans le Barrois qui appartenait alors au Roi de France — Otton I* l'avait en effet cédé en 942 à Louis d'Outremer (6. — Ferry y construisit un castrum à Fains (7). On s’est demandé quel intérêt avait Ferry à établir ce castrum sur une terre appartenant au roi de France, en dehors de l'Empire. M. Parisot suppose que peut-être Ferry l’a fait pour soutenir son futur beau-père, Hugues le Grand alors en litige avec le roi @).

() Vita Johannis Gorziensis, SS. IV p. 367 et 368, — R. Parisot, op. cit,

‘ (2) Ferry eut peut-être d’autres frères : Sigebert qui semble se confondre avec Sigefroy et Henri connu par un doeument faux. Sur les controverses de cette question, Cf. R. Parisot, op., cit. p. 283-286 et p. 289-290.

(3) Dom Calmet, I, pr., p. 350.

(4) Urkundenbuch Mittelrheinischen Terr. I. n° 179, p. 241.

(5) Flodoard, ann. 951.

(6) R. Parisot Ann. de l'Est, 2e année, 1906, p. 88 et 89.

(7) Meuse, arrondissement et canton de Bar-le-Duc; Cf. R. Parisot; Les Origines de la Haute-Lorraine, p. 144, 215, 293 et sq., 449 et en particulier p. 293 les opinions émises au sujet de l'identification de Fains dont le nom avait été lu Banis au lieu de Fanis. Conring De finibus Imp. Germanici, p. 38-44; — Leibnitz, Ann. Imp. Occ., IL, p, 601-608; Ernst, Dissertation sur la Maison Royale des Comtes d'Ardenne, p. 249 ont bien vu Fains; Chifflet, Commentarius Lothariensis, p. 2 y voit Bagneux, près Paris; A. du Chesne, Hist. de la Maison de Bar, p. D Blondel, Barrum Francico Campanum, p. 6; Brower et Masen, Ant. et Ann. Trevirenses, 1, p. 465 voient dans Banis : Bar-le-Duc; P. B. Picard, La vie de Saint Gérard, p. 304:308, y voit également Fains. Quant à Dom Calmet son opinion a varié. Cf. R. Parisot, op. cit., p'299°

(8) R. Parisot, op. cit., p. 294.

C’est possible; mais il semble que, pour se risquer ainsi, Ferry devait posséder des biens dans les environs de ce castrum.

Peut-êtrecommel’a insinué — sans d’ailleurs rien affirmer -— M. Parisot, était-il avoué de l’abbaye de Saint-Mihiel dès cette époque (1). C’est peu probable. Peut-être était-il comte d'un ou plusieurs pagi sur la frontière de l'Empire, car, Flodoard le qualifie de Comte en 951 @). M. Parisot croit plutôt que Ferry avait recu de son frère la charge de Comte de Metz %). Quoiqu'il en soit, Louis d'Outremer protesta et Ferry cité à comparaître devant Otton dût sans doute démolir le château et dédommager le roi de France (#).

Le mariage de Béatrice et de Ferry eût lieu en 954. « C'était, dit M. Parisot, un beau mariage que faisait là Frédéric. Béatrice avait pour père Hugues le Grand, duc de France, le premier personnage du royaume après le roi; Avoie, mère de Béatrice était sœur d'Otton le Grand et de Brunon, archevêque de Cologne (5). » Brunon ne devait pas tarder à faire de son neveu un duc de Mosellane.

Brunon, frère de l'Empereur, gouvernait au nom de ce dernier, depuis 953, l’ancien royaume de Lotharingie. En 959, fatigué des révoltes qui y éclataient sans cesse et auxquelles les Carolingiens n'étaient sans doute pas étrangers, il résolut de confier l'administration du duché à deux fonctionnaires laïcs portant tous deux le titre de duc. L'un devait gouverner la Basse Lorraine (métropole de Cologne et ses suffragants) et l’autre la Haute-Lorraine ou Mosellane (6) .La Mosellane comprenait les pagi de la Moselle et

(1) R. Parisot, Les Origines de la Haute-Lorraine, p. 215 sq.

(2) I porte aussi ce titre dans une souscription de charte de 952, His. de Metz des Bénédictins, IIL, p. 70.

(3) R. Parisot, op. cit., p. 295.

