CHAPITRE PREMIER
A, — La formation du Comté de Bar et son étendue en 1033. — B. La guerre de la succession de Bourgogne. — C. Le mariage des filles de Ferry II.
A. — La Formation du Comté de Bar.
1. — Les acquisitions de Ferry II. — 2. Les châtellenies de Bar et de Gondrecourt. — 3. Les châtellenies d'Amance et de Mousson.
1. — Il nous reste à rechercher de quelle facon Ferry et ses deux premiers successeurs sont parvenus à constituer les alleus dont vont hériter Sophie et Béatrice. Nous avons vu qu'il était impossible de savoir comment et à quelle époque
() Bibliographie. — L. Maxe Werly, Les différents pagi qui au x° siècle formèrent le comté de Bar, Mém. S. L. Bar-le-Duc, I, 3 (1876), p- 151-181, et III, 7 (1898), p. 11-49. L. Maxe Werly, Les divisions ecclésiastiques du Pays Barrois antérieures à la Rédaction du Pouillé de 1303. III, 7 (1898), p. 1-10 ; A. Longnon, Atlas historique ; A. Longnon, Études sur les pagi de la Gaule, 1'e et 2° partie, fasc. 2 et 11 de la Bibl., E. P. H. E., in-8°, 1869 et 1872; Robinet et Gillant, Pouillé du diocèse de Verdun, 4 vol. in-8 ; L. Davillé, Le Pagus Scarponensis, dans Ann. de l'Est et du Nord, janvier 1906; Ch. Aimond, Essai sur la géographie historique de la région qui a formé le département de la Meuse, Bar-le-Duc, in-80, 1910 ; R. Parisot, Les origines de la Haute-Lorraine, p. 78 et sq., Dictionnaires topographiques de la Meurthe (Lepage, 1862), de la Meuse (Liénard 1872), de la Moselle (de Bouteiller, 1874), de la Haute-Marne (A. Roserot, 1903).
Ferry fut nommé comte de Bar. Possédait-il le comté avant d'être choisi comme duc de Mosellane — au temps même qu'il construisit le château de Fains? C’est peu probable. Il aurait été vassal du roi de France et l’on s’expliquerait mal que le roi eût réclamé auprès de l'Empereur contre un de ses vassaux, fut-il, comme Ferry, le sujet d'Otton. C'est donc sans doute lorsqu'il fut nommé duc de Mosellane que Ferry obtint à titre plus ou moins perpétuel les pagi à l'ouest du duché. Nous ne croyons pas cependant que ces pagi lui furent donnés à titre héréditaire. L’hérédité, assez forte pour que Sophie et Béatrice entrent en possession des alleus de leurs ancêtres, est plutôt un fait de l'habitude qu’un droit acquis.
En tous cas, Ferry, lorsqu'il fut revêtu de la charge de comte de Bar, ne devait pas posséder de domaines dans le comté. Pour construire le castrum dominant Bar, il dut s'emparer de terres appartenant à Saint-Étienne de Toul et pour le doter, d’autres terres appartenant à l’abbaye de Saint-Mihiel. Comme tous ses contemporains, Ferry s'appropria sans scrupule, autant qu'il le put, les biens d'église. Il dût néanmoins dédommager l’évêque de Toul à qui il céda les abbayes de Moyenmoutier et de Galilée (Saint-Dié) et la terre de Bergheïim (1). Il obtint en retour Montplonne (?) Brillon 2), Bazincourt ®), Longeville (3), Resson (4, Tannois E), Nant et son moulin &®), Courcelles-sur-Aire (6), Courcellesaux-Bois (7) et Malberg (®). Ces terres furent vendues à Toul par la duchesse Béatrice, femme de Ferry et reprises ensuite par le duc Thierry qui céda à l'évêque de Toul : Acreignes (9),
(1) Chron., Sancti Michaëlis, éd., A. Lesort, ch. vu.
(2) Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville.
(3) Meuse, arrondissement et canton de Bar-le-Duc.
(4) Meuse, Bar-le-Duc, Vavincourt.
(5) Meuse, Bar-le-Duc, Ligny.
(6) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt.
(7) Meuse, Commercy, Pierrefitte.
(8) Commune de Morlaincourt, Meuse, Bar-le-Duc, Ligny. (9) Auj. Frolois, Meurthe-et-Moselle, Nancy, Vézelize.
Arracourt (1) et Manonville (@) situés dans la Haute-Lorraine (%). Il est probable que Ferry prit aussi à l'église de Toul, les terres de Bar, Couvonges (), Mognéville (#, Salmagne (#) et Beurey la-Grande (4) qui lui appartenaient (5), Toutes ces localités, sauf Courcelles-aux-Bois sont situées à l'extrémité nord du Comitatus Barrensis et les plus éloignées de Toul.
La chronique de Saint-Mihiel qui seplaint, non sans amertume, des usurpations de Ferry ne nous renseigne pas sur le nom des villae que le duc de Mosellane s’appropria au détriment de l’abbaye parmi celles qu'elle possédait aux alentours de Bar (6). Ferry échangea aussi avec l’abbaye de Saint-Denis les biens qu'il avait reçus en douaire de sa femme autour de Paris contre des possessions que la grande abbaye française avait dans le Barrois : Neuville-sur-Orne, -Revigny, Laimont (1).
