‹ Le comte de Carmagnola; et, Adelghis; tragédiesChapitre 105 sur 168 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CHARLES

Ainsi donc j allais me retirer, objet de rise. amère pour mon ennami et pour la postérité !

208 ADELGHIS.

N'importe ; je l'avais juré, je retournais dans mon royaume; je renoncais à l'Italie. Quels de mes guerriers, quels de mes Fidèles auraient tenté, par des conseils ou par des prières , de me faire changer de résolution ? Et un seul homme, un homme de paix, un étranger, m’inspire de nouvelles pensées , me suggère de nouveaux projets ! Mais non, non, ce n'est pas cet inconnu qui raffermit le cœur ébranlé de Charles. L'étoile qui brillait à mon départ , un momentéclipsée, reparaît à mes yeux: voilà tout. C'était un vain fantôme, ce génie ennemi qui semblait me repousser de l'Italie; c'était une voix mensongère, cette voix qui s'élevait, comme du fond de mon cœur, pour me dire : « Non, tu ne peux régner sur la terre où naquit Hermangarde. » Et pourquoi donc, Hermangarde , ne régnerais-je pas où tu naquis ? Ne suis-je pas pur de ton sang? ne vis-tu pas? Que me voulais-tu? Pourquoi t'obstinais-tu à m’apparaître, silencieuse, désolée, pâle et comme échappée du tombeau ? Dieu a réprouvé ta famille : pouvais-je lui rester uni ? Hildegarde plut à mes yeux, il est vrai ; màis ne fut-ce pas un grave intérêt d’état qui. me la fit prendre pour épouse, à ta place ? Si ton coeur trop faible est au-dessous des événemens.et des néeessités de la vie, que puis-je y faire ? Et de quoi viendrait ja-

ACTE Il, SCENE IV. 209 mais à bout l’homme qui ne voudrait agir qu'avec la certitude de ne faire souffrir personne? Un roi ne peut fournir sa glorieuse carrière sans quil ÿ ait quelqu'un de renversé sous ses pieds. Ainsi donc, fantôme importun, enfant du silence et de l’ombre, le soleil se lève, les trompettes sonnent ; disparais.

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