(4) Flodoard, ann. 91; Cf. Ph. Lauer, Louis IV d'Outremer, p. 214- 218; R. Parisot, op. cit., p. 215 et 295 ; Küpke et Dümmler, Kaiser Otto der Grosse, p. 188. ;

(5) R. Parisot, op. cit., p. 297.

(6) Flodoard, an. 959, Sur toute cette question, Cf. R. Parisot, op. cil., livre I, ch. 11.

de la Sarre (1), ceux de la Meuse et ceux de la Semoy () jusqu'au confluent de ces deux rivières et ceux de l'Ornain (3), soit l'Archevêché de Trèves et ses suffragants les évêchés de Metz, Toul et Verdun.

Est-ce lorsqu'il fut créé duc de Mosellane que Ferry reçut le comté de Bar? Dans ce cas, il faudrait supposer, avec M. Parisot, que Brunon avait choisi les pagi, qui formaient le comté, sur l'extrême frontière ouest du duché, afin que Ferry possédant en alleux ces pagi soit plus intéressé à les défendre. Le fait est possible, car, Brunon pouvait disposer du «comitatus Barrensis » qui, entre 951 et 959, avait fait retour à l'empire. M. Parisot croit qu'il avait été restitué à l'archevêque-duc par la reine de France, Gerberge, sa sœur, qui avait besoin de se concilier son appui (4. On peut supposer aussi — la construction du château de Fains et le titre de comte, donné à Ferry dès 951 le permettent — que Ferry était investi du Comté de Bar avant de recevoir la charge de duc. En l'absence de tout document précis, on ne peut conclure. |

En 960, Ferry désormais maître du comté de Bar, fit élever un château sur les bords de l'Ornain, sur une colline en face de Bar la ville pour remplacer celui de Fains et protéger sa frontière contre les pillards champenois. Cette fois encore, Ferry se servit des terres d'autrui, l'emplacement du chà-

(1) R. Parisot; op. cit., carte à la fin du volume. Pagi Calvomontensis (Chaumontois) et Albensis : Remiremont, Saint-Dié, Épinal, Amance, Blämont — Tullensis (Toulois) : Toul — Scarponensis (Charpagne ou Scarpouois) : Gorze, Pont-à-Mousson — Salinensis (Saulnois) la Haute- Seille — Rosalensis : Sarreguemines et Blesensis : La Bliess — Nidensis : la Nied — Mettensis (Messin) : Metz — Saroentis inférieur et supérieur — Bédensis : Trèves — Meginensis : Coblentz.

(2) Suentensis (Xaintois) : Vaudemont — Solocensis (Soulossois) : Haute-Meuse — Bedensis : Vaucouleurs — Virdunensis : Verdun — Dulcomensis : Doulcon — Mosomensis : Mouzon — Castricensis : Mézières — Evodiensis : Ivoy (Carignan) — Arrelensis : Arlon — Methingowe : Luxembourg.

(3) Odornensis (Ornois : Gondrecourt — Barrensis (Barrois) : Bar-le- Duc.

(4) R. Parisot, Les origines de la Haute-Lorraine, p. 214.

teau appartenait à la cathédrale de Toul que, sur les réclamations de l’évêque, il dut dédommager (1.

Ces usurpations montrent que le duc Ferry, s'il possédait la charge de comte du Barrois, n’y avait que bien peu de terres, puisqu'il est obligé de s'emparer de biens étrangers. Nous verrons plus loin les efforts qu'il fit pour en acquérir. Disons tout de suite que, comme comte de Bar, le duc de Mosellane possédait la souveraineté des pagi du Barrois, de l'Ornois, du Scarponois en partie et peut-être du Soulossois (2) et l’avouerie de l’abbaye de Saint-Mihiel.

Le reste du règne de Ferry n’a aucun intérêt pour l'histoire du comté de Bar ou du moins nous ignorons ses actes en tant que comte de Bar. La mort de l’archevêque-duc Brunon, en 965, ne changea rien à la situation de Ferry, sinon qu'il dépendit immédiatement de l'empereur puisque la dignité de duc de Lotharingie qu'avait possédée Brunon semble s'être éteinte avec lui (3). Tout ce qu'on peut dire de Ferry, c’est qu'il a gouverné en paix la Haute-Lorraine et qu'il s’est tiré, sans trop de peine ni de bruit, de toutes les difficultés que suscitait à la frontière la lutte des derniers Carolingiens contre les Ottoniens. Il mourut en 978 (4).