Telles sont les possessions des comtes de Bar dont on peut attribuer l'acquisition avec certitude au duc Ferry. Il s’agit là, plus ou moins, de propriétés domaniales. Quant au comté proprement dit, aux terres sur lesquelles le comte exerce sa souveraineté, il est extrêmement difficile, sinon impossible, d'en déterminer l’étendue et à plus forte raison d'en fixer les frontières. À vrai dire, comme la plupart des états féodaux à l’origine, le comté de Bar est un composé de petits territoires morcelés, dispersés, comprenant souvent un seul village; vouloir considérer le comté de Bar ou le
(1) Meurthe-et-Moselle, Lunéville, chef-lieu de canton.
(2) Meurthe-et-Moselle, Toul, Domèvre.
(3) Vita Sancti Gérardi, N.SS, p. 503; Gesta épis. Tull., SS. VIII, p- 642; Clouet, Hist. de Verdun, I, p. 328.
(4) Couvonges, Mognéville, Beurey, canton de Revigny; Salmagne, canton de Ligny.
(5) Sur tout ce qui précède, Cf. R. Parisot, Les Origines de la Haute- Lorraine, p. 218 et sq.
(6) Chron. de Saint-Mihiel, éd. A. Lesort, ch. VII. Parmi ces villae se trouvaient très probablement Savonnières-devant-Bar et Nançois-le- Grand rendues à l’abbaye par un certain Vaufroy qui était de la famille des châtelains de Bar.
(7) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny. — Chron. de Saint-Mihiel, loc. cit.
duché de Lorraine des x‘ et xu° siècles comme des états compacts serait commettre la plus lourde des erreurs. On ne peut même pas essayer d'en tracer les frontières en s'appuyant sur celles des pagi, puisque le pagus Barrensis luimême n'est pas entré en entier dans le comitatus. Nous allons néanmoins tenter de donner une idée approximative de ce qu'a pu être le Barrois vers 1033. Mais auparavant, il y à lieu de rappeler que les comtes de Bar ont possédé à titre héréditaire l'avouerie de l’abbaye de Saint-Mihiel. Cette avouerie s'est changée de bonne heure en souveraineté et ainsi le comté s'est accru — comme suzerain — des domaines qui appartenaient à Saint-Mihiel, domaines considérables que nous décrivons ailleurs et qui avaient presque partout l'immense avantage d’unir les uns aux autres les fragments épars du comté, en particulier le Barrois occidental, aux châtellenies de Mousson et d'Amance. -
2. — Si le Barrois, l'Ornois, peut-être le Soulossois, le Scarponois sont entrés dans le comté, des débris d’autres pagi en ont aussi fait partie. Le mieux donc, au lieu de nous en tenir aux pagi pour décrire le comté, est de rechercher pour chacun des principaux castra comtaux : Bar, Gondrecourt, peut-être Bourmont, Sorcy, Amance, Mousson, Briey, les terres barroises qui les entouraient ou qui en étaient proches.
Autour de Bar se groupe la plus grande partie du pagus Barrensis. La frontière nord de ce pagus, qui a certainement été celle du comté, est connue par un document précieux du xI° siècle souvent éditéet bien étudié le « Verdunensis comitatus limites » (1. Cette frontière commence à l’est entre Malaumont (?) qui appartient à la seigneurie de Commercy et Cousances-aux-Bois (?), englobe les villages barrois de
(1) Bibl. de Verdun, mss. 7, f° 171, édit. Mabillon, De Re diplomatica, Supp., 100; Roussel, Hist. ecc. et civile de Verdun, 2° édit., t. IL, pr. n° 16; Liénard, Dictionnaire topographique de la Meuse, p. xn et sq.; Gabriel, Verdun au x1e, 1891, in-8° ; H. Labourasse, Recherche sur l'étendue et les limites du comté de Verdun (Mem. S. Phil. de Verdun, XV, 1901. — Cf. Ch. Aimond, Les relations du Verdunois et de la France de 1270 à 1552, p. 3 et sq.
(2) Meuse, arrondissement et canton de Commercy-Malaumont a tou-
Cousances, os (1), Sd oie 4), Baudremont (!
Gimecourt (! FN Pierrefitte (1), Courouvre (1), Longchamp W), Rosnes À de Marats (1!) Es au sud de Rembercourt-aux-Pots (3) qui, bien que faisant partie du pagus Barrensis, appartient cependant au temporel de Verdun. Au delà de Rembercourt, le Barrois quitte l'évêché de Verdun et se heurte à l'Astenois et à la Champagne. Cependant nous ne sommes pas sûr que le Barrois, qui s’agrandira plus tard de ce côté, n'ait pas compris aux époques les plus reculées Vaubecourt (#, Laheycourt (4), Noyers (4) qui sont du doyenné de Possesse et par conséquent de l’Astenois ®. Si Vaubecourt n'a pas fait partie du comté proprement dit, il a été néanmoins dans la Pope du comte comme terre de l'abbaye de Saint-Mihiel (6 de avoir passé entre Brabant-le-Comte et Brabant-le- Roi ( ) la frontière du Barrois passe à l’est de Rancourt au delà duquel
jours fait partie du doyenné de Meuse, Commercy; Cousances fit, par contre, partie de la prévôté de Bar.
