ACTE Ill, SCÉNE- VII
CHARLES, à Anfrid. .
Quoi! Anfrid, seul comme tu l’étais, tu prétendais te défendre ?
ANFRID.
A-t-on besoin de compagnons pour mourir?
CHARLES
Roland, voici un homme! (A Anfrid.) Anfrid, pourquoi prodiguais-tu une si belle vie? ne savais-tu donc pas qu'elle m'appartenait , et qu’en cédant, tu devenais, non le prisonnier, mais le guerrier de Charles?
ANFRID.
Moi, vivre pour toi, quand je pouvais mourir pour Adelghis! Sache, 6 roi, qu’Adelghis est cher au ciel; le ciel le sauvera, je l’espère, du désastre de ce jour d’infamie, et le gardera pour un meilleur jour. Mais quand méme,... souviens-toi que, sur le trône ou renversé du trône, Adelghis est tel, que l’offenser, c’est offenser Dieu même dans sa plus pure image. Tu le surpasses en bonheur, en pouvoir; mais personne, sur la terre, n'est au-dessus de lui par son âme : un homme qui meurt t'en assure.
CHARLES
Voilà ce que doit être un Fidéle! (A Anfrid.) Anfrid, tu emportes notre estime : c'est le roi des Franks qui te serre Ja main, en témoignage
230 ADELGHIS.
d’honneur et d’imitié. O brave, sache en mourant que ton nom vivra dans la terre des braves. Nos femmes et nos filles l’apprendront de notre bouche , et le répéteront avec regret et avec respect ; elles prieront pour toi. Fuldrad, tu rendras les derniers devoirs à ce héros. (Aux soldats qui restent.) Vous, guerriers, voyez en lui un ami de votre rois et nous, comtes, allons au-devant d'Ekhart : nous lui devons d'honorables saluts.