De son mariage avec Béatrice, Ferry avait eu trois enfants : Henri ou Hezélin mort avant lui, Adalbéron qui fut évêque de Metz de 984 à 1005 et Thierry qui succéda à son père dans la charge de duc de Mosellane et dans le comté de Bar 6).

2. — Thierry était mineur lorsqu'il succéda à son père, il prit possession de ses fonctions sous la régence de sa mère Béatrice dont le rôle fut considérable au cours des troubles qui désolèrent la Lotharingie à la fin du X° siècle,

(1) Chr. Sancti Michaëlis, Ch. vn; Liber Sancti Hidulphi succ., C. 10, SS. IV, p. 91; Wigerici Vita Sancti Gerardi, SS. IV, p. 503.

(2) R: Parisot, op. cit., p, 229.

(3) R. Parisot, Les origines de la Haute-Lorraine, p. 314.

(4) Ann. nécr. Fuldenses, SS. XIII, p. 204: Lettres de Gerbert, édit. J. Havet, p. 72, n° 4; Cf., R. Parisot, op. cit., p. 204.

(5) R. Parisot, op. cit., p. 299.

L'empereur Otton II avait alors contre lui deux puissants ennemis : le roi de France, le carolingien Lothaire, tout prêt à reprendre l’ancien patrimoine des siens : la Lotharingie, et Henri le Querelleur, duc destitué de Bavière. Lothaire fut le premier à agir: il tenta sans y réussir, un coup de main sur la ville d'Aix-la-Chapelle et tourna aussitôt ses armes contre la Mosellane au lendemain de la mort de Ferry: il assiégea inutilement Metz (1). Otton se vengea en envahissant à son tour les États du roi de. France, il parvint jusqu'aux portes de Paris sans pouvoir s’en emparer et son arrière-garde fut mise en déroute par Hugues Capet. La paix ne fut cependant signée que deux ans plus tard à Margut (2). Lothaire renonçait à la Lotharingie. En 983, l'empereur est en Italie et sans doute la duchesse Béatrice l'accompagne, puisqu’à l'assemblée de Vérone, le 15 juin de cette année là, l'empereur, à sa prière, rend un diplôme en faveur de l’évêque Notker de Liège (#).

La mort d'Otton II survenue en Italie le 7 décembre 983 (4) et l'avènement au trône d’un enfant de trois ans, Otton III devaient de nouveau provoquer des troubles en Lotharingie au cours desquels Béatrice joua un rôle ‘particulièrement important®. L'ex-duc de Bavière, Henri, dont l'ambition n'allait rien moins qu'à prétendre au trône impérial, se fit remettre par l'archevêque de Cologne qui en avait la garde — avant le retour d'Italie de l’impératrice Theophano — le jeune empereur (6). Toutefois, en présence des menaces du roi de France, qui se déclara contre lui et désespérant de trouver des partisans parmi les nobles de Germanie, Henri

(1) Alpert, De episc. Mett. Liber, SS. IV, p. 297; R. Parisot, op. cit., p 326.

(2) F. Lot, Les derniers Carolingiens, p. 98 et sq.

(3) Diplomata R. et I. Germ., I, p. 365; Ann. Saxo, SS. VI, p. 230; ad. ann., 983.

(4) Thietmar, Chron. I, II, éd., ad usum Schol., p. 64.

(5) Cf. sur tout ce qui suit : F. Lot, Les derniers Carolingiens ; R. Parisot, Les Origines de la Haute-Lorraine, p. 331 et sq.

(6) Thietmar, op. cit., p. 64; Richer, Hist. ad. usum Schol., p. 122.

M. Gnospipier pe MATons. 4

consentit à rendre l'enfant à sa mère {!). Il n'avait cependant pas renoncé à ses menées ambitieuses; il demeurait l'adversaire le plus redoutable des impératrices régentes : l’aïeule, Adélaïde et la mère, Theophano. Béatrice, par son éloquence persuasive, le ramena à de meilleurs sentiments et Henri fit la paix dans l'assemblée réunie à Worms en octobre 985 ®) Pour prix de son intervention, Béatrice, obtint la translation de son fils Adalbéron — et ce malgré les canons ecclésiastiques de l’époque — de l'évêché pauvre de Verdun au riche siège épiscopal de Metz)

Henri se repentit bien vite d’avoir écouté les discours de Béatrice. De son côté, le roi Lothaire se jugeait peu payé de ses services. Mécontents, l’ex-duc de Bavière et le Carolingien nouërent des intrigues. Lothaire entreprit une expédition sur le Rhin, mais trompé par son allié et arrêté par le fidèle Conrad, duc de Souabe, il échoua et regagna assez péniblement son royaume à travers la Lorraine (4). La même année — 985 — aidé du comte de Troyes, Eudes et du comte de Blois, Robert, il vint mettre le siège devant Verdun. En l'absence de son évêque et du comte, la ville succomba et Lothaire y mit une garnison 5). Il ne tenta rien pour s'avancer plus avant.