(1) Meuse, Commercy, Pierrefitte; Courcelles est une des localités acquises au domaine comtal par Ferry Ier. Cf. précédemment, p. 58. Baudrémont et Gimécourt et aussi Villotte-devant-Saint-Mihiel sont parmi les villages qui doivent un cens au sous-voué de Condé, officier de la comtesse Sophie, à l’occasion de sa charge (1091), A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 50. Rupt qui appartenait à Saint-Mihiel fut donné en bénéfice au châtelain de Saint-Mihiel Renaud en 1090, A. Lesort, op. cit., n° 49. — Sur cette frontière sera édifié au cours du x1° siècle le très 1mportant château de Belrain dont le titulaire deviendra le premier vassal, sinon le premier officier, du comté (sous Renaud ler le seigneur de Belrain est le chef de l’armée Barroise).
(2) Meuse, Bar-le-Duc, Vavincourt. — Nous n'avons aucun renseignement sur cette localité non plus que sur les Marats.
(3) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt. Sur Rembercourt-aux-Pots. Cf. Ch. Aimond, op, cit., p. 11, et n° 7.
(4) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt, Laheycourt et Noyers, appartenaient au Barrois, au début du xuie siècle.
(5) A. Longnon, L’Astenois dans les Pagi de la Gaule, B. E. P. H.E,., fasc..2.
(6) A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, p. 136.
(7) Aujourd’hui forment tous deux Brabant-le-Roi, Meuse, Bar-le-Duc, Revigny.
elle se confond avec les limites actuelles des départements de la Marne et de la te Elle ce Remennecourt (1), Andernay (1), Couvonges (! Fu Les Espagne @) Cle Readte ), Ville- ee ), Brillon }, Saudrupt @, Elle abandonne alors la limite du dpt et passe au nord-est de la seigneurie d'Ancerville en empruntant les hauteurs qui dominent la rive gauche de la vallée de la Saulx par Haironville %), Rupt-aux-Nonnains (), Bazincourt ) et Stainville G).
Ici, il semble bien que la châtelleniechampenoise de Ligny, qui n’entrera dans le Barrois qu'en 1155 comme dot d'Agnès de Champagne, femme de Renaud II (4), coupait complètement le comté de ses possessions de l'Ornois. Malheureusement, nous ignorons totalement l'étendue de la châtellenie de Ligny au xr° siècle; ni le doyenné, ni la prévôté plus tardive ne peuvent nous être d'aucun secours pour en tracer la frontière, car plusieurs des localités de l’un comme de l’autre sont connues comme étant du comté de Bar dès cette époque.
La frontière du Barroiïs comprenait Se le comté au re ee et l’un des deux Due , Tannois (6), Tronville (7) et peut-être Villeroncourt (8 se des deux es mais très probablement le grand @) au delà duquel elle se terminait sur la seigneurie de Commercy.
(1) Même canton. Nous n'avons de renseignements que pour Couvonges, Beurey et aussi Mognéville situé entre Andernay et Couvonges dont l’acquisition remonte à Ferry Ier. Cf. précédemment, p. 58.
(2) Meuse, arrondissement et canton de Bar-le-Duc.
(3) Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville, Brillon et Bazincourt ont été acquis par Ferry Ier. Le sous-voué de Condé, vassal de Sophie, possède une
partie des cens de Stainville. Nous n'avons aucun renseignement sur les autres localités. ÿ
(4\ CF. plus loin.
(5) Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville, acquis par Ferry Ier.
(6) Meuse, Bar-le-Duc, Ligny, ibidem.
(71 Même canton. À toujours fait partie de la prévôté de Bar.
(8) Même canton. À été placé tantôt dans la châtellenie de Ligny, tantôt dans la prévôté de Bar.
(9) Nançois-le-Petit, même canton. — Nançois-le-Grand, Meuse, arrondissement de Commercy. Appartenait au châtelain de Bar. Cf. A. Lesort,
Quant au château de Gondrecourt, nous savons qu'il a fait partie du comté de Bar, parce que dès l’origine, vers 1050, les seigneurs de ce château ont été les vassaux des comtes et les ont assistés dans leurs actes. Par contre, sur l'étendue de la châtellenie, nous sommes bien moins renseignés que sur celle de Bar. Gondrecourt est le centre du pagus Odornensis, mais quoiqu'il soit assez vraisemblable que l'Ornois tout entier ou à peu près ait fait partie du comté de Bar, rien ne permet de l’affirmer. On ne peut citer comme localités barroises que Marson (1), Ribaucourt (?) et peut-être Aingoulaincourt (3); l'Ornois comprenait les hautes vallées de l'Ornain et de la Saulx; les comtes y possédèrent au début du xir° siècle Germay (3), Cirfontaines 8), Bure (4), Montiers-sur-Saulx (#), Ribaucourt (4 et Biencourt (4. Il est à remarquer d'ailleurs que de tous les vassaux du comté, les seigneurs de Gondrecourt ont été les plus indépendants, qu'au début du x siècle, ils sont passés dans l’obédience de la Champagne avec toute leur seigneurie qui ne rentrera dans le Barroiïis qu’en 1273 5). Pour remplacer le château de Gondrecourt qui lui échappait le comte Henri IT établit celui de Demange-aux-Eaux un peu plus au nord et également sur l’Ornain (6). | ; Cart. de Saint-Mihiel, n° 37. Le grand Nançois est le seul qui ait toujours fait partie de la prévôté de Bar. Cf. Ch. Aimond, Etat général et dénombrement du duché de Bar, n° 24.
