SCENE II
LE DOGE
Comte de Carmagnola, il se présente enfin à la république une occasion de recourir à vous et de vous témoigner en quelle estime elle vous tient. Dans une affaire grave, nous avons besoin d’un conseil décisif , et nous l’attendons de vous. Mais le sénat tout entier veut auparavant vous féliciter, par ma bouche, d’avoir échappé à vos assassins. Nous regardons le danger que vous
avez couru sous notre sauvegarde commè un outrage pour nous ; mais soyez certain que nous allons redoubler de vigilance et de sollicitude pour votre sûreté, et mettre de nouveaux boucliers entre vos ennemis et vous.
Sérénissime doge, je n'ai pu faire encore que des vœux pour cette terre hospitalière que j'ose nommer ma patrie. S'il m'était enfin donné de la remettre en gloire, cette vie dérobée tout à l'heure au poignard des lâches, cette vie depuis long-temps réduite à se replier tristement sur elle-même, et qui n’est plus marquée que par des jours sourdement ajoutés à des jours, qu’il me serait doux de vous la consacrer, et de faire dire au monde qu'en s’attachant à moi votre glorieuse estime n'était pas tombée en bas lieu!
LE DOGE
Oui, sans doute, nous espérons beaucoup, au besoin , de votre valeur; mais en ce moment votre prudence nous suffit. Il y a long-temps que Florence sollicite notre secours contre le duc Visconti, et votre avis ne sera pas un faible poids
dans la balance que nous tenons encore sus-
pendue.
Ma pensée, mon bras, tout ce que je puis,