Si Béatrice n’était pas venue au secours de la place, du moins les Mosellans mirent tout en œuvre pour la reprendre. Lothaire à peine parti, le duc Thierry, alors en état de porter les armes, son oncle le comte Sigefroy de Luxembourg et le comte Godefroy, de Verdun, levèrent une armée,

(4) Thietmar, op. cit., p. 68; Wigerici, V. Sancti Gerardi, SS. IV, p. 500; Lettres de Gerbert, éd. J. Havet, p. 35, n. 3.

(2) Constantin, Vita Alberonis, SS. IV, p. 660; Annales Quedlinburgenses, SS. III, p. 66 qui d’ailleurs doivent être particulièrement consultées pour toute cette période du règne d'Otton III.

(3) Constantin, loc. cit.

(4) Richer, Historiae, 64. ad usum Schol.. p. 122; Jean de Bayon, Chron. Mediani Monasterii, cité par M. R. Parisot; Les origines de la Haute-Lorraine, p. 344 d’après les mss. 537 de la Bibl. de Nancy.

(5) Richer, Historiae, éd. ad usum Schol., p. 123-124; Gesta, ép. Virdun. SS. IV, p. 46.

reprirent Verdun par surprise et se hâtèrent de la fortifier (1).

Lothaire apprit la nouvelle à Laon, il revint aussitôt mettre le siège devant Verdun et le reprit après une assez longue résistance (2). Thierry fut emmené prisonnier avec le comte de Luxembourg, le comte de Verdun et tous les nobles lorrains pris dans la place 3). Bien que maître des principaux chefs mosellans, bien que sachant la Cour impériale embarrassée dans la guerre contre Henri, Lothaire ne se jugea pas assez fort pour reconquérir la Lotharingie convoitée; il se contenta de poser des conditions inacceptables à Béatrice pour lui rendre son fils (4).

Béatrice pria sans doute son frère Hugues Capet, le plus puissant des vassaux de Lothaire d'intervenir en faveur de Thierry. Est-ce pour cela que le duc de France menaça son suzerain devant Laon? Nous l'ignorons. Toujours est-il qu’à la fin de 985, Lothaire céda à son vassal le duc Thierry et que celui-ci le remit en liberté (5). Lothaire mourut quelque temps après le 2 mars 986 F).

La mort de Lothaire n’avancça pas les négociations de paix entre l'Empire et la France, pour lesquelles s’entremettait Béatrice. Louis V d’abord favorable à la paix avec l'Empire, puis sous l'influence de son oncle, Charles, duc de Basse-Lorraine défavorable, hésitait à se prononcer. Béatrice lui offrit de lui ménager une entrevue avec l’impératrice à Montfaucon d’Argonne(s) en présence de Hugues Capet et de Conrad de Souabe. L’entrevue fut fixée au

(1) Clouet, Hist. de Verdun, t. 1, p. 351-357; d’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, I, p. 160.

(2) Richer, op. cit., p. 125.

- (3) Lettres de Gerbert, éd. J. Havet, n°s 50, 52, 59, 89 et 93.

(4) Ibidem, n. 55.

(5) Ibidem, n. 59. — Cf. F. Lot, Les derniers Carolingiens, — Étude: sur le règne de Hugues Capet.

(6) F. Lot, Les derniers Carolingiens, p. 186-187.

(7)R. Parisot, Les origines de la Haute-Lorraine, p, 362 et sq.

(8) Meuse, Montmédy, chef-lieu de canton.

25 mai 987(1), mais Louis V mourut vers le 20 mai).

Deux compétiteurs se disputèrent le trône vacant, le dernier des Carolingiens, le duc Charles de Basse-Lorraine et Hugues Capet, le duc de France. Hugues Capet fut élu, et, sans doute que l’impératrice régente, guidée par Béatrice, sœur de Hugues, ne mit pas d’obstacle à cette élection ®). En 987, Thierry s’empara de Stenay, nous ignorons sur qui (#) et désireux d'exercer seul le pouvoir, il emprisonna sa mère P). Il dût sans doute la relâcher sur l'intervention du pape, mais à partir de ce moment nous n'avons plus aucune mention de l’énergique duchesse.