(1) Meuse, Commercy, Void.
(2) Meuse, Bar-le-Duc, Montiers-sur-Saulx, Accensées en partie toutes deux au sous-voué de Condé.
(3) Haute-Marne, Wassy, Poissons € Ingolini curtis in comitate Bar-
- rensi ». Charte de 988, Dom Calmet, I, pr., p. 393.
(4) Meuse, Bar-le-Duc, Montiers-sur-Saulx. Toutes ces localités, sauf Montiers-sur-Saulx, furent inféodées aux sires de Joinville qui en firent hommage au comte de Bar, B. N. fr. 11855, f° ADS:
(5) La terre de Gondrecourt passa dans la mouvance de Champagne en 1219, cf. Mém. S. A. Lor., XII (1870), p. 202. Le comte Henri II reconnut le fait moyennant mille livres. A. Meurthe-et-Moselle, B. 364 fo 314 vo.
(6) Inféodé en juin 1229 à Geoffroy de Vaudémont. B. N. f. 11853, fo 220. — Lorr, 659, fo 109.
Si le Soulossois qui comprend la plus grande partie des vallées hautes de la Meuse et du Mouzon n'a pas fait partie du Comté primitif de Bar, les comtes y ont certainement eu de grands territoires. Nous savons par la chronique de Saint- Mihiel que les ducs de Mosellane y avaient usurpé sur l’abbaye les localités qui firent plus tard partie du prieuré de Hareville (1), soit Hareville, Parey, Saint-Ouen (2), Outrancourt (?), Liffol le grand (3), Vrécourt (4), Fréville (5), un alleu à Coussey (6), un alleu à Pargny sous Mureau (), Brancourt (8) et un alleu à Bagneux ©). Sophie réglementa les droits de son vassal Boson de Viocourt (10) à Houécourt 0) et Jainvillotte (11). Ce sont à peu près les seules indications que nous possédons sur le Soulossois, mais le cartulaire de Saint-Mihiel nous montre l'importance considérable des possessions de l’abbaye dans ce pagus et dans le Xaintois son voisin. De la rive gauche de la Meuse, ces possessions s'étendent jusqu’à la vailée du Vair et comprennent en tout ou en partie environ quarante villages. Enfin, il semble bien que les seigneurs de Bauffremont ou tout au moins ceux de Bourmont, dont les premières mentions ne remontent qu'au xui‘ siècle ont été dès l'origine vassaux des comtes de Bar (12). Il semble donc que les ducs de Mosellane ont possédé sur la haute vallée de la Meuse, sinon un groupe imposant de territoires, du moins l'embryon de ce qui formera plus tard les prévotés de Lamarche, Conflans, Châtillon et Saint-Thiébaut.
(1) Haute-Marne, Clraumont, Bourmont.
(2) Vosges, Neufchateau, Bulgnéville. — Outrancourt fut cédé par Henri II au duc de Lorraine en 1214, B. N. Lorr., 251, fo 109.
(3) Vosges, arrondissement et canton-de Neufchâteau.
(4) Vosges, Neufchâteau, Bulgnéville,
(6) Vosges, arrondissement et canton Neufchâteau.
(6) Vosges, Neufchâteau chef-lieu de canton.
(7) Canton de Neufchâteau.
(8) Canton de Coussey.
(9) Meurthe-et-Moselle, Toul, Colombey.
(10) Vosges, Neufchâteau, Chatenois.
(11) Vosges, arrondissement et canton Neufchâteau. Cf. plus loin, Ch IPS B;:
(12) Cf. plus loin.
Le château de Sorcy a appartenu au comte de Bar dès le x1° siècle et les seigneurs de ce château ont été et seront toujours les vassaux du comte. Nous ne savons rien de plus, il est possible cependant que la châtellenie se soit étendue à l'est jusqu'à l'emplacement de Foug qui sera plus tard un important château du comté (f) et que par Boucq (?) et Jouy 5) elle ait gagné au nord les possessions de Saint- Mihiel et les terres de Mousson. Nous émettons là une simple hypothèse.
3. — Sur Amance 4), nous sommes mieux renseignés. Une charte déjà citée de l'évêque Pibon nous fait connaître que le duc Thierry a obtenu en héritage, du chef de sa femme Richilde, ce château et ses dépendances. La châtellenie comprenait Laïître sous Amance (‘), Dommartin (‘), Seichamp (4), Eulmont (*, Bouxières aux Chênes () peut-être Leyr (5), Lay Saint-Christophe (6) au delà duquel elle s'étendait jusqu’à la Meurthe et la Moselle, car Renaut [°° posséda peut-être un château sur le territoire de Pompey (7) et les péages du cours de la Moselle entre Liverdun et Pompey (8) appartenaient à Henri [°° (%). On doit joindre aussi à la seigneurie Bathelemont (10) et les localités de la Seiïlle et de la Bliess que les ducs de Mosellane ont possédées ou transmises à leurs héritiers : Lanfroicourt (11), Aboncourt (11), Salone (1?) qui était le siège
(1) Sous Henri II.
(2) Meurthe-et-Moselle, Toul, canton nord,
(3) Meuse, arrondissement et canton Commercy.
(4) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Canton Nord. A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 39.
(5) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Nomeny. A. Lesort, op. cit., n° 43,
(6) Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton Nancy.
