UN SECOND LOMBARD
Adelghis, épargne-nous les sermens : les sermens siéent mal aujourd'hui aux lèvres des Lombards; ils ressemblent trop au parjure. Demande-nous des actions; il n'y a plus désormais d'autre marque de fidélité.
. ADELGHIS,
Il existe donc encore des Lombards! Eh bien !
234 ADELGHIS.
portons-nous.en toute hâte sur le Tésin. Fuyons, sauvons en ce moment notre vie, pour chercher l’occasion de la vendre cher : la livrer aux traîtres ne serait point bravoure. Nous recueillerons en chemin beaucoup de fuyards qui, en se joignant à nous, redeviendront de vaillans soldats. Moi, je cours à Vérone. Toi, mon père, tu resteras dans Pavie pour la défendre : . ses fortes murailles sont encore intactes ; elle est remplie de provisions et d’armes. Deux fois Astolphe s'y renferma fugitif; et deux fois il en sortit roi : tu peux en sortir de méme. Désigne seulement, je te prie, pour ton lieutenant, un Fidèle qui ne quitte plus tes côtés.
DIDIER. | Guntis, le duc d’Ivrée.
ADELGHIS, à Guntis qui s’avance.
Guntis, je te confie mon père. Où est le duc de Vérone ?
‘GISELBRT, s’avancant.
Parmi les loyaux.
ADELGRIS.
Tu me suivras; et nous emmènerons Gerberghe avec nous. Opprobre à celui qui, dans son malheur, oublie les malheureux ! Baude, tu connais ton poste ; enferme-toi dans Brescia, défends ton duché, et protége Hermangarde. Et
ACTE III, SCÈNE IX. 239 vous, Alaghis, Ansalde, Ibbas, Cunebert, Hansbrand ( il les reconnaît dans Ja foule), retournez au camp : il n’est aujourd'hui que trop facile aux Lombards de se mêler parmi les Franks, sans leur inspirer de soupçons. Sondez adroitement les ducs, les comtes et les soldats : tâchez de discerner des traîtres ceux qui n'ont été que “surpris ; et dites à tous ceux que vous verrez se réveiller avec honte de l’exécrable rêve d'aujourd'hui, qu'il n'est point trop tard, que leurs rois sont vivans, que la guerre n’est point terminée, et qu'il reste une voie ouverte à qui veut ne pas mourir infâme : emmenez-les dans les places fortes ; ils y seront invincibles. Le glaive du guerrier qui combat pour expier une faute est retrempé à mort. L'occasion; les imprudences de l'ennemi, votre zèle, vous suggéreront à l'improviéte mille choses à faire. Le temps nous sauvera. Les forces du royaume sont dispersées , mais non anéanties.
( Ceux à qui Adelghis s'est adressé partent. )
DIDIER
Viens, mon fils; tu m’as rendu ma vigueur :
partons.
ADELGHIS.
Va, mon père; je te laisse un moment entre
236 ADELGHIS. :
les mains de ces amis fidèles , et te rejoins bientôt. | | a DIDIER.
Qui attends:tù donc? .
| ADELGHIS.
J'attends Anfrid : il m'a quitté pour me suivre de loin ; il a voulu se tenir plus près du danger, afin d’être plus sûr de l’écarter de moi. J'ai eu beau dire , il m’a été impossible de le faire changer de résolution, et de modérer son zèle, Inquiet sur toi, je ne pouvais m'arrêter pour l’attendre ; mais je te vois maintenant en sûreté, et ne pousserai pas plus avant qu'il ne m'ait rejoint. .
J'attendrai avec toi.
ADELGRIS.
Mon père.... (A un soldat qui survient.) Aurais-tu vu Anfrid ? :
LE SOLDAT
O mon roi! que me demandes-tu ?
ADELGHIS.
Ciel! qu'est-il arrivé ? parle.
| LE SOLDAT
J'ai vu Anfrid tomber d’une blessure mortelle. ADELGHIS.
Jour -d'infamie et-de douleur, il ne te manque