Entre 987 et 1002, les actes et les chroniques sont muets au sujet de Thierry. La mort d'Otton IIT, survenue en janvier 1002 (6), devait tirer Thierry de l'inaction, peut-être rêva-t-il un instant du trône impérial? Otton n'avait pas été marié, il ne laissait aucun héritier direct. La couronne fut disputée entre Henri le Boiteux, duc de Bavière, fils d'Henri le Querelleur dont nous avons précédemment parlé, Ekkerard, margrave de Misnie et Hermann II, duc de Souabe 7). Henri fut reconnu assez rapidement par toute la Germanie et par Thierry, l'un des premiers. En janvier 1003, Henri vint en Mosellane à Thionville où il tint une assemblée de justice, il y ordonna de détruire le château de Mulsberg, repaire de pillards qui, cependant, appartenait au duc Thierry (8. Nous voyons Thierry assister à une autre assemblée en 1004 ou 1005, où son frère Adalbéron II de Metz s’éleva contre les

(1) Lettres de Gerbert, éd. J. Havet, n. 101; Cf. Clouet, Hist. de Verdun, I, p. 369.

(2) F. Lot, Les derniers Carolingiens, p. 196.

(3) F. Lot, Les derniers Carolingiens, p. 203; Étude sur le règne de Hugues-Capet, p. 4. Cf. aussi G. Monod, Revue historique, t. XXIX, 1885, p. 233.

(4) R. Parisot, op. cit., p. 366, n. 4 et p. 180.

(5) Jean de Bayon, C. XLVI, éd. Dom Calmet, pr. t. II, Fondation de Saint-Maxe de Bar, Dom Calmet, I, pr., p. 400.

(6) Adalbero, Vita Heinrici II, SS. IV, p. 684.

(7) Thietmar, Chron. ed. ad usum Schol., p. 92; Adalbero, loc. cit.

(8) R. Parisot, op. cit., p. 378 et sq.

mariages consanguins (1). Le 14 décembre 1005, Adalbéron mourut et Thierry présenta à l'évêché son fils encore en bas âge le jeune Adalbéron III. Celui-ci fut élu sous la tutelle de son cousin Thierry de Luxembourg qui ne tarda pas à usurper l'évêché. Les choses allaient mal tourner quand l'enfant-évêque mourut. Thierry de Luxembourg resta en possession des fonctions épiscopales (2).

En 1008, de nouveaux troubles éclatèrent en Lotharingie entre Henri II et ses beaux frères : le duc Henri de Bavière, l'évêque Thierry de Metz et Adalbéron, élu de Trèves, à propos de l'élection de ce dernier. Sans entrer dans le détail de cette lutte, disons que le duc Thierry fut fidèle à l'Empereur et que cette fidélité lui valut d’être attaqué par les trois frères en 1011. Grièvement blessé, Thierry fut longtemps retenu en captivité sans que l'Empereur tentât rien pour lui %). Thierry dans cette lutte perdit le Comté de Metz et son autorité fut considérablement affaiblie dans le nord de son duché. En 1018, le duc de Mosellane suivit l'empereur dans une expédition contre Rodolfe, roi de Bourgogne. Il fut d’ailleurs battu à la fin de la campagne et regagna presque seul la Haute Lorraine (4).

3. — À une époque indéterminée, Thierry s’associa pour le gouvernement du duché son fils Ferry (5), qui l’aida dans la lutte contre les Comtes de Blois et de Troyes. Cette lutte commencée vers 1019 se poursuivit jusqu'en 1037. Nous en ignorons les causes (6) et n'en connaissons pas mieux le détail, du moins pour la première partie qui va de

(1) R. Parisot, Les origines de la Haute-Lorraine, p. 380 et sq.

(2) R. Parisot, op. cit., p. 383).

(3) Nous ne faisons que passer très rapidement sur cette guerre Cf. R. Parisot, op. cit., p. 387-396.

(4) R. Poupardin, Le Royaume de Bourgogne, p. 134.

(5) R. Parisot, op. cit., p. 398.