(7) Même canton. Il s’agit du château de l'Avant-Garde cité par Digot, à propos de Renaut II. Toutefois il est probable que ce château n'est pas antérieur au x1v® siècle.
(8) Meurthe-et-Moselle, Toul, chef-lieu de canton.
(9) B. N. mss. fr. 11853, f° 168.
(10) Meurthe-et-Moselle, Lunéville, Arracourt. Cf. A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 45.
(11) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Nomeny.
(12) Lorraine, arrondissement et canton Château-Salins, Sur le prieuré
M. Grospinier pe MaTons. 5
d'un prieuré de l’abbaye de Saint-Mihiel, Malaucourt (1), Delme (!), Solzeling @®), Morsberg (), Insming ), Sarreguemines, Farchsweiller (#, Theding (4), Ausmacher (6), Bliesgerwiller 5), Bliedersdorf (5), Ces villae qui appartenaient à Saint-Denis ont peut-être été données en douaire à Béatrice (6).
La châtellenie de Mousson était après celle de Bar la plus importante du comté et nous verrons ailleurs que les premiers comtes ont plus souvent porté le titre de « Comte de Mousson » que celui de « Comte de Bar. » Sans doute cette PR ND s'étendait au nord jusqu'aux environs de Gorze (7), à l’ouest, jusqu’à Thiaucourt et aux terres Samatteignait à l’est les villae de la Seille que nous venons de décrire et au sud la châtellenie d'Amance. Cependant les plus anciens textes ne PÉTER d'y placer que des localités situées à Ps : Essey (8), Maizerais (8), Ausauville (9), Beaumont (?), Tyrei (10) et Hoonnt (11),
Enfin les ducs de Mosllane ont possédé la vaste châtellenie de Briey avec le château de Thionville ({?) qui vont
de Salone qui appartenait à l’abbaye de Saint-Mihiel Cf. R. Parisot, Les Originés de la Haute-Lorraine, p. 535; A. Lesort, op. cit., p. 60-62, 338bn 445-448.
(1) Lorraine, Château-Salins, Delme.
(2) Lorraine, arrondissement et canton Château-Salins.
(3) Lorrainé, Château-Salins Albestroff. Cf. A. Lesort, Cart. de Saint- Mihiel, n° 59.
(5) Lorraine, arrondissement et canton Sarreguemines.
(6) CF. R. Parisot, Les origines de la Haute-Lorraine, p. 174 et sq.
(7) Au cours du xu® siècle, les comtes de Bar finiront par obtenir peu à peu l’avouerie de cette importante abbaye qu'ils entouraient au sud par Mousson et au nord par Briey.
(8) Forment aujourd’hui un seul village, Essey et Maizerais, Meurtheet-Moselle, Toul, Thiaucourt. |
(9) Meurthe-et-Moselle, Toul, Domèvre.
(10) Village important jadis avec deux paroisses auj. détruit, canton de Pont-à-Mousson. Cf. A. Lesort, op. cit., n° 45 et p. 168.
(11) Meuse, Commercy, Vigneulles.
(12) Le châtelain de Thionville et celui de Briey étaient, en général, les
Lorraine, Sarreguemines, Forbach.
LE BARROIS DE 1033 a 1037. 67
momentanément sortir du Barrois, les villes de Stenay et de Mouzay, les abbayes de Longlier (1), de Juvigny et peutêtre d'Orval &). Leurs biens se trouvent donc dispersés aux quatre coins de la Haute Lorraine et ce sera le meilleur de
l'œuvre des premiers comtes de Bar que de tenter de les réunir.
B. —- La guerre de succession de Bourgogne (3).
1. Le Royaume de Bourgogne en 1034. — 2. La première guerre. — 3. La seconde guerre.
1. — La mort de Ferry II laissait la Haute Lorraine sans défenseur au moment même où venait de s'ouvrir la suc-. cession de Bourgogne, cause de longues guerres, où l'Empire aurait eu plus que jamais besoin de l'énergie du duc de Mosellane. Rodolfe III, dernier roi du royaume de Bourgogne s'était éteint sept mois à peine avant Ferry II (4), ne laissant aucun héritier direct légitime. Sans doute avant de mourir avait-il envoyé les insignes royaux à l'Empereur Conrad, mari de sa nièce Gisèle 5), mais son autre neveu
mêmes. Cf. Lainé, Généalogie de la maison de Briey, Paris, 1843, in-80.
(1) Belgique, Luxembourg, Neufchâteau.
(2) Canton de Villiers, Belgique, Luxembourg, Virton, Florenville. Cf. Parisot, op. cit., p. 174 et sq.
(3) Source (Chron. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort (Cart. de Saint- Mihiel, p. 1 et sq. Bibliographie : d'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, t. I. p 200 et sq.; H. Bresslau, Jahrbücher des deutschen Reichs unter Konrad II, Leipzig, 2 vol. in-8°, 1879-1885; L. Lex Eudes comte de Blois et Thiébaud son frère, Troyes, 1892, in-80. — Chr. Pfister, Études sur le règne de Robert le Pieux (996-1031), Paris, 1885, in-8 (B. E. P. H. E., fase. 64), p. 358 et sq. ; R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne (888-1038), Paris, 1907, in-8° (B. E. P. H. E.,fasc. 163).
(4) Rodolphe mourut le 5 ou le 6 septembre 1032. Cf. R. Poupardin, op. cit., p. 144. On se rappelle qu'il faut placer la date de la mort de Ferry II au mois de mai 1032.
(5) Hermann de Reichenau, Chron., an. 1032; Hugues de Flavigny, Chron. Vird., t. VII, p. 401.
Eudes de Blois, fils de sa sœur Berthe revendiqua la succession les armes à la main. Cette lutte d'Eudes contre l'Empire a été narrée bien des fois : il nous faut y revenir nous-mêmes ici puisqu'aussi bien c’est toute l’histoire du comté de Bar
durant quatre ans.
C'était un vaste royaume que celui de Bourgogne, allant des frontières de la Haute Lorraine aux rives de la Méditerranée, comprenant les comtés de Mâcon et de Besançon, le comté de Bourgogne, le Lyonnais, le Viennois, le Valentinois, le Graisivaudan, le Diois, les états de Savoie, les pays de Genève et de Lausanne, les comtés de Vaux et de Provence : la moitié au moins de l’ancien royaume de Lothaire (1). Seulement ce royaume manquait de cohésion, d'unité physique et morale, chacun y était maître, surtout les évêques, l'autorité du roi y était nulle, « il n'y possédait que le titre et la couronne(? ». Entre les mains d'un homme comme Eudes de Blois, cependant, il pouvait devenir le plus grave danger pour l'Empire. Eudes n'avait pas seulement pour lui l'ambition, le désir du titre royal ou même impérial, mais la foi dans ce qu'il croyait être ses droits, ce qui est une force morale et, ce qui vaut mieux, l'appui matériel de vastes états héréditaires ou patiemment acquis, plus grands que les domaines du roi de France son suzerain (@). Eudes était comte de Blois, de Chartres et de Tours (4), comte de Troyes ou de Champagne et de Meaux bi, comte de Beauvais (6) et vicomte de Bourges (7); il possédait
(1) R. Poupardin, op. cit., p. 178 et sq.
(2) Thietmar, Chron. L. VIII, c. 30 : « Nomen tantum et coronam habet ». S
(3) Cf. A. Longnon, Atlas historique, pl. XI, et texte, p. 220-221.
(4) Titres et possessions de son père Eudes Ier, mort en 996.
(5) Il s’en rendit maître à la mort de son cousin le comte Étienne en 1021. Cf. F. Lot, Hugues Capet, p. 196 et sq. Le roi Robert reconnut bien malgré lui cette usurpation. Cf. Chr. Pfister, Robert le Pieux,
(6) Lex, Eudes, IL, p.35 et sq.
(7) Cf. H. Labande, Histoire de Beauvais, Paris, 1892, in-8°, p. 30
et sq.
en outre la moitié des comtés de Dreux (f) et de Sens (2). Il se crut d'autant plus maître de la situation que, des héritiers de Rodolfe III, il était le plus proche. Sa mère Berthe, sœur du roi défunt, avait épousé en secondes noces Robert le Pieux qui peut-être eut des vues sur la Bourgogne (3): mais Robert était mort en 1031. L'autre sœur de Rodolfe, Gerberge, . mariée à Hermann de Souabe, en avait eu Gisèle (#), épouse de l'empereur Conrad II et Mathilde, femme de Ferry I, duc de Mosellane 5). Or, Ferry, n'allait pas tarder à mourir et les enfants que Gisèle avait eus de ses premiers mariages, vassaux de l'Empire, mal placés et sans forces, ne songeaient guère sans doute à faire valoir leurs droits (6).
2. — Eudes restait donc le seul compétiteur en face de Conrad IT. Présumant qu'une attaque rapide était pour lui le plus sûr moyen de réussir, il envahit la Bourgogne (",
(1) Dot de sa première femme Mathilde, femme de Richard Il de Normandie.
(2) Don de la reine Constance en 1031 pour reconnaître l'appui que Eudes lui avait fourni contre son fils Henri Ier. Cf. Lex, Eudes, If, p. 27-47.
(3) Chr. Pfister, op. cit., p. 365 et sq.
(4) Nous n'avons cité que les personnages qui intéressent directement notre sujet. Pour le détail. Cf. R. Poupardin, Le royaume de Bourgogne, Appendice IV. La famille de Conrad le Pacifique, p. 384 et sq., et auss les livres cités de F. Lot, sur Hugues Capet, Chr. Pfister sur Robert le Pieux et de Lex sur Eudes IL.
(5) Nous avons dit ailleurs que Mathilde avait épousé en premières noces Conrad de Carinthie, dont elle avait eu un fils Conrad le jeune, mort en 1039, et qui n'apparaît pas dans la lutte contre Eudes. Gerberge, avait encore une autre sœur Mathilde dont le petit fils Gérard, comte de Génevois, prit parti pour Eudes contre Conrad II. Cf. Poupardin, Le royaume de Bourgogne, p. 151.
(6) Gisèle avait épousé en premières noces Brunon de Brunswick, père de Liutolff, en deuxièmes noces, Ernest Ier duc de Souabe, dont elle eût Ernest II, mort en 1030 et Hermann IV, duc de Souabe (1030-1038). Liutolff et Hermann IV auraient pu tous deux disputer la couronne de Bourgogne à Conrad II, leurs noms n'apparaissent pas au cours de la lutte. Cf. Poupardin, op. cit., ut suprà. Pour les mariages et la descendance de Gisèle. Cf. Hirch, Heinrich I], t. 1, p. 465 et Bresslau, Conrad II, t. I, p. 304-320.