(6) Peut-être faut-il y voir un démêlé de frontières entre la Mosellane et la Champagne ou plutôt la construction de castra sur les terres lorraines prises par les Comtes de Troyes et de Blois compagnons de Lothaire au siège de Verdun et que des seigneurs leur auraient cédées comme ran-

çon.

1019 à 1023 et dans laquelle le comte Foulque Nerra fut l'allié des ducs de Mosellane (!). Nous exposerons plus tard dans tous ses détails la seconde partie de cette lutte (1032- 1037) qui intéresse plus directement notre sujet.

La succession de Henri II, dernier des Ottonides, mort sans enfant ‘et sans héritier devait encore, bouleverser l’'Empire en 1024. Deux concurrents se disputaient le trône : Conrad l'Ancien ou le Rouge et Conrad le jeune, duc de Carinthie tous deux proches parents (2). Conrad le jeune était le beau-fils de Ferry II, sa mère ayant épousé en secondes noces le futur duc de Mosellane. Malgré Thierry et malgré Ferry, Conrad l'Ancien fut élu le 8 septembre 1024 et Conrad le jeune se désista en sa faveur. Ferry de Mosellane refusa de reconnaître le nouvel empereur, il prit les armes et se chercha des alliés en Italie et en France. D'abord aidé par Robert le Pieux et par Guillaume V, Comte d'Aquitaine, Ferry ne tarda pas à être abandonné et fit sa soumission en 1025 (3), Son père, déjà bien effacé, mourut en 1027, après un règne de 50 ans, Thierry avait épousé Richilde (4, dont nous ignorons l’origine. Se basant sur une charte de l'évêque de Toul, Pibon en 1076 5), où il est dit que Thierry obtint le castrum d'Amance en héritage de Folmar, M. Robert Parisot après Dom Calmet (6) et Witte (7) la fait fille de

(1) La lutte se termina à l'Assemblée d’Ivoy (auj. Carignan, Ardennes, chef-lieu de canton), en 1023 où le Comte de Troyes, consentit à démolir les castra. Pour la Bibliographie Cf. plus loin, Ch. I, page 57 et R. Parisot, Les origines de la Haute Lorraine, p. 400; Louis Halphen, Le Comté d'Anjou au x1® siècle.

(2) Conrad le jeune était par sa mère neveu de Conrad l'Ancien.

Hermann de Souabe épouse Gerberge de Bourgogne.

Gisèle épouse Conrad l'Ancien. Mathilde épouse Conrad de Carinthie. Conrad le Jeune.

) R. Parisot, Les origines de la Haute Lorraine, p. 408-445.

) Dom Calmet, I, pr., p. 400.

) Dom Calmet, I, pr., p. 475; À Lesort Cart. de Saint-Mihiel, n° 39.

) Dom Calmet, 2e édit., I, p. cLyr.

) H. Witte, Genealogische Untersuchungen zür G. Loth.(Iahr. G.L.G,

7e année, I, p. 87).

Folmar, Comte de Lunéville et d'Amance. L'hypothèse est fort vraisemblable. Thierry avait eu trois enfants : Ferry II son successeur, le jeune Adalbéron, évêque de Metz que nous connaissons déjà et une fille Adélaïde, mariée à Valéran, Comte d'Arlon (1).

Les six années pendant lesquelles le duc Ferry régna seul sont à peu près inconnues, il n'apparait nulle part. Nous savons seulement qu'il hérita sans conteste des dignités et alleus de son père. Il vit mourir en 1032 le roi de Bourgogne Rodolfe III dont la succession allait être disputée entre Eude II, Comte de Troyes et l'Empereur Conrad IT et donner lieu à des luttes qui devaient ensanglanter le Barrois (2). Ferry n'eût pas le temps d'y assister, il s’éteignit lui-même au mois de mai 1033. Il avait épousé Mathilde de Souabe, fille d'Hermann II et de Gerberge de Bourgogne et veuve du duc Conrad de Carinthie. Mathilde, qui mourut avant Ferry, lui donna un fils, Ferry, mort avant son père et deux filles Sophie et Béatrice 6).

(1) R. Parisot, op. cit., p. 370-371.

(2) Cf. plus loin, Ch. I".

(3) R. Parisot, Les origines de la Haute Lorraine, p. 437. À noter que M. R. Poupardin, Le Royaume de Bourgogne (tableau généalogique) appelle Mathilde Gerberge, c'est là une faute d'impression sans doute, Gerberge mère de Mathilde était sœur de Rodolfe III.

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