(7) Wipon, Gesta Chonradi, c. 29. Annales Sangallenses majores,
an. 1032.
alors que Conrad était occupé à l’autre extrémité de l'Empire contre les Polonais et s'empara de Vienne (1). Conrad, ayant reçu la soumission des Polonais, traversa en hâte l'Empire pour chasser de son royaume son redoutable adversaire. Il réunit son armée à Strasbourg aux environs de la Noël 1032 (?), marcha sur Bâle et se fit couronner roi de Bourgogne le 2 février 1033 au monastère de Payerne %). De là, il tenta le siège de Morat occupé par ses adversaires, mais vaincu par les rigueurs de l'hiver, il dut se retirer sans avoir rien fait (4). Il eut au mois de mai, par l'entremise de Brunon, évêque de Toul (le futur Léon IX) et de l'abbé de Stavelot 5) une entrevue avec le roi de France Henri I à Déville (6) où tous deux s’entendirent sur les moyens de combattre Eudes leur commun adversaire (7.
Ferry était sans doute mort avant cette entrevue. Cette mort et la nouvelle absence de Conrad subitement rappelé dans l’est de l'Empire contre les Polonais semblèrent à Eudes des occasions favorables pour frapper un grand coup. Soit que Gothelon n'eut pas été investi immédiatement du duché de Haute Lorraine, soit qu'il fut absent à ce momentlà, personne ne s’opposa à l'invasion d'Eudes qui s'empara du sud de la Mosellane et assiégea Toul, peut-être pour punir l'évêque Brunon de s'être entremis entre le Roi et l'Empereur (8). Les Toulois lui résistèrent victorieusement, et pour se venger, Eudes pilla les monastères voisins, les églises et les villages et livra le pays à l'incendie. En se retirant, il emmena avec lui un énorme butin (9).
(1) Hugues de Flavigny, Chron. Virdunense, SS. VIN, p. 401. (2) Bresslau, Konrad II, t. 2, p. 8-9.
(3) Suisse, canton de Vaux, Wipon, op. cit., e. 30. 4) Outre Wipon, même ch. — Annales Sangallenses majores, an. 1033: rmann de Reichenau, Chron., an. 1033.
5) Belgique, Liège, Verviers, chef-lieu de canton. 6) Ardennes, Mézières, Monthermé.
7) Bresslau, Konrad II, t. II, p. 483-484; F. Sochnée, Étude sur la vie et le règne d'Henri Ie* dans Positions des thèses de l’École des Chartes, 1891, p. 48.
(8) R. Poupardin, Le Royaume de Bourgogne, p. 163. (9) Chron. Sancti Michaëlis (C.29): « Oppidanis autem viriliter reluctan-
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LE BARROIS DE 1033 À 1037. hi
L'Empereur termina au plus vite les affaires de Pologne et retourna en Lorraine. Au mois d'août, il campait avec son armée au monastère de Saint-Mihiel ({). Il y fut reçu en grande pompe par les moines qui s'étaient portés processionnellement à sa rencontre, mais ses troupes composées de gens « de toutes races et de toutes langues » firent beaucoup de mal aux pays qui étaient en pleine moisson (2). L'abbé de Saint-Mihiel, Nantère en profita pour exposer à l'Empereur combien son abbaye avait souffert de ces guerres et le prier de la dédommager. Conrad admit la requête et promit de l'examiner à son retour et en gage il laissa à Nantère son anneau d'or. Les troupes séjournèrent trois jours à Saint-Mihiel pour s’y reposer, car, beaucoup d'hommes d'armes venaient de loin (3. Après quoi Conrad envahit la Champagne et ravagea les terres d'Eudes « disant : si Eudes recherche injustement les biens d'autrui en Bourgogne, il doit perdre avec l’aide de Dieu, quelque chose de ses biens propres (4. » Eudes s’avoua vaincu. Avec la protection de Gothelon et de l'évêque de Metz, Thierry, il fut admis auprès de l'Empereur, auquel il fit sa soumission, livra des
otages et promit d'indemniser les Lorrains pour tous les ravages qu'il avait faits 6). Ainsi se termina à l'automne de
tibus, monasteria cireumposita, ecclesias villasque depopulatas, cum maxima rerum copia quos repperit, revectitur prius tamen ecclesias, domos, villasque quas rebus vacuaverat, ruinâ incendii terrae cooequans. »
(1) Le 20 août 1033, il donna à Saint-Mihiel, un diplôme en faveur du monastère de Saint-Evre de Toul qui avait été ravagé par le Comte Eudes. — Cf. K. FE. Stumpf, Die Reichskl. nos 2047-2048.
(2) Chron. Sancti Michaëlis (C. 29) : & nec potuit prohiberi, ubi in tanta multitudine convenerant linguis, regionibus, nationibusque diversi, quin detrimentum poterentur a transeuntibus habitatores regionis illius, maxime in sectione messium, quas nundum ex toto colligerant. »
(3) Chron. Sancti Michaëlis, c. 29: « Triduo in tentoriis et papilionibus recreato exercitu, qui de longè venerant. »
(4) Wipon, Gesta Chonuradi, c. 31 : » dicens si Eudo in Burgundia res alienas injuste quereret, de suo proprio, juvante Deo, aliquid perdere deberet ». 6
(5) Wipon.loc. cit. ; Annales Hildesheimenses, ss. II, p.99; Chron. Sancti
1033 la première partie de cette seconde lutte contre Eudes.
C'est sans doute à ce moment là que, sentant la nécessité d'avoir sur la frontière occidentale de l'Empire, un homme énergique et sûr pour la défendre, Conrad investit Gothelon du duché de Haute Lorraine. Gothelon possédait déjà la Basse Lorraine. L'ancien duché de Lotharingie était ainsi rétabli, moins le titre, à son profit, mais seulement d’une façon viagère. Gothelon était proche parent de Ferry IT, son cousin issu de germain, comme lui arrière-petit-fils du Comte Voiry (1) Il prit sa tâche à cœur, mais ne réussit pas à empêcher une nouvelle invasion d'Eudes qui, oublieux de ses serments, dévasta de nouveau le Barrois au printemps de 1034 (2), sans aucun succès.
3. — Eudes n'avait pas renoncé à la lutte contre l'Empereur Conrad. Encouragé sans doute par tous les mécontents d'Allemagne, de Bourgogne et surtout d'Italie qui déjà lui offraient la Couronne impériale, il attendit l'occasion favorable. Elle ne tarda pas à se présenter. En 1037, l'Empereur Conrad fut appelé en Italie par les troubles qu'y fomentaient les rebelles partisans d'Eudes BG). Son absence
Michaëlis (C. 29) : « Gothelonem ducem et Theodoricum Metensem episcopum ad imperatorem pro pacis obtentu dirigit. » (1) R. Parisot, Les origines de la Haute Lorraine, tableau généalogique.
Le Comte Voiry.
Comté/ Godin époux de Uda + 942 Ferry I‘ duc de Haute Lorraine + 978. Geoffroy er | Thierry Ie + 1026.
| Gothelon duc + 1044. Ferry 5 + 4082 (2) Chron. Sancte Michaëlis, CG. 30 — Odo juramenti negligens, obsidum oblitus, cuncta quæ spoponderat irrita ferit.… Possem memorare quas cædes, incendia, prædas cotidiano perseveratis usu exercuerit ». Il semble qu'Eudes n'ait rien tenté contre la Bourgogne dont Conrad acheva cette année même la pacification avec l'aide de Boniface, Marquis de Toscane, de l’évêque de Milan, Héribert et du Comte Humbert de Maurienne. Cf. R. Poupardin, op cit, p. 166 et sq.
(3) Annales Hildesheimenses, SS. HI, p. 101.
encouragea le comte qui résolut de tenter un coup suprême contre l'Empire et sa capitale Aïx-la-Chapelle où il espérait se faire. proclamer et couronner empereur (1). Il envahit une troisième fois le Barrois, mit le siège devant Bar-le-Duc et sen empara. Cependant Gothelon ne restait pas inactif: il demanda du secours aux évêques de Lotharingie et en particulier à Reinard de Liège. Puis, aidé du Comte de Namur, Gérard et du bienheureux Richard, abbé de Saint-Vanne de Verdun, il vint offrir la bataille au Comte de Blois, le lendemain de la prise de Bar-le-Duc (15 nov. 1037) 2. Les forces d'Eudes étaient sensiblement plus nombreuses que celles de ses adversaires ; il attaqua l’aile gauche des Lorrains commandés par Gothelon et l’écrasa complètement, puis il se porta vers l'aile droite où se trouvaient Richard de Saint-Vannes et le comte Gérard de Namur. Celui-ci fut tué presque aussitôt, mais ses Compagnons résistèrent et réussirent à prendre l'offensive à leur tour. Leur élan fut tel que le comte de Blois, jugeant la partie perdue, prit la fuite. Poursuivi et serré de près il fut tué G). Avec lui restèrent parmi les morts plus de deux mille champenois — six mille, disent les Annales Lamberti (1). Le corps du Comte Eudes, retrouvé, fut emmené à Saint-Vannes avec ceux de ses plus nobles compagnons, ainsi que les blessés dont Valéran de Breteuil qui, devenu moine, succéda à Richard comme abbé 5). Gothelon se hâta de faire connaître sa victoire à
(1) D'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et comtes de Champagne, t. I, p. 338.
(2) Sur tout ceci. Cf. Raoul Glaber, Hist. liv. IIL/°ch 1x, -37.et sq. édit. M. Prou, Paris, 1886, in-8°:; Annales Hildesheimenses, SS. II, p. 102; Annales Lamberti, an. 1037, SS. I, p. 101; Hugues de Flavigny, Chron. Vird, an. 1037, SS. VIII, p. 410 ; Jean de Bayon, Chron., Mediani monasterit, dans Dom Calmet II, pr., p. 67. — Les autres annales sont citées par d’Arbois de Jubainville.
(3) Par un valet d'armée du nom de Thierry dit le douteux Jean de Bayon, loc. cit., p. 67.
(4) Annales Lamberti, an. 1037. ( Gozelo dux Odonem comitem decidit et cum eo ad sex millia homines ».
(5) Hugues de Flavigny, Chron., an. 1037.
l'Empereur (!). Ainsi se termina cette sanglante équipée où la Lorraine et peut-être l'Empire avaient failli changer de